Compte-rendu du Conseil de coopération du 26 juin 2026

Le 26 juin 2026 s’est tenu le Conseil de coopération de la Bpi, en présence de : Yoann Bourion (Bordeaux), David-Jonathan Benrubi (Montpellier), Renan Benyamina (Bpi), Soizic Cadio (Bpi), Lucie Daudin (SLL), Bertille Detrie (Strasbourg), Sophie Geffrotin (Marseille), Raphaële Gilbert (Bpi), Cécile Hauser de Bisschop (CLL), Pascale Issartel (SLL), Frédérique Morice (Brest), Jean-Marc Laithier (Reims), Floriane Laurichesse (Bpi), Albane Lejeune (Caen), Lola Mirabail (Nantes), Nathalie Nosny (Bpi), Emmanuèle Payen (Bpi), David-Georges Picard (Bpi), Ophélie Ramonatxo (Lyon), Florence Salanouve (Enssib), Mélanie Villenet-Hamel (Clermont-Ferrand), Isabelle Westeel (Grenoble).

Tour de table des actualités

Changements de situation politique et métropolisation

Certaines villes ont connu des alternances politiques lors des élections municipales de 2026, ce qui a des effets sur la lecture publique, notamment sur la politique de métropolisation. Même lorsque la majorité est reconduite, il peut y avoir de l’instabilité car les élus peuvent changer, ce qui entraîne une phase de redécouverte des équipements culturels. Toutes les villes sont dans une phase d’attente des nouvelles lignes politiques et des feuilles de route des nouveaux élus.

À Strasbourg, qui connaît un boom, après 6 mois de gratuité, de tous les indicateurs (fin juin, les chiffres d’inscription égalent ceux de l’année 2025), il y a des signes très positifs et des risques identifiés, après une année où la lecture a été très centrale, avec Strasbourg capitale du livre.

À Bordeaux, Thomas Cazenave, le nouveau maire, a présenté l’audit financier de la Ville, dénonçant une situation très dégradée.

À Marseille, le nouveau mandat s’ouvre sous le signe de la frugalité financière également, avec un budget de fonctionnement très tendu, après d’importants efforts en investissements RH lors du mandat précédent.

La bibliothèque Tocqueville de Caen-la-mer va fêter ses 10 ans et les élus semblent se réapproprier le lieu et plus globalement la lecture publique, avec un fort intérêt sur la citoyenneté. La bibliothèque Tocqueville sera lieu de vote.

À Clermont-Métropole, où le réseau est complètement transféré sur la métropole, des inquiétudes pointent sur de possibles démutualisations.

Rennes connaît une situation de continuité politique et les élus établiront leurs feuilles de route pendant l’été. Un travail est en cours pour créer une ingénierie de la lecture publique à l’échelle métropolitaine aux Champs Libres avec l’aide d’un CTL (site web, SIGB, réseau social interne commun, etc.)

À Grenoble, c’est « le changement dans la continuité », après deux mandats écologistes qui ont marqué un fort intérêt pour les bibliothèques. Suite à une enquête sur les publics et les non-publics, la ville avait voté en 2019 une délibération cadre sur la lecture publique avec la gratuité totale, l’extension des horaires d’ouverture, la modernisation du SIGB, des automates, etc. L’équipe qui a été élue en 2026 n’est pas écologiste mais de gauche, avec des élus qui étaient, pour certains, déjà présents dans l’équipe.

Point sur la canicule

L’actualité principale de ce tour de table est la vague de chaleur que subit la France depuis dix jours, qui a placé presque toutes les régions en vigilance rouge. Toutes les collectivités cherchent des solutions, s’interrogent, essaient de pallier aux urgences, certaines étant plus habituées que d’autres. Faut-il ouvrir plus tôt le matin ? Le soir ? Est-ce que le public sort davantage quand il fait plus frais, ou faut-il ouvrir davantage les espaces climatisés aux heures les plus chaudes, alors que les gens sortent moins ? Y-a-t’il une demande sociale pour l’ouverture d’un jour de plus ? Est-ce que les musées et les archives sont mieux lotis ? Quel autre lieu public pourrait faire office de refuge climatique que les bibliothèques ?

Certaines collectivités commencent à anticiper, pour les prochains épisodes, la maximisation des bibliothèques climatisées (élargissement des horaires, etc) et le fonctionnement à la baisse des bibliothèques non-climatisées (Strasbourg, Lyon…)

La ville de Bordeaux dispose d’une cellule de crise regroupant toutes les directions de la ville et d’un « plan chaud », avec notamment une cartographie des services publics climatisés autour des écoles. La bibliothèque Mériadeck a été très fréquentée pendant cette période, avec 3000 personnes par jour. Seules trois bibliothèques de quartier sont climatisées et elles ont été fréquentées par 400 personnes par jour en moyenne (plus que d’habitude). 

Certaines villes ont ouvert en urgence des bibliothèques le lundi (ouverture assurée par l’équipe de direction à Bordeaux de deux bibliothèques de quartier climatisées). À Clermont-Ferrand, une bibliothèque a été ouverte le lundi en bricolant, avec du personnel volontaire, en mode dégradé (sans prêt).

Quasiment toutes les bibliothèques de Montpellier sont climatisées et la ville projette d’ouvrir la médiathèque centrale 7 jours sur 7. 

À Nantes, aucune bibliothèque n’est climatisée et les publics viennent en pensant le contraire. 

À Lyon, 4 bibliothèques climatisées sur 16, pas la Part-Dieu. Certaines bibliothèques ont réduit leurs horaires ou fermé, le personnel a été redéployé. 

C’est une question à travailler avec les architectes. Malik Diallo indique qu’à Rennes, les deux bibliothèques les plus récentes sont aussi les plus chaudes. 

Constructions, rénovations…

Plusieurs grandes villes ont fait le choix de rénover leur bibliothèque centrale par étapes, sans fermeture : à Strasbourg, rénovation de deux grands espaces de la médiathèque Malraux, notamment tout le rez-de-chaussée, l’espace jeunesse, qui n’était plus du tout adapté aux usages ; à Bordeaux, tous les espaces de Mériadeck vont être rénovés progressivement et l’espace jeux va tripler (450 m²).

La bibliothèque de Lyon va quant à elle lancer son grand projet de rénovation de la Part-Dieu, pour un budget de 140 millions d’euros et 5 ans de fermeture. Une AMO va être recrutée et un schéma directeur immobilier va être établi afin de ne pas oublier les autres bibliothèques. Des groupes de travail sont formés pour réfléchir à des propositions pendant les 5 ans de fermeture (ouverture d’un lieu éphémère, création de nouveaux points lecture pour compenser les zones blanches dans la ville ?)

L’organigramme de la Part-Dieu va aussi être repensé et un nouveau projet d’établissement est en préparation pour 2027-2032. 

Au printemps 2027, une nouvelle bibliothèque ouvrira à Bordeaux avec une réflexion écologique importante. Elle est construite autour d’arbres avec une climatisation naturelle (une « tour des vents » comme à la médiathèque James Baldwin à Paris). Le chantier est semi-ouvert, le public peut y passer.

Un nouvel équipement médiathèque-centre social de 4 000 m² va ouvrir à Marseille en mai 2027 dans une ancienne usine de minoterie datant du 19e siècle (avec des murs épais et peu de fenêtres donc un bâtiment qui devrait bien supporter la chaleur).

Une réflexion est en cours aussi à l’Alcazar, pour adapter les espaces très studieux aux pratiques des usagers et faire de la bibliothèque un espace où l’on fait société et où l’on peut se parler.

Quelques retards sur le chantier de l’Hôtel-Dieu à Clermont.

À Rennes, le programme de mandat comprend 5 rénovations de bibliothèques de quartier, la création d’une nouvelle bibliothèque à Beauregard, la création d’un point lecture et le déplacement de la bibliothèque Maurepas dans un tiers lieu partagé avec restaurant et acteurs associatifs fin 2028.

À Grenoble, l’esquisse d’une bibliothèque centrale (Grenoble a 12 bibliothèques mais pas de centrale) est pour l’instant en attente avec l’arrivée de la nouvelle équipe.

Action culturelle

Une très belle ouverture de la saison Méditerranée à Marseille pilotée par l’Institut Français, a permis aux bibliothèques d’exister dans ce paysage avec deux expositions en bibliothèque : « Images voyageuses », avec des illustrateurs du bassin méditerranéen, et une exposition de photographies du patrimoine archéologique du Liban. L’occasion de mener un plaidoyer et de faire entendre que les bibliothèques ont leur place dans une politique de rayonnement culturel.

Reims a un projet d’exposition sur Florence Cestac en partenariat avec la Bpi prévu pour 2028.

Montpellier prévoit une exposition sur la démoscène en 2028 : culture libre à la croisée des arts et de la technique née dans les années 70, forme de contre-culture qui fait écho à de nombreux sujets de préoccupations des bibliothèques (contre-culture, rétro-gaming, droits culturels…)

L’actualité de la Bpi

L’arrivée de Renan Benyamina à la direction de la Bpi le 23 février 2026 a été la principale actualité de ces 6 derniers mois.

La Bpi s’est transformée en « bibliothèque provisoire”. C’est une grande fierté pour les équipes et le public est au rendez-vous. C’est un moment passionnant mais complexe. Au Lumière, la Bpi n’a pas changé ses fonctions, son périmètre…

L’objectif est de rester en mouvement, trouver le bon rythme jusqu’à la réinstallation dans une bpi qui aura changé. Pour cela, une démarche « Bpi remix » a été enclenchée, avec l’aide d’une AMO de design de service qui commencera en janvier 2027. Il s’agira d’identifier ce qu’on doit questionner, qui on est, quelles sont nos ressources, qui sont nos alliances, etc.

Le projet architectural est déjà très avancé : il faut maintenant se projeter dans l’usage. 

La Bpi fête ses 50 ans en 2027 : volonté de donner à l’événement une dimension professionnelle.

Depuis la réouverture, la part des jeunes avec des pratiques étudiantes est encore plus importante (volonté de ne plus les appeler « étudiants » mais envisager qu’ils puissent avoir d’autres pratiques et nouer avec eux d’autres relations).

Autres actualités : le service Études & recherche travaille sur un thème lié à celui de l’hospitalité, qui a été au cœur du dernier congrès de l’ABF, celui de la co-présence et comment la présence des autres usagers est en elle-même facteur d’hospitalité.

Le prochain voyage d’étude aura lieu en Allemagne (Cologne, Berlin, Essen) du 30 septembre au 2 octobre 2026, ouverture des inscriptions prochainement auprès des membres du Conseil de coopération. La Bpi prend en charge les frais sur place, la collectivité paie le déplacement.

Actualités du Service du Livre et de la Lecture

Le SLL a le projet d’élaborer une cartographie des risques déontologiques à l’échelle nationale, avec un vade-mecum à utiliser à l’échelle locale, qui permettrait notamment le rapprochement avec les référents déontologie des collectivités, qui connaissent peu les bibliothèques et vice versa.

En préparation, la journée de restitution de l’enquête sur l’avenir de l’audiovisuel en bibliothèque, qui est née au Conseil de coopération en 2022. C’est un projet participatif qui a été mené par Images en bibliothèques, avec plus de 100 bibliothèques représentées, 80 personnes auditionnées et énormément de matière à analyser. Le 6 juin 2026 n’est pas un aboutissement mais un point d’étape. Un compte-rendu de cette journée sera diffusé rapidement. 

Il n’y aura pas de réponse clé en main, la suite sera nécessairement collective, avec les opérateurs nationaux (BnF, Bpi, CNC…), des solutions locales et un dialogue avec les fournisseurs de plateformes.

Bibli en folie se prépare également, avec un budget inchangé et toujours un partenariat média avec France télévisions.

Il va bientôt être possible d’annoncer pour la première fois un chiffre de fréquentation annuelle des bibliothèques, et ce sera un chiffre exceptionnel.

Un projet de renforcement de la visibilité des bibliothèques sur le pass culture est également en préparation.

Autres actus en bref

  • La Fill a porté fin 2025 une Tribune interprofessionnelle dans Le Monde consacrée à la baisse des crédits des DRAC impactant directement les ARL mais plus largement l’ensemble de l’écosystème du livre. Elle a décidé de lancer une plateforme de plaidoyer pour agir auprès des élus et faire de la lecture publique un enjeu dans les débats des prochaines élections. Réunion le 2 juillet 2026, Delphine Henry est à disposition pour toute demande d’informations.
  • Le congrès de l’ABF s’achève avec des chiffres de fréquentation record : 1150 inscrits (visiteurs + congressistes), prochaine édition du 9 au 11 juin 2027 à Pau. Le dernier numéro de la revue Bibliothèque(s) consacré aux sciences vient de paraître.
  • Marseille a travaillé avec un chercheur spécialiste des flux d’objets dans la ville qui a adapté sa méthode aux flux de livres, grâce aux données d’emprunt anonymisées : une cartographie de la diffusion du livre a été élaborée, neutralisant les effets de densité, et donne une lecture assez neuve des aires d’influence de chaque bibliothèque et des zones blanches sur le territoire. C’est un projet de recherche public et la méthode peut être partagée. Un bibliogrill sera proposé avec la Bpi à l’automne 2026.
  • Incivilités et tensions : plusieurs bagarres à Marseille au moment des révisions du bac, qui se sont terminées au poste de police ; à Grenoble, recrudescence des désordres dans quatre bibliothèques, fait de groupes de jeunes de 16 ans, qui sont livrés à eux-mêmes quand le cadre scolaire s’arrête à la fin du mois de juin. Plusieurs quartiers sont aussi sous l’influence de la drogue, parfois dans les espaces des bibliothèques.

Publié le 01/07/2026 - CC BY-SA 4.0

0 0 votes
Article Rating
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Plus récent Les plus votés
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires