Appartient au dossier : Voyage d’étude à Chicago et New York

La flexibilité comme philosophie de l’institution

En mai 2026, Renan Benyamina, directeur général de la Bibliothèque publique d’information, a effectué un voyage d’étude à Chicago et New York. Dans cet article, il explore le concept de flexibilité comme stratégie institutionnelle.

Vue en plongée de l'intérieur de la bibliothèque de Hunters Point : un grand escalier en bois longe une façade entièrement vitrée donnant sur un parc verdoyant au bord de l'eau. De nombreux usagers de tous âges circulent entre les rayonnages de livres en bois clair disposés en gradins le long de l'escalier.
Bibliothèque de Hunters Point dans le Queens (New York), par ishmaeldaro, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un mot galvaudé pour une exigence radicale

La flexibilité est l’un des mots les plus utilisés aujourd’hui, mais aussi le plus mal compris. On l’invoque pour justifier des espaces modulables, des meubles sur roulettes, des cloisons amovibles. Dans les institutions visitées, la flexibilité n’est pas une propriété du mobilier, c’est une philosophie de l’institution.

Le gradient comme alternative à la zonification

L’une des idées les plus fécondes du voyage est celle du gradient comme principe d’organisation spatiale. La zonification classique découpe la bibliothèque en zones étanches : espace silencieux ici, espace de travail en groupe là, espace enfants ailleurs. Cette logique a une cohérence, mais elle fragmente l’espace et crée des frontières qui découragent la circulation.

Le gradient propose autre chose : une continuité spatiale dans laquelle le volume sonore, l’animation, la densité des activités varient progressivement d’un point à l’autre. Plus on avance vers le nord, plus c’est vivant. Plus on s’enfonce vers le sud, plus c’est silencieux.

La transition entre espaces : ne pas perdre les gens à 18 ans

L’une des conversations les plus éclairantes du voyage a eu lieu à la Harold Washington Library (Chicago) : que se passe-t-il quand un adolescent de l’espace YOUmedia a 18 ans ? La réponse habituelle est : rien. Il devient adulte, il monte aux étages, il se débrouille. Il perd le bénéfice d’un espace conçu pour lui.

L’équipe de la Harold Washington travaille sur une réponse concrète : construire des passerelles thématiques entre les étages. Si un adolescent fait du podcast au studio YOUmedia, lui faire découvrir le studio adulte du sixième étage. L’idée est de créer une continuité plutôt qu’une rupture institutionnelle.

La flexibilité comme posture face à l’inconnu

Au Hyde Park Art Center (Chicago), Mike décrit ainsi sa méthode : « Plus nous décidons, moins c’est bon. » Ce n’est pas de la démission managériale, c’est une théorie de l’institution apprenante : plus on laisse de place à l’imprévu, plus on écoute ce qui émerge, plus l’institution devient pertinente. Cette posture est difficile à tenir dans une institution publique française, soumise à des logiques de planification, mais elle n’est pas incompatible avec ces contraintes. Elle demande simplement de réserver, dans tout plan stratégique, une part non programmée (des ressources humaines, des mètres carrés, des créneaux horaires) disponible pour ce qui n’a pas encore été imaginé.

Publié le 17/07/2026 - CC BY-SA 4.0

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