Appartient au dossier : Confinement : la situation des bibliothèques à l’international

Les bibliothèques de la région métropolitaine de Buenos Aires au temps de l’épidémie de Covid-19
par María Patricia Prada

María Patricia Prada dresse le panorama des bibliothèques de la région métropolitaine de Buenos Aires (Argentine).

Présentation livres BU Buenos Aires
BU Buenos Aires ©Patricia Allendez Sullivan

Peux-tu nous décrire la structure dans laquelle tu travailles? 

Comme je suis professeure, formatrice de bibliothécaires à l’université, j’ai choisi de demander à un groupe de collègues comment ils avaient fait pour assurer la continuité du lien avec les usagers, étant donné que les bibliothèques sont fermées en Argentine depuis le 20 mars 2020.
Ces bibliothèques se trouvent dans la région comprenant la ville de Buenos Aires et la banlieue environnante, où habitent presque 13 millions de personnes avec des conditions de vie très contrastées.
J’ai obtenu une douzaine de réponses de bibliothécaires travaillant dans des bibliothèques scolaires, universitaires, publiques, spécialisées et à la Bibliothèque nationale Mariano Moreno. Ces bibliothèques ont des structures très différentes mais c’est intéressant de noter les différences et les convergences dans la manière d’atténuer l’éloignement physique des usagers et d’essayer de rester proches en étant attentifs à leurs besoins.
Voici la liste des bibliothèques qui ont répondu au questionnaire : 

  • Trois bibliothèques scolaires implantées dans des écoles élémentaires publiques pour enfants de 6 à 12 ans. Elles sont ouvertes au public pendant les horaires de classe, avec une bibliothécaire chargée du service public le matin et une autre l’après-midi.
  • Deux bibliothèques universitaires : ces bibliothèques font partie, pour l’une, d’une université publique, et pour l’autre, d’une université privée. L’une est une bibliothèque centrale qui offre ses services à toutes les formations de l’établissement, l’autre est une bibliothèque rattachée à une faculté. Six agents travaillent dans chacune.
  • Une bibliothèque spécialisée qui dépend d’une institution publique. Cinq agents y travaillent.
  • Deux bibliothèques publiques dépendant du réseau de la ville de Buenos Aires.
  • La Bibliothèque nationale Mariano Moreno : c’est une grande structure de plusieurs centaines d’agents, avec ses ressources et services déployés sur dix étages. Parmi ses diverses fonctions, elle est a la responsabilité du dépôt légal.

 Actuellement, quelles sont les urgences organisationnelles et humaines auxquelles tu dois répondre ? 

Dès le début de l’isolement obligatoire et de la fermeture il y a eu une grande incertitude partout, étant donné que le service d’une bibliothèque se déroule traditionnellement sur place, même si on offre des services et des ressources en ligne. On a dû s’organiser au fur et à mesure de l’évolution des événements. Le 20 mars, toutes les bibliothèques ont fermé leurs portes et ont dû élaborer un plan d’urgence pour répondre à chacune de leurs missions particulières.

Bibliothèques scolaires

Elles ont dû se réorganiser à toute vitesse et établir un moyen de communiquer avec les enseignants, les élèves et les familles. Et elles ont réussi grâce au travail des bibliothécaires. Cependant, la difficulté fondamentale se trouve dans la connexion Internet : la plupart des élèves a un accès très limité et partagé avec toute la famille, qui doit travailler en même temps que les enfants ont classe. La majorité des enfants n’a accès à Internet qu’au moyen du smartphone d’un adulte, ce qui réduit leurs possibilités d’accès. Il faut savoir que la situation sociale et économique est très difficile et qu’un aide alimentaire pour les familles  a été mise en place dans les écoles.

Bibliothèques universitaires 

Dans les deux bibliothèques universitaires, le télétravail a été mis en place.

Bibliothèque spécialisée 

Les bibliothécaires font du télétravail. La difficulté principale réside dans l’absence d’accès aux ressources documentaires traditionnelles qui sont très demandées.

Bibliothèques publiques 

Elles ont été fermées, sans télétravail. L’administration a mis à disposition des agents des bibliothèques publiques une offre de ressources numériques d’autoformation dans un campus virtuel afin de favoriser la formation continue.

Bibliothèque nationale Mariano Moreno

Depuis le début du confinement, elle est fermée. Malheureusement, le télétravail n’a pas pu être mis en place faute d’une technologie adaptée. Les seuls agents qui se rendent sur site ou télétravaillent sont ceux qui gèrent les salaires, les paiements, les affaires juridiques, etc. 

Quelle communication avez-vous adoptée pour le public et quels services proposez-vous actuellement ? 

Bibliothèques scolaires

La communication avec les enseignants, les élèves et les familles est établie principalement grâce aux courriels, mais aussi à l’aide d’autres applications et réseaux sociaux : WhatsApp et Zoom avec les personnels de l’école, Facebook avec les élèves et les familles.On a privilégié dès le début les informations sur la Covid-19 mais aussi sur la dengue car il y a une épidémie à Buenos Aires. Les bibliothèques scolaires ont insisté sur l’importance du plaisir de la lecture pour continuer à développer l’intérêt des enfants et rester en accord avec leurs objectifs. L’une des bibliothèques éditait un blog, alors on y publie des ressources pédagogiques et on propose des activités pour les loisirs : des lectures, des vidéos, des jeux. Une autre bibliothèque a organisé une activité collective diffusée par courriel : pour fêter l’anniversaire de l’école, une compilation d’anecdotes rédigées par les familles a été organisée afin de les partager dès le retour à la vie normale.

Bibliothèques universitaires

La situation dans les deux établissements est bien différente. La première bibliothèque répond à distance aux questions des étudiants, assiste les professeurs dans leurs classes virtuelles et continue à développer l’achat de livres numériques en fonction des différents besoins de la communauté universitaire. La communication avec les étudiants s’établit par courriel ; mais avec les professeurs on utilise aussi  WhatsApp.
L’autre bibliothèque universitaire vient en appui à une unité académique dédiée aux sciences de la santé : la demande d’information a d’ailleurs augmenté considérablement. La difficulté majeure se trouve ici dans le manque de budget pour l’achat de ressources numériques qu’on essaye de compenser en proposant des ressources en libre accès. Les bibliothécaires ont élaboré une bibliographie spécialisée en libre accès qui est actualisée constamment. La bibliothèque communique avec les étudiants par courriel et par réseaux sociaux.

 Bibliothèque spécialisée

Les bibliothécaires tentent de répondre de chez eux aux usagers par courriel grâce aux bases de données auxquels la bibliothèque est abonnée. Ils travaillent en équipe et collaborent par courriel avec les autres bibliothèques qui travaillent sur les mêmes domaines de connaissance.

Bibliothèques publiques

Les bibliothécaires essayent de maintenir la communication avec les usagers à travers les réseaux sociaux soit pour diffuser des contenus sur la pandémie de Covid-19, pour recommander des lectures, mais surtout pour partager des informations sur les salles à manger communautaires, importantes notamment dans les quartiers populaires. Les bibliothèques ont aussi instauré des échanges téléphoniques avec les usagers assidus, afin de les informer, dès le début de l’isolement, de la suspension des activités prévues.

Bibliothèque nationale Mariano Moreno

Le personnel continue à actualiser le site web de la bibliothèque. Le département Presse diffuse les actualités de la bibliothèque via les divers réseaux sociaux (Youtube, Instagram, Facebook,Twitter). Les bibliothécaires répondent aux demandes par courriel en s’appuyant sur les ressources numériques (livres, manuscrits, photos, revues, cartes, partitions, audios et vidéos).

As-tu un conseil à partager avec les collègues bibliothécaires en ces temps particuliers ?

Cette pandémie nous oblige à développer d’autres compétences : être patients, solidaires et souples pour faire face au changement, savoir s’adapter et collaborer entre nous, avec les collègue, et en relation avec public pour répondre aux nouveaux besoins. Il s’agit de faire du mieux possible avec ce qu’on a sous la main. La bibliothèque doit faire tomber ses murs et retrouver les communautés d’usagers où ils se trouvent : dans leurs maisons mais aussi dans les rues, pour les sans-abri, pour mettre en valeur sa présence dans la société. 
Les réponses très similaires des collègues convergent souvent. L’objectif est partagé : proposer des ressources, des connaissances, des idées pour produire des innovations qui placent la bibliothèque dans la cité.

Publié le 27/05/2020 - CC BY-SA 4.0

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