La Cité internationale de la langue française, un lieu culturel ouvert sur les francophonies
Le 21 juillet 2026, le service Autoformation et le directeur de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) ont visité la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. Cette journée a été l’occasion de découvrir un lieu inclusif, ouvert sur les francophonies, et inspirant pour les projets actuels et futurs de la Bpi.
La Cité internationale de la langue française (CILF), inaugurée en novembre 2023, est le premier lieu culturel dédié intégralement à la langue française. En quoi ce lieu peut-il intéresser le service Autoformation de la Bpi ? Quelles sont les similitudes et les différences entre nos actions pour la valorisation du français et du multilinguisme ?

La Cité internationale de la langue française est installée dans le château de Villers-Cotterêts, où François Ier a signé en 1539 la célèbre ordonnance du même nom, qui appartient au Centre des monuments nationaux.
Un lieu pour s’immerger dans la langue
L’équipe du service Autoformation s’est progressivement spécialisée dans la médiation de la langue française auprès du public allophone et est toujours à la recherche d’expériences innovantes dans le domaine.
À la Cité, nous avons pu découvrir l’exposition permanente « L’aventure du français » qui est un parcours de médiation ludique, immersif et participatif de l’histoire de la langue française sous ses différents aspects : la littérature, le français dans le monde, les expressions, francophonie et colonisation, mais aussi étymologie, grammaire et orthographe. Chaque salle est dédiée à une thématique et évite la monotonie en renouvelant sans cesse notre curiosité. De fait, la scénographie fait la part belle aux jeux et aux dispositifs manipulables ainsi qu’aux visuels et aux enregistrements sonores et vidéos. La langue française, loin d’être présentée de façon descendante, apparaît ainsi accessible, amusante, concrète et évolutive.

Cet aménagement particulièrement réussi résulte d’un long travail de réflexion et de préfiguration en amont de l’ouverture.
Nous nous sommes pris au jeu du parcours et avons réfléchi à la fois aux dispositifs que nous pourrions inclure dans nos médiations (comme les quizz et les jeux) et aux mises en espaces qui pourraient agrémenter le futur espace Autoformation pour Bpi 2030.

Un lieu engagé sur les francophonies et le multilinguisme
Ancrée dans un territoire où l’extrême droite est très implantée, la CILF se démarque par la promotion d’une vision politiquement ouverte de la langue. Dès le début du parcours, les francophonies sont mises à l’honneur, le « ciel lexical » fait la part belle aux argots et aux créoles. Les parties sur l’étymologie montrent que la langue est le résultat de métissages incessants, à rebours d’une vision normative promue par l’Académie française. Les auteurs étrangers sont mis en avant au même titre que les français.
Cette médiation du français par le prisme du multilinguisme et des différentes cultures dans lesquelles le français est implanté correspond tout à fait aux projets en cours de la Bpi, notamment par la collection « FAL du monde » (proposer des livres FAL dans les langues maternelles de nos publics allophones) ou l’amélioration de l’accueil des nouveaux arrivants.

Un lieu au carrefour de plusieurs dynamiques territoriales
Suite à notre découverte du parcours, nous avons pu rencontrer plusieurs professionnels en charge des médiations et de la pédagogie.
Une des spécificités que partage la CILF avec la Bpi, c’est que c’est un établissement de périmètre national avec une fréquentation locale : la Cité accueille aussi bien des publics variés, franciliens et belges notamment, que les habitants de Villers-Cotterêts qui apprécient le parc, la librairie et la programmation culturelle. L’accueil d’artistes en résidence est aussi une occasion d’aller à la rencontre des publics du territoire, en particulier scolaires.
La présence internationale de la Cité est tout aussi importante pour valoriser, de la même façon ludique et interactive, la langue française aux francophones et francophiles du monde entier. La Cité est fortement sollicitée par les Alliances françaises et les Instituts français à l’étranger, pour qui elle est devenue un réel appui dans leurs actions. Un parcours dématérialisé a par exemple été conçu pour permettre à leurs apprenants d’accéder à distance à une partie du parcours « L’aventure du français ».
Un lieu attentif à tous ses publics
Comme la Bpi, la CILF est attentive aux publics éloignés (publics francophones en difficulté avec la maîtrise de la langue, publics allophones, personnes empêchées, champ social, etc.) et a tissé des partenariats avec de nombreuses associations et structures telles que Mots et merveilles, Les apprentis d’Auteuil, France Travail, les centres pénitentiaires et le centre d’hébergement d’urgence à proximité. Ces partenariats sont précieux pour la Cité et le principal moyen d’établir une connexion avec ces publics, à travers des visites du bâtiment et de ses expositions. Celles-ci sont uniquement données en français facile à comprendre. Le parcours de l’exposition n’est pas présenté en entier, seules quelques parties sont sélectionnées, notamment celles présentant des sons, des images, des vidéos.
Si la CILF s’inscrit dans les temps forts nationaux comme les « Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme » et la « Semaine de la langue française et de la Francophonie » – auxquels la Bpi participe également –, elle propose toute l’année des parcours de visite adaptés aux associations et des activités, accueille des ateliers d’aide à l’informatique et met à disposition une plateforme de micro formation créée par Artips.
Enfin, la CILF accompagne les professionnels et les bénévoles de l’enseignement du français et de l’accompagnement linguistique à travers une offre de stages, de formations et de rencontres.
En conclusion, la visite à la CILF nous a ouvert une fenêtre de réflexion sur des méthodes de médiation autour du français plus ludiques et plus ouvertes, notamment sur le français hors de France. Dans un contexte où les exigences de maîtrise de la langue par les allophones qui aspirent à obtenir la nationalité française sont croissantes, la Bpi peut se positionner à la fois comme un lieu d’apprentissage et un lieu porteur d’une vision politiquement ouverte et inclusive de la langue.
Publié le 31/08/2026 - CC BY-SA 4.0