Appartient au dossier : Voyage d’étude à Chicago et New York

Adolescents en bibliothèque, un impensé persistant

En mai 2026, Renan Benyamina, directeur général de la Bibliothèque publique d’information, a effectué un voyage d’étude à Chicago et New York. Dans cet article, il partage les initiatives en faveur des adolescents pour encourager leur esprit critique, leur créativité et leur autonomie.

Les 13-19 ans constituent un angle mort

À Chicago, lors de ma visite à la Harold Washington Library, une bibliothécaire m’a demandé ce que les bibliothèques françaises proposaient aux adolescents. J’ai répondu grossièrement : « Je pense qu’en France, on abandonne. » Elle n’a pas semblé surprise : « Avant YOUmedia, nous aussi. »

Entre l’espace enfants – bien balisé, coloré, programmatiquement dense – et l’espace adulte – sérieux, silencieux, orienté vers le travail -, la tranche 13-19 ans constitue dans nombre de bibliothèques françaises un angle mort. On fait des choses pour les enfants. On fait des choses pour les adultes. Pour les adolescents, on installe parfois un coin manga, on tolère leur présence, on s’inquiète du bruit. Cela traduit une absence de politique.

Les adolescents ont besoin d’un espace qui leur appartient

À la Stavros Niarchos Foundation Library (New York), le niveau inférieur a été entièrement transformé lors de la rénovation. Ce qui était un espace de stockage est devenu le cœur vivant du bâtiment : studio d’enregistrement, atelier photo et vidéo, imprimante 3D, jeux vidéo, collection manga de cinq mille volumes, salles d’étude, chargeurs intégrés au sol, ordinateurs portables en prêt. L’ensemble est réservé aux 13-19 ans.

Le résultat est mesurable. La première année suivant l’ouverture, la circulation des documents adolescents a augmenté de 400%. La collection n’avait pas changé, mais les livres se trouvaient désormais dans un espace que les jeunes avaient envie de fréquenter.

Les adolescents s’autorégulent quand on leur fait confiance

L’une des histoires les plus marquantes du voyage vient du Hyde Park Art Center (Chicago). Lors d’un open mic (scène ouverte), certains membres du personnel voulaient interrompre une intervention jugée trop crue. Le directeur des programmes a refusé d’intervenir. Son observation : les adolescents dans le public régulaient eux-mêmes le niveau d’approbation par leurs applaudissements ou leur silence. Le ton s’est ajusté sans qu’un adulte n’ait dit un mot.

Faire est plus puissant qu’apprendre

La philosophie YOUmedia repose sur trois concepts : hanging out (être ensemble, sans projet imposé), messing around (tâtonner, expérimenter, échouer sans conséquence), geeking out (trouver sa passion et s’y consacrer avec intensité). Cette trilogie n’est pas un programme pédagogique, c’est une théorie de l’environnement.

À la Stavros Niarchos, le studio d’enregistrement a été réservé près de 800 heures par an par des adolescents, gratuitement. L’équivalent en location commerciale à New York représenterait entre 125 000 et 150 000 dollars. La bibliothèque offre un accès à des outils professionnels dont les jeunes n’auraient jamais pu bénéficier autrement.

Au Hyde Park Art Center, des adolescents ont utilisé des mégaphones pour aller raconter des histoires aux coins des rues du quartier. Ils ont soumis le projet au Black Creativity Exhibition. Résultat : premier prix et trois bourses universitaires.

Les adolescents ont quelque chose à apporter, pas seulement à recevoir

La différence entre un Conseil consultatif et le Youth Board of Artists du Hyde Park Art Center est qualitative. Les membres du YBA ne donnent pas leur avis sur des projets décidés par des adultes. Ils conçoivent leurs propres projets, les conduisent, les présentent en public, reçoivent une rémunération modeste pour ce travail. Cette année, ils produisent un magazine de quartier en version papier.

Publié le 17/07/2026 - CC BY-SA 4.0

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