Appartient au dossier : IA et bibliothèques
Stratégies IA en bibliothèques : les exemples de la Bpi et des bibliothèques de Bordeaux
Cette présentation a eu lieu dans le cadre du Conseil de coopération du 26 juin 2026, où Nathalie Nosny, Directrice du département Services et collections numériques de la Bpi, Mathilde Servet, Coordinatrice prospective et innovation de la Bpi et Yoann Bourion, directeur des bibliothèques de Bordeaux, ont présenté les stratégies de leurs établissements respectifs.
La stratégie de la Bpi
La stratégie de la Bpi couvre les volets publics et personnels, mais c’est le second volet qui sera plus particulièrement traité ici car c’est l’étape essentielle pour pouvoir faire de la médiation auprès du public.
Organisation
Un Copil a tout d’abord été mis en place avec des référents pour chaque département (environ 20 personnes) ayant un rôle de relais auprès des équipes.
Une réflexion sur les outils a également été engagée, dans une perspective de transparence, de souveraineté et de protection des données sensibles. L’Assistant IA, basé sur Mistral et développé par la direction interministérielle du numérique (Dinum), est désormais ouvert à tous les agents du ministère de la Culture, qui a participé à son élaboration.
Acculturation des équipes
La Bpi a profité pour cela de la fermeture de la bibliothèque pendant ses six mois de déménagement, avec une première matinée de retours d’expérience de l’INA et l’IRCAM et une formation organisée avec l’université Sorbonne-Nouvelle. Il est important de travailler ce type de formation sur mesure en fonction du contexte et de l’équipe, pour éviter un niveau universitaire peu adapté et potentiellement contre-productif. Une nouvelle formation sera organisée en novembre prochain, en lien avec le Bureau des possibles.
Entre ces sessions de formation concernant l’ensemble de l’équipe, la Bpi organise un accompagnement sur le long terme et une sensibilisation multicanale, notamment à destination des référents IA : cafés IA réguliers, retex, gamification (jeu Aïe Aïe IA)… Une charte de bonnes pratiques a été élaborée et diffusée auprès de toute l’équipe.
Un recueil des usages doit être réalisé en parallèle, afin de déterminer quelles tâches répétitives ou chronophages pourraient être remplies par quel outil (tout en gardant à l’esprit que ce n’est pas magique, pour ne pas créer la déception). Parmi les usages identifiés, la création de posts sur les réseaux sociaux, des synthèses de réunions ou de documents, des outils pédagogiques comme les quizz, des veilles, des revues de presse, etc.
Les projets développés en interne
Plusieurs projets sont à l’étude : un projet de « speech to text » (pour retranscrire directement des réunions en compte rendus par exemple) a été finalement délaissé en raison de l’adoption d’un outil développé par l’État (Transcripts). Un projet d’agent conversationnel basé sur des données sémantisées du catalogue de films documentaires Les Yeux doc, a été validé, permettant d’obtenir un outil d’interrogation beaucoup plus performant qu’un simple moteur de recherche. Ce projet sera ensuite évalué et, si cela semble pertinent, enrichi par d’autres jeux de données structurées pour pouvoir améliorer la découvrabilité des ressources produites ou acquises par la Bpi.
La stratégie des bibliothèques de Bordeaux
Bordeaux investit également la question de l’IA, notamment auprès des équipes.
La métropole de Bordeaux a validé un cadre éthique (non-normatif). Deux outils IA sont préconisés (mais les autres ne sont pas filtrés) : l’outil lié à Teams pour synthétiser les réunions et Delibia, qui donne accès à cinq millions de délibérations de collectivités.
Dans la future feuille de route de la nouvelle mandature, un groupe culture et IA transverse va être lancé (piloté par Yoann Bourion).
Une expérimentation en trois axes
- La sensibilisation du public (cafés IA, etc.) ;
- La politique d’accueil ;
- L’accompagnement des acquisitions.
Sur ce dernier point, une expérimentation a été mise en place à la bibliothèque de Bacalan (voir notre bibliogrill sur le sujet), dont la politique documentaire est quasiment partie de zéro. L’IA a eu accès au PCSES, aux statistiques QPV du quartier, aux rapports annuels… À partir de toutes ces données et d’objectifs chiffrés, ChatGPT a édité des préconisations (thèmes, sujets à avoir, proportion, etc.) d’acquisitions qui ont servi à l’équipe de base de discussion. Elles étaient très imparfaites mais servaient de point de départ et de palier à certains biais et manques.
Les bibliothèques de Bordeaux ont aussi utilisé l’IA pour analyser le fond commun à toutes les bibliothèques, ce que le SIGB ne permettait pas de faire.
Des ateliers ont également été proposés sur le fonctionnement de l’IA, IA et pluralisme, la technicité du prompt, etc.
Un projet d’agent conversationnel interne
Les bibliothèques de Bordeaux ont développé un projet d’agent conversationnel avec Ask Mona, outil d’intelligence artificielle dédié aux institutions culturelles. À partir d’une base fermée, issue du portail des bibliothèques et des documents d’accueil du public, une application permet à partir d’un QR code, lorsqu’il est scanné par un usager, de reconnaître automatiquement sa langue maternelle et de dialoguer avec les bibliothécaires sans parler la même langue.
Le Service du Livre et de la lecture a mené une étude sur les cas d’usage de l’IA en bibliothèque territoriale qui sera publiée prochainement. Il va également travailler sur la formation.
L’Enssib travaille avec l’université Sorbonne-Nouvelle sur un projet IntegrIA pour mettre en place des formations initiales et continues.
Publié le 06/07/2026 - CC BY-SA 4.0