Un plan d’action pour les publics du champ social à la Bpi

Connue pour accueillir des publics en situation de précarité, la Bpi vient de se doter d’un plan d’action pour les publics du champ social. Camille Delon, chargée de développement des publics et référente champ social, nous présente les enjeux et la réflexion menée ainsi que les grandes lignes prévues par ce plan d’action pour l’avenir.

© Bpi / Julie Vedie

Pourquoi et comment cet état des lieux des publics du champ social a-t-il été réalisé ?

C’est un document sur lequel le service Développement des publics travaille en réalité depuis longtemps. De nombreux autres services ont été aussi impliqués puisque nous avons échangé avec tous ceux qui proposent déjà des actions en direction des publics du champ social. Cela nous a permis d’ailleurs de faire le point sur ces actions spécifiques et d’identifier aussi les manques.

Ce travail nous a également permis de poser un cadre et de définir ensemble notre action et les objectifs de la Bpi en faveur des publics du champ social.

Quels sont vos principaux constats ?

La Bpi est depuis longtemps identifiée comme un établissement qui accueille les publics du champ social. C’est pratiquement dans son ADN. L’enquête menée par les sociologues Serge Paugam et Camila Giorgetti, intitulée Des pauvres à la bibliothèque l’avait bien montré en 2013 et avait aussi révélé, si besoin était, la présence dans nos espaces de ce public si particulier.

Aussi, la Bpi propose beaucoup de services à leur intention et selon des modalités très variées : 

  • des ateliers
  • des permanences : d’information sur l’accès aux soins par exemple 
  • des médiations qui accompagnent la programmation culturelle de la bibliothèque
  • des accueils et des visites spécifiques

Cette large offre repose pour beaucoup sur l’engagement des bibliothécaires de la Bpi qui animent par exemple les ateliers de conversation (notamment Premiers pas en français), les permanences Déclics informatiques pour favoriser l’inclusion numérique ou encore l’aide aux démarches administratives en ligne, pour n’en citer que quelques-unes.

Ces constats sont-ils similaires à ceux d’autres institutions avec lesquelles tu es en contact ?

La Bpi est membre de la mission Vivre ensemble (au sein du Ministère de la Culture) qui rassemble une quarantaine d’établissements culturels coopérant pour aller à la rencontre des publics du champ social. C’est un lieu d’échanges qui permet de voir que, si certains constats sont partagés, tout n’est pas identique selon les institutions concernées. 

Ainsi, la mission Vivre ensemble définit les publics du champ social comme étant des « personnes [qui] ne s’autorisent pas à fréquenter les institutions culturelles car elles se trouvent en situation d’exclusion ou de vulnérabilité sociale ou économique ». Or, force est de constater que certains publics du champ social sont bien présents au sein de la Bpi, tout comme ils s’autorisent, heureusement, à franchir le seuil des bibliothèques publiques en général. À ce niveau, la problématique est différente pour les collègues des musées.

Il est vrai que les bibliothèques permettent de répondre à des besoins primaires : se mettre au chaud l’hiver et au frais l’été, se reposer dans un fauteuil, recharger son portable, consulter la presse ou des ressources gratuitement.

C’est pourquoi, à la Bpi, comme dans d’autres bibliothèques, il y a donc ce double enjeu : 

  • continuer à faire connaître la bibliothèque auprès des publics du champ social qui ne la connaissent pas encore
  • penser l’accueil de ces publics, de la même manière qu’on pense l’accueil des publics étudiants, jeunesse, etc.

Mais finalement, qui sont les publics du champ social ? Pourquoi leur accueil est-il si spécifique ?

Nous avons surtout vu la nécessité d’établir une typologie des publics du champ social fréquentant la Bpi car leurs profils sont très variés :

  • les personnes précaires et pauvres
  • les étudiants précaires et pauvres
  • les demandeurs d’emploi
  • les personnes migrantes, mineures, étudiantes et adultes
  • les personnes éloignées du numérique
  • les retraités isolés

Tous ces profils présentent néanmoins des caractéristiques communes. La principale, et qui explique que leur accueil soit différent de celui d’autres publics, ce sont les difficultés économiques auxquelles ils font face et qui constituent un frein dans l’accès aux droits, à la citoyenneté, à la culture, … 

À noter que les personnes détenues font aussi partie des publics du champ social avec lesquels la Bpi est en train de mener des actions. Par exemple, dans le cadre du festival littéraire Effractions, la Bpi a organisé un atelier d’écriture à la maison d’arrêt de Nanterre et un atelier podcast à la prison de Fresnes.

Et quelles sont les grandes lignes définies par le plan d’action ?

Ces grandes lignes s’organisent autour de deux axes principaux, poursuivre et promouvoir, qui se décomposent en :

  • continuer d’informer, orienter et soutenir les publics fragilisés, notamment avec les permanences et les ateliers
  • poursuivre les actions favorisant la recherche d’emploi et la réinsertion professionnelle, en partenariat avec la Cité des métiers
  • poursuivre les actions en faveur de l’apprentissage du français, notamment avec les ateliers de FLE, les accueils de groupes de bénéficiaires d’association le jeudi matin
  • mieux accueillir les publics en situation d’exclusion économique et sociale avec l’expérimentation d’une permanence pour les personnes sans domicile, mais aussi une formation pour le personnel
  • promouvoir l’inclusion numérique 
  • promouvoir la programmation culturelle de la Bpi aux publics du champ social en proposant des médiations adaptées, par exemple des ateliers d’écriture pour un groupe de mineurs non accompagnés et pour des étudiants migrants lors du festival Effractions. Pas seulement dans une logique de service mais pour permettre à toutes et tous d’accéder à la programmation culturelle et à tout ce que la Bpi a à offrir.

Une coordination consacrée à la cohésion sociale a également été mise en place. Elle réunit des bibliothécaires de plusieurs services issus de tous les départements de la Bpi.

Cela nous sert d’abord à communiquer entre collègues sur les actions mises en place par les uns ou les autres, afin d’œuvrer à une certaine complémentarité de l’offre, mais aussi à échanger sur nos difficultés et les pistes d’amélioration. Réfléchir ensemble est très utile sur des sujets souvent complexes. Au sein de cette coordination, nous avons également prévu de conduire des projets qui ont trait à l’accueil des publics du champ social, qu’il s’agisse, par exemple, de l’aménagement de nos espaces ou bien de comment communiquer à leur intention pour qu’ils se sentent légitimes à participer aux actions mises en place. 

C’est bien sûr un sacré défi mais tous les collègues sont très mobilisés et cela me donne l’espoir que l’on aboutisse à atteindre notre objectif que les publics du champ social se sentent bien accueillis à la Bpi.

Publié le 26/08/2021 - CC BY-SA 4.0

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