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Histoire de valorisation

Le terme de « médiation », présent dans les profils de poste des chargés d'acquisition depuis 2012, permet d’envisager de multiples possibilités, collaborations entre l’usager et les collections: valorisations documentaires, organisation d’ateliers/masterclass, rédaction d’article pour le site institutionnel.

On vous raconte ici l’histoire de ce que peut être une valorisation (avec un « happy end », c’est promis!).

 

La médiation documentaire à la Bpi

Les 50 chargés de collection de la Bpi partagent depuis 2012 le même profil de poste, qui s'adapte à chacun des domaines d’acquisition : « Placé(e) sous l’autorité du chef du service, le/la chargé(e) de collections et de médiation participe à l’élaboration de la politique documentaire de l’établissement et assure sa mise en œuvre par l’enrichissement et le désherbage des collections de documents imprimés et électroniques. Il/elle valorise les collections sur place, à travers la production de contenus documentaires dans le webmagazine, par le biais d’ateliers et/ou d’autres manifestations. Il/elle est force de proposition et participe aux activités de médiation développées autour des collections dans son service. »

La médiation documentaire se définit, à la Bpi comme ailleurs, comme renvoyant « à la notion d'intermédiaire, de lien entre le singulier et le collectif. La médiation documentaire concerne une médiation des savoirs mettant en place, grâce à un tiers, des interfaces qui accompagnent l’usager et facilitent les usages. Elle permet de concilier deux choses jusque-là non rassemblées pour établir une communication et un accès à l’information. » (Xavier Galaup dir., « Développer la médiation documentaire numérique », Presses de l’Enssib)

Suite à la réorganisation des services de la Bpi (2012), les "services de « collection" ont investi le champ de la médiation selon 3 axes : la valorisation documentaire physique – à travers l’organisation ponctuelle de tables ou salons de valorisation - , la valorisation documentaire numérique (élaboration de dossiers documentaires au sein de Balises le webmagazine de la Bpi, participation aux identités numériques Facebook de la Bpi, ou réseau de réponses à distance Eurekoi) et enfin la médiation (organisation d’atelier destinés au grand public ou public cible, de masterclass, en lien avec la programmatrice de chaque Département…)

 

Histoire d’une valorisation physique parmi d’autres

Un choix : le design graphique 

Le Service “Arts et Littératures” réalise régulièrement des articles pour Balises, et confectionne des tables de valorisation accompagnées parfois de bibliographies commentées. A raison de deux réunions annuelles, les collègues se réunissent pour définir  ensemble les prochaines thématiques, au sein de deux espaces physiques qui lui sont dédiés : une table haute située près du bureau de service public en Arts et un Salon de valorisation, d’une quarantaine de mètres carrés.

A la fin de l'année 2014, à l'occasion de ma première valorisation au sein de ce service,  je choisis de présenter une sélection de nouveaux livres sur le design graphique (en lien avec la Fête du Graphisme, depuis lors disparue). Souvent négligée dans le domaine des arts, au profit de domaines dits plus “artistiques” tels que la peinture ou l’art moderne, cette discipline profite d’un avantage certain: elle est présente dans le quotidien de chaque individu, qu’ils s’agisse de logos, affiches, couvertures de livre, ou encore des produits de consommation de tous les jours. En concertation avec mes collègues, les dates sont fixées : du 24 février au 4 avril 2016. Les moyens alloués aussi : dans ma besace, les outils traditionnels du bibliothécaire : potleys (ou petits poteaux recouverts d’une affiche A3 présentant le titre de la valorisation), serre-livre, table haute, imprimante couleur. La bibliographie est prête, les livres pré-sélectionnés trépignent en rayon, les fantômes s'agitent, tout est prêt.

D’une aubaine à la formulation d’un point de vue

Un mois avant l’échéance mon chef de service me propose de faire usage de 2 vitrines d’exposition, cédées à la Bpi et qui encombrent nos réserves. Dans un espace dévolu de 40 m2, où n’étaient prévues que 2 étagères de livres, c’est inespéré. Cet espace "aggrandi" induit de redéfinir la problématique, en l’élargissant à l’exposition de travaux sous vitrine. Mes connaissances théorique sur le design graphique étant - il faut l’avouer - encore sommaires, je demande à être conseillée par des personnes mieux avisées, spécialisées dans le domaine. Je fais appel à mon entourage pour réfléchir au sens à donner à cette valorisation, ainsi qu’à l’ordonnancement des vitrines, conçues comme auxiliaires des ouvrages qui seraient exposés.

Mettre à l’honneur des artistes novateurs

Le concept est trouvé : il s’agit de mettre en valeur 10 jeunes graphistes français, qui travaillent depuis quelques années seulement, qui ont un rapport fort au livre, et dont les productions sont novatrices, avant-gardistes, volontaristes. Avec quelques recommandations supplémentaires, liées aux missions de la Bpi : attirer l’oeil du public spécifique à la Bpi (étudiants, lycéens, publics de la lecture publique) , rester dans une actualité contemporaine, et surtout, dans “La bibliothèque du libre-accès”, donner à toucher.

Après avoir établi la liste de graphistes qui nous semblaient intéressants (réduite aux professionnels exerçant en Ile-de-France, pour des raisons de budget), je contacte ces derniers par mail, en demandant leur accord pour montrer et parfois prêter à titre gracieux quelques uns de leurs travaux le temps du Salon. Les 10 studios acceptent, le cercle vertueux s'amorce: je rencontre chacun des studios, à la Bpi ou dans leurs locaux, afin de présenter le Salon, l’espace, et choisir avec eux les travaux qui prendront place dans les vitrines.

Eveiller l’intérêt des collègues et composer avec les contraintes

L’espace du Salon se construit progressivement, nous bénéficions finalement de deux nouvelles vitrines d’exposition. Enfin, aidée des deux graphistes qui me conseillent, nous observons qu’un vaste pan de dos d’étagères – 5 mètres en continu- pourrait être investi : ce sera le lieu des affiches, avec comme support d’accrochage des panneaux PVC Forex expansé de 5mm d’épaisseur (7 euros les 20 panneaux). Mes collègues du Service Arts et Littératures acceptent de prolonger le Salon du 4 avril au 9 mai.

Enchanter le monde

La date approche à grands pas : la liste des œuvres se met en place, en vue de la réalisation des cartels. Je propose aux graphistes de venir le jour J installer eux-mêmes leurs travaux dans les vitrines d’exposition : on ne s’improvise pas scénographe ! L’affiche est réalisée par les graphistes qui m’aident à concevoir problématique et œuvres sélectionnées; ces derniers sont les plus à même de traduire visuellement notre concept : « Graphisme now : nouvelles approches, nouveaux concepts ». Chaque studio passe dans la journée installer l’espace qui leur est dévolu dans les vitrines, dans une ambiance détendue, où certains se rencontrent pour la première fois. Nous sommes tous gagnés par l’enthousiasme et l’impatience de faire découvrir cette avant-garde jamais montrée à Paris.

Le texte manifeste est simple et concis : "Le Salon "Graphisme now : nouvelles approches, nouveaux graphistes" met en lumière, jusqu'au 9 mai, le travail de 10 jeunes graphistes français talentueux. La bibliothèque a choisi d'exposer quelques-uns de leurs travaux : catalogues d'expositions, ouvrages, affiches, vinyles... Ce qui les rassemble : une envie certaine de renouveler le genre, au travers de collaborations fortes avec des artistes, galeries, éditeurs, institutions culturelles, marques... Ils sont à ce titre le reflet de nouvelles propositions d'enchantement du monde. Au programme : Bizzarri & Rodriguez, Côme de Bouchony, Building Paris, Large, Pilote, Coline Sunier & Charles Mazé, S-y-n-d-i-c-a-t, Spassky Fischer, Tu sais qui, Pierre Vanni. »

Images du Salon de lecture Graphisme now

Une communication difficile à mettre en oeuvre

A mi-chemin entre valorisation physique et un embryon d’exposition (puisqu’y est montré, outre le livre, de la « matière première »), le Salon ne bénéficie à ses débuts que de peu de visibilité : pas d’annonce sur le site de la bibliothèque, pas de flyer, pas d’article dans les revues de la bibliothèque. C’est la communication « off » qui fonctionne parfaitement, et nous rend un fier service. Ces 10 noms, très en vogue au sein de la jeune génération de graphistes, dont les travaux sont présentés pour la première fois dans le même lieu, à Paris, au sein de la bibliothèque du Centre Pompidou, est un évènement « en soi »,  qui ne passe pas inaperçu. Dès le lendemain, des institutions, via leur site internet, tels Etapes graphiques font état de la tenue du Salon. Des demandes de renseignements arrivent sur la messagerie de la Bpi. Les réseaux sociaux, Facebook et Instagram notammen, font décoller le Salon, avec près de 100 « partage » en quelques jours.

Progressivement, la communication se met en place: le photographe du Centre Pompidou accepte, à titre gracieux, de réaliser de belles photographies, lesquelles illustreront, quinze jours plus tard, la page web “Graphisme now”, sur le site de la Bpi.

Mise en place de visites spécifiques

Des professeurs de design graphique, intéressés pour faire découvrir à leurs élèves les productions de jeunes graphistes talenteux, nous contactent pour demander de visiter le Salon. En collaboration avec le service de la Communication, et un collègue du Service Arts et Littérature, nous mettons en place ces visites de 2h-2h30, que nous couplons avec des visites plus générales, de la bibliothèque, ou des collections de la Bpi. Pour des écoles éloignées de Paris, a été élaboré avec la Direction des Publics du Centre Pompidou une offre Duo, avec une visite du Salon : collections de graphisme  et visite du Salon le matin et l’après-midi, une visite du musée avec Conférencier. Ces formations étaient construites  sur-mesure en fonction des demandes des enseignants, et adaptées aux différents publics.

 










Graphisme now @La Casa encendida

Le salon voyage
 

    

 

En janvier 2017, la Casa Encendida, musée madrilène dont la vocation se situe entre celle du  104 à Paris et les manifestations du Palais de Tokyo, nous contacte pour reproduire le Salon « Graphisme now », à l'occasion de la manifestation « Libros mutantes » (Madrid Art Bookf Fair). Cette foire rassemble éditeurs, libraires, diffuseurs, de livres d’art, espagnols et surtout européens, autour du livre d'art (à ne pas confondre avec le livre d'artiste!). Son équivalent français est Offprint, qui se tient chaque année au mois de novembre à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. La Casa Encendida invite chaque année, à cette occasion, un pays différent, dont il est proposé un focus sur les nouvelles créations, innovations graphiques... Après "Atlas: Mexique" en 2016, ce sera cette année au tour de la France, avec la reproduction en partie de "Graphisme now", sous le terme "Atlas: France". Le partenariat est tri-partite, l’Institut français prend en charge la partie acquisitions des monographies conçues par les 10 graphistes présentés, la Casa Encendida nos frais de déplacement, de montage, ainsi que l'expédition des productions des graphistes.

Du 23 au 27 avril 2017, près de 2.000 personnes purent visiter le Salon Graphisme now@Libros mutantes. Aidée pour la scénographie et le montage de 2 graphistes, Côme de Bouchony et Marc Armand, issus de notre sélection, le Salon a bénéficié d’un espace d’exposition 2 fois plus grand, près de 70m2 dévolus à ces superbes oeuvres. De ce fait, nous avons demandé aux 10 graphistes, de nous prêter une 2e fois leurs travaux (hormis les livres qui étaient pris en charge par l’Institut français) : affiches, vinyls, cartons d’invitation… L’espace s’organisait toujours selon nos 3 dimensions : des affiches, des vitrines et de très longues tables destinées à la consultation des ouvrages. Autour de l’exposition « France/Atlas », s’articulaient des soirées, avec des Dj français invités pour l’occasion, une battle France/Espana, une publication présentant nos 10 graphistes français vs 10 graphistes espagnols, des conférences avec certains des graphistes invités. Enfin, une conférence reprenant le processus de l’exposition, au sein d’une bibliothèque publique, et présentant nos graphistes. Inter-titre : Promouvoir la création, donner des repères:

Entre exposition et valorisation de livre, il existe des possibilités infinies pour mettre en valeur les ressources de la bibliothèque et notamment les mettre en lumière grâce à un appel d’air extérieur, de partenaires extérieurs : ici graphistes, demain illustrateurs. La dénomination commune de tous ces travaux étant le livre, la bibliothèque est et doit être un lieu qui promeut de nouvelles initiatives, locales ou nationales. Lieu neutre, indépendant de toute pression dans ses choix, le rôle de professionnels est de choisir dans toutes les sources disponibles et présenter au grand public. Notre cœur de métier est là : rester dans l’actualité en présentant des travaux de référence. Aider à choisir.
 

Les leçons à retenir

1 - Faire intervenir d’autres acteurs extérieurs au monde des bibliothèque: Ne sachez pas surtout tout faire vous-même. Qu’il s’agisse de la scénographie, des choix artistiques, il est important d’associer en amont de la réflexion des professionnels proches de la thématique abordée, afin de bénéfcier de leurs conseils avisés, ou propositions peu communes (parfois farfelues certes)

2 - Valoriser les acteurs “émergents” et “de proximité” (illustrateurs - graphistes – illustrateurs - éditeurs - associations): lieu neutre, loin des enjeux commerciaux, la bibliothèque est une formidable scène pour exister, être visible, et peut-etre un accélérateur. Attention, il ne s’agit surtout de leur demander du travail gratuit contre visibilité, mais de montrer des productions déjà réalisées. La bibliothèque doit rester dans son rôle d’intermédiaire.

3 – Travailler le plus possible en mutualisant les forces et les compétences des professionnels des bibliothèques et aussi des énergies “locales”. La médiation, c’est aussi cela.

 
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