Réaliser une enquête de notoriété sur les ressources numériques

Lena-Maria Perfettini, coordinatrice de la documentation numérique à la Bpi, a effectué un stage de cinq jours dans les bibliothèques de Brest en juin 2026, avec la volonté de découvrir des actions de valorisation des ressources numériques en bibliothèque de lecture publique.

Le réseau des médiathèques de Brest

Le réseau des médiathèques de la ville de Brest est structuré autour de la Médiathèque François Mitterrand – Les Capucins et de sept médiathèques de proximité implantées dans les quartiers. Il compte 30 000 abonnés actifs et réalise 1,3 million de prêts annuels, couvrant une grande diversité de supports : livres, CD, DVD, magazines et partitions.

Le réseau s’inscrit dans une dynamique intercommunale plus large avec le Pass’Média, qui fédère quinze médiathèques de la métropole brestoise : les huit médiathèques de Brest, cinq médiathèques de communes limitrophes (Guilers, Guipavas, Gouesnou, le Relecq-Kerhuon et Plouzané) et deux bibliothèques spécialisées, celles du Conservatoire de Brest et de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne. 

Une convention encadre cette coopération intercommunale, permettant la mise à disposition d’une offre numérique commune et la mutualisation d’outils informatiques, tels que le SIGB et le portail en ligne.

Le Pass’Média finance trois ressources numériques accessibles à tous ses abonnés : la presse en ligne via Cafeyn, les vidéos à la demande avec Arte-VOD, et les livres numériques grâce au dispositif PNB. Les abonnés des médiathèques de Brest bénéficient en outre de ressources exclusives : la Cinémathèque de Bretagne, la Philharmonie de Paris, la plateforme d’autoformation Mozaik et l’actualité scientifique proposée par Brief.science.

Médiathèques de Brest

L’enquête sur les ressources numériques : objectifs

Le réseau des médiathèques de Brest a lancé, mi-2025, une enquête de notoriété portant sur ses ressources numériques. Cette initiative visait deux objectifs : évaluer le niveau de connaissance de ces ressources par les usagers du réseau et analyser leurs usages, afin d’identifier les attentes et les éventuels freins à leur utilisation.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de l’obtention du label Bibliothèque Numérique de Référence (BNR) par le réseau des médiathèques de Brest. Ce programme a permis, entre autres, de financer des outils et logiciels, ainsi que de renforcer l’accompagnement des usages numériques.

La méthodologie de l’enquête

L’enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet pédagogique avec des étudiants en licence 2 de l’IMT Atlantique, école d’ingénieurs basée à Brest. 

Le projet s’est déroulé selon un calendrier précis : un appel à projet lancé durant l’été 2025, suivi de la conception du questionnaire en septembre. La collecte des données s’est tenue à la Médiathèque François Mitterrand – Les Capucins entre octobre et novembre, avant que les étudiants ne procèdent au traitement des réponses et à la restitution des analyses en décembre.

Le questionnaire, intuitif et facile à compléter, reposait sur des questions fermées et des cases à cocher. Pour garantir une représentativité optimale et éviter les biais liés à la maîtrise du numérique, un support papier a été privilégié. Une version en ligne était toutefois accessible sur le site internet.

Trois méthodes de collecte ont été déployées pour faciliter la participation : un accompagnement personnalisé par un enquêteur à l’entrée – ce qui a également permis de recueillir des remarques informelles –, la mise à disposition de questionnaires en libre accès sur une table avec une personne à proximité pour apporter une assistance, et la distribution des questionnaires pour un remplissage autonome.

Les résultats-clés de l’enquête 

L’enquête a recueilli 493 réponses, dont une centaine en ligne. Il en ressort que la moitié des répondants ne consulte pas le site web de la médiathèque. Plusieurs raisons expliquent ce constat : certains privilégient une fréquentation exclusivement physique, tandis que d’autres ne sont tout simplement pas inscrits au réseau.

Parmi les personnes inscrites, seulement un quart connaît l’existence des ressources numériques proposées par le réseau, et un peu plus de 40% en consulte au moins une.

Les résultats révèlent aussi des disparités selon l’âge des répondants. Les moins de 25 ans, soit 37% des répondants, sont 60% à connaître les ressources numériques, mais seulement 24% en utilisent, principalement la VOD. Les 25-60 ans ou « actifs » constituent 47% des répondants : 83% connaissent ces ressources, et 64% en consultent, avec une répartition équilibrée entre la VOD et la presse en ligne. Enfin, les plus de 60 ans, à savoir 16 % des répondants, ont une connaissance quasi-unanime (93%) et une utilisation élevée (76%) des ressources, avec une préférence pour la presse en ligne.

On note ainsi une inversion de certains préjugés : les seniors sont non seulement ceux qui connaissent le mieux les ressources numériques, mais aussi ceux qui les utilisent le plus. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène : les jeunes seraient moins intéressés par l’offre, ou disposeraient déjà de leurs propres abonnements. Parmi les freins à l’utilisation, les répondants citent principalement le manque de temps, la méconnaissance de l’offre et un désintérêt relatif.

L’enquête a également permis d’identifier quatre profils parmi les répondants : les « omnivores » (28%) qui cumulent un abonnement individuel et l’utilisation des ressources des médiathèques ; les « plus-values » (14%) qui n’ont pas d’abonnement individuel mais consultent les ressources proposées par la bibliothèque ; les « rassasiés » (un peu plus de 40%) qui disposent d’un abonnement personnel et n’ont pas besoin des ressources des médiathèques ; et enfin les « réfractaires » (17%) qui n’ont ni abonnement personnel ni utilisation des ressources proposées.

En matière d’usage, les ressources numériques les plus plébiscitées sont, dans l’ordre, les films en VOD, la presse en ligne et les livres numériques. Les autres ressources, plus spécialisées, sont moins consultées. Concernant les besoins exprimés, les répondants souhaitent avant tout un développement des ressources en musique, suivi d’une amélioration de l’offre de VOD – à noter que ce service était dégradé lors de l’enquête – et enfin, des ressources en mangas et bandes dessinées.

Des pistes d’actions

Plusieurs actions sont envisagées pour améliorer la visibilité et l’utilisation des ressources électroniques proposées par le réseau. Un défi majeur persiste en effet : les services numériques, virtuels par nature, sont difficiles à identifier pour les usagers, et les tentatives de re-matérialisation ne suffisent pas toujours à les rendre visibles.

Pour y remédier, trois axes principaux pourraient être explorés. Tout d’abord, renforcer l’information au quotidien. Actuellement, l’offre numérique est présentée lors de l’inscription des usagers, mais cette information se perd parmi d’autres. Une solution serait de miser sur la relation interpersonnelle, en systématisant les rappels lors des échanges entre les bibliothécaires et les usagers. Chaque professionnel deviendrait ainsi un ambassadeur des ressources en ligne. Des formations régulières des collègues et des rappels sur l’offre numérique via la newsletter interne pourraient soutenir cette démarche.

D’autre part, mettre en place une campagne de communication ciblée. Plutôt qu’une communication institutionnelle générale, souvent inefficace car les usagers sont submergés de messages, une approche personnalisée selon les profils serait plus pertinente. Par exemple, il serait inutile de promouvoir l’offre de presse en ligne auprès des seniors, qui la connaissent déjà, alors qu’une communication renforcée auprès des jeunes, moins familiers avec ces ressources, serait plus judicieuse.

Enfin, développer des actions culturelles intégrant le numérique. Au-delà des ateliers dédiés, comme le rendez-vous hebdomadaire des « S@medis connectés », il faudrait intégrer le numérique dans toutes les activités proposées. En s’appuyant sur les autres services de collection, chaque événement ou animation pourrait devenir une occasion de valoriser ces ressources.

Des perspectives

En juin 2026, l’enquête de notoriété sur les ressources numériques se poursuit dans les sept médiathèques de quartier de Brest. À partir de la rentrée 2026, elle sera étendue aux médiathèques du Pass’Média. La priorité accordée au format papier a été renouvelée, et une structure similaire est conservée pour tous les questionnaires, avec seulement deux questions adaptées pour le Pass’Média. Cela permettra une analyse globale tout en offrant des résultats détaillés par médiathèque.

Pour la Médiathèque François Mitterrand – Les Capucins, il est envisagé de renouveler cette enquête tous les deux ans afin d’observer l’évolution des usages et des besoins. Ce délai permettra d’évaluer l’efficacité des nouvelles initiatives et des stratégies de communication. Un format différent, comme une enquête menée sur une semaine, pourrait être choisi.

Lena-Maria Perfettini adresse ses remerciements à Yvan Hochet, responsable du département « Environnement numérique et jeux vidéo », ainsi qu’à toutes les équipes des médiathèques de la ville de Brest et du Pass’Média pour leur accueil lors de son séjour du 16 au 20 juin 2026.

Publié le 08/07/2026 - CC BY-SA 4.0

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