Compte-rendu : Journées nationales des Bibliothèques Numériques de Référence 2022

Les Journées nationales BNR se sont tenues à Arras, les 12 et 13 mai 2022. Le présent compte-rendu présente succinctement l’ensemble des conférences et tables rondes de ces deux journées, à l’exception de la conférence consacrée à l’Open Access ainsi que les différentes présentations des projets BNR. Celles-ci, ainsi que l’ensemble des interventions sont consultables en ligne.

Photo du centre-ville d’Arras, ©Pascal Bonniere

Inclusion numérique : quelles complémentarités, spécificités et coopérations entre acteurs sociaux et culturels ?

Les bibliothèques territoriales accompagnent les usages numériques depuis près de 25 ans. Cette table ronde a été l’occasion de discuter des liens que peuvent tisser les bibliothèques avec les différents acteurs locaux.
D’après les études de la Fing (Association pour la Fondation d’un Internet Nouvelle Génération), les problématiques relatives à la fracture numérique sont avant tout sociales et notamment dues à l’isolement de publics précaires faisant face à la barrière de la langue ou à des difficultés d’accès à la connaissance.
Cette fracture numérique est d’autant plus prégnante que les démarches administratives se multiplient.
Cependant, les intervenants ont relevé que les difficultés d’accès numérique concernaient également l’ergonomie des sites internet. Ainsi, des évolutions telles que le changement de l’interface, des sigles ou des plug-ins sont autant de tracas qui peuvent compliquer la navigation de l’usager.
Dans ces conditions, une solution serait de s’inspirer des règles du FALC (Facile à lire et à comprendre). Cette table ronde a ensuite été l’occasion de découvrir le hub numérique Les Assembleurs, dont les missions sont d’accompagner les collectivités dans leurs actions d’inclusion numérique en partant des besoins des usagers, d’élaborer un diagnostic du territoire et de faire dialoguer les différents acteurs présents sur ce dernier. Ces missions sont notamment l’occasion d’observer que les bibliothèques sont souvent des lieux privilégiés de médiation numérique du point de vue des usagers, pour son image accueillante ou informelle.

Parmi les solutions proposées afin de lutter contre l’illectronisme figure le travail en transversalité entre les différents services des collectivités. Par exemple, la Bibliothèque départementale de Saône-et-Loire, en collaboration avec la Direction des solidarités, a mis en place le festival Sans décoder dont le but est de faire appréhender le numérique de façon ludique.
De nombreuses initiatives existent à l’échelle nationale, notamment celles proposées par l’Agence nationale de la cohésion des territoires avec Numérique en commun ou les tests Pix.

Enquête du ministère de la culture sur les ressources numériques

L’après-midi de la première journée fut notamment consacré à un temps d’échange autour de la dernière enquête du Ministère de la Culture sur les ressources numériques.
Parmi les éléments remarquables figure la progression, par rapport aux années précédentes, du nombre de bibliothèques proposant une offre de ressources numériques (83% des bibliothèques interrogées desservant une commune d’au moins 20 000 habitants) représentant en moyenne 22% du budget consacré aux ressources documentaires. On note également une progression du prêt de livres numériques. Malgré tout, le manque de moyen budgétaire est souvent mis en avant pour expliquer le non-achat de ressources numériques.
Globalement, la pandémie de covid-19 a eu pour conséquence une accélération du développement des ressources numériques, tant du point de vue des budgets alloués que de l’acculturation des équipes.

Le numérique au service de l’accessibilité

L’Article 47 de la loi handicap n°2005-102 du 11/02/2005 dispose que « les services de communication publique en ligne des services de l’Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées. »
Dans le cadre de l’accessibilité des sites internet, cette table ronde a été l’occasion d’apprendre que seulement 1,5 % des bibliothèques affichent une déclaration d’accessibilité conforme au Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA) définissant les différentes modalités d’accessibilité des services en ligne. Les intervenants ont rappelé qu’il était possible de faire la demande d’un audit d’accessibilité en sollicitant le concours particulier de la DGD bibliothèques.
Parmi les bonnes pratiques qui peuvent accompagner le processus de mise en conformité du site de la bibliothèque, on peut soulever la formation continue des contributeurs, la limitation par le prestataire des possibilités de mise en page par les contributeurs (afin de maintenir l’accessibilité) et l’association des services communication et informatique de la collectivité.
Après l’exemple de la médiathèque d’Hennebont (Morbihan), ce fut au tour d’Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture de présenter un exemple de mise en accessibilité de la presse ancienne via le format EPUB.
Enfin, l’intervention d’EDRlab a permis de découvrir les derniers travaux en matière d’accessibilité du livre numérique, qu’il s’agisse de l’application Thorium Reader, permettant de consulter des livres numériques sous le format EPUB ou le projet Lis mon livre, un projet d’application d’écoute de livres audio à destination des publics malvoyants.
Pour rappel, la directive European accessibility act pose comme obligation l’accessibilité des livres numériques pour 2025.

Les BU au cœur du déploiement de la science ouverte

Le phénomène de la science ouverte est un mouvement international qui vise depuis 30 ans à rendre accessible à tous les publics les produits de la recherche afin de favoriser la collaboration, la réutilisation et la reproduction de ses données. Différentes dates clés sont à retenir, dont la plus récente est celle du déploiement du 2ème Plan national pour la science ouverte.
La science ouverte intervient par ailleurs dans un contexte de difficulté budgétaire pour les bibliothèques universitaires, du fait de l’augmentation exponentielle du coût des revues scientifiques. Cela a conduit certaines universités à éditer elles-mêmes les articles de leurs chercheurs.
Cependant, le chercheur souhaitant publier en science ouverte doit payer des droits des publications aux revues en ligne, ce qui pose la question du financement.
Parmi les évolutions les plus récentes, on assiste à un engagement des bibliothèques finançant les infrastructures de la science ouverte, comme HAL et donc à un glissement d’une mission de politique documentaire à celle de la valorisation de la recherche.
Le second enjeu des données de la science ouverte concerne leur valorisation, qu’il s’agisse de leur traçabilité ou de la formation des acteurs concernés. Concernant cette dernière, différents outils existent tels que la formation des chercheurs, la mise en place de référents « sciences ouvertes » dans les laboratoires de recherche, le développement de pages internet dédiés ou encore la participation à des évènements informatifs comme l’Open access week ou la Fabrique de la science ouverte.

Pour un numérique durable et responsable


Tandis que la pandémie de covid-19 a momentanément réduit les émissions de CO2, l’explosion de l’usage du numérique a relancé le débat quant à l’impact environnemental de ce dernier. Cette question ne fait cependant qu’émerger en bibliothèque.
L’enjeu concernant l’ensemble des services d’une collectivité, c’est à cette dernière d’initier les projets visant à réduire le coût écologique du numérique, à l’instar de Lyon qui a effectué un diagnostic de l’empreinte carbone des services numériques de la Ville ou au Grand-Orly Seine Bièvre où la Direction des services d’information a pris plusieurs décisions en faveur d’un meilleur usage du matériel informatique, avec par exemple l’acquisition de matériels reconditionnés auprès d’entreprises de l’économie sociale et solidaire.
Les bibliothèques peuvent néanmoins jouer un rôle d’informateur sur ces questions avec par exemple la mise en place à Lyon d’ateliers pour « s’initier à la sobriété numérique », l’enjeu étant de responsabiliser les usagers et non de les alerter.
Notons également qu’Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture propose un MOOC sur la sobriété numérique.

Publié le 01/06/2022 - CC BY-SA 4.0