Appartient au dossier : Le mois du doc 2026 avec Les yeux doc
« Contrechamps canadiens » : 8 films de l’ONF à découvrir sur Les yeux doc
Du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027, Les yeux doc et l’Office national du film du Canada (ONF) s’associent pour promouvoir le cinéma canadien dans les bibliothèques françaises. Découvrez la sélection de films « Contrechamps canadiens » et les conditions de sa diffusion… pourquoi pas pendant le Mois du doc 2026 ?
Les yeux doc vous proposent une sélection de huit films issus des collections de l’Office national du film du Canada (ONF), institution incontournable de promotion et de production cinématographiques. Un parcours à travers diverses approches esthétiques et narratives emblématiques de l’ONF : le portrait, le film d’observation en cinéma direct et le film ethnologique.
Réalisés entre 1962 et 2018, les films de cette sélection intitulée « Contrechamps canadiens » constituent pour plusieurs d’entre eux des jalons dans l’histoire du cinéma documentaire mondial. Simultanément, ils permettent d’aborder des questions actuelles autour de la création artistique, des luttes autochtones, des rapports de genre ou encore de la relation entre les sociétés humaines et leur environnement.
Ces documentaires nous font traverser l’Atlantique et proposent des contre-récits canadiens (mouvement pour le Québec Libre, résistances autochtones, égalité femmes-hommes, questionnement sur la prédation humaine). Des regards sur la place de la langue française, la colonisation ou encore la relation à l’environnement qui résonnent avec l’histoire récente française et ouvrent des espaces de dialogue et de réflexion.
Un suivi des médiations est requis sur toute la période de mise à disposition des films sur Les yeux doc. L’inscription obligatoire de vos projections sur un formulaire (en ligne courant mai) ouvrira l’accès à de la documentation sur les œuvres et à un second formulaire, à remplir après la séance afin de nous faire remonter quelques données clés (nombre de spectateur·rices, typologie et satisfaction du public…).
Pour toute demande concernant cette collection :
Marion Carrot, chargée de coopération pour Les yeux doc
marion.carrot@bpi.fr | lesyeuxdoc@bpi.fr | 01 44 78 45 70
Découvrir les films par thématique
Cliquez sur les liens pour en savoir plus sur chaque thème ou sur chaque film.
Portraits d’artistes canadien·nes : entre ferveur et décontraction
- Mesdames et messieurs, M. Leonard Cohen, Donald Brittain & Don Owen, 1965, 44 min
- Pauline Julien, intime et politique, Pascale Ferland, 2018, 53 min
Luttes autochtones : un cinéma engagé et communautaire
- Vous êtes en terre indienne, Michael Kanentakeron Mitchell, 1969, 36 min
- Je m’appelle Kahentiiosta, Alanis Obomsawin, 1996, 29 min
L’émancipation des femmes : vers l’égalité économique ?
- J’me marie, J’me marie pas, Mireille Dansereau, 1973, 81 min
- 5 pieds 2 – 80 000 lbs, Nathalie Trépanier, 1999, 51 min
Les humains, les territoires et la relation au vivant
- Pour la suite du monde, Pierre Perrault & Michel Brault, 1962, 105 min
- La Bête lumineuse, Pierre Perrault, 1982, 127 min
Portraits d’artistes canadien·nes : entre ferveur et décontraction
Cette première thématique met en avant deux films illustrant la richesse du portrait documentaire à l’ONF. À la croisée du cinéma direct, des archives et de la mise en scène fictionnalisée, elle souligne l’intérêt constant des cinéastes pour la captation des corps et des visages, les processus de création artistique et leur appétence à mettre en avant des personnalités publiques avec légèreté, mais aussi avec distance.
Ces deux films tracent, en miroir, les contours de trajectoires artistiques singulières au Canada. D’un côté, une muse de l’indépendance du Québec habitée par une ferveur politique. De l’autre, un poète en mouvement, qui arpente Montréal avec une désinvolture apparente, laissant affleurer une manière d’habiter le monde à la fois libre et attentive.
Mesdames et messieurs, M. Leonard Cohen, Donald Brittain & Don Owen, 1965, 44 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Ce documentaire réalisé en 1965 brosse un portrait décontracté du poète, romancier et auteur-compositeur Leonard Cohen, encore principalement reconnu comme poète à cette époque. On le voit tantôt lisant sa poésie devant un public conquis, tantôt seul ou en compagnie de ses ami·es. Un film mêlant autodérision et autoreprésentation de cet artiste de langue anglaise devenu une célébrité internationale avec fantaisie et humour.
Les réalisateurs : Donald Brittain et Don Owen sont des cinéastes pionniers de l’ONF des années 1960.
Owen laisse une large part à l’improvisation dans son approche du cinéma. Il réalise des portraits d’artistes, de travailleurs et de marginaux emprunts de poésie, d’un grand sens du cadrage et du mouvement : Le Coureur (1962), Charpentiers du ciel (1965)…
Quant à Brittain, il s’intéresse davantage à l’aspect journalistique et politique, à quoi il ajoute une touche de mordant et d’humour très personnelle : en témoignent son portrait du sulfureux romancier Malcolm Lowry Le Volcan (1978), son documentaire sur le quotidien des bureaux, Paperland, the Bureaucrats Observed (1979) ou sa série Les Champions (1988), sur les politiciens René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau.
Pauline Julien, intime et politique, Pascale Ferland, 2018, 53 min
Voir le film : lien sur demande, nous contacter. Informations sur cette page.
En quelques mots : Suivant un minutieux choix d’extraits de spectacles, d’entretiens et de photos puisé·es dans un riche fonds d’archives, Pauline Julien, intime et politique nous entraîne dans le sillage d’une figure emblématique de la chanson québécoise, pour nous raconter une époque charnière de l’histoire du Canada. Cette chanteuse, actrice et poétesse résolument libre et engagée s’est battue pour un Québec libre et la protection de la langue française.
Si Leonard Cohen est connu outre-Atlantique, Pauline Julien l’est moins, alors qu’elle a démarré sa carrière en France dans les années 1950, chantant du Boris Vian et du Léo Ferré à Paris. Rentrée au Canada, elle milite pour un Québec plus juste et inclusif et devient une représentante de la Révolution tranquille du Québec. Ses rêves d’indépendance se terminent avec l’échec du second référendum pour l’indépendance en 1995, quelques années avant sa mort.
La réalisatrice : Pascale Ferland est une artiste contemporaine qui s’intéresse à « la passion créatrice, à la mémoire collective, à l’histoire et aux enjeux liés à la pérennité de la nature » (source : Réalisatrices équitables). Elle s’attache à préserver des grand·es artistes québécois·es de l’oubli.
Luttes autochtones : un cinéma engagé et communautaire
Cette thématique met en regard deux films majeurs du cinéma autochtone canadien, qui témoignent de luttes territoriales et politiques menées par les communautés mohawks. Elle s’inscrit dans une perspective de valorisation des cinématographies autochtones et de leurs enjeux contemporains, en écho aux préoccupations actuelles liées aux droits des peuples autochtones et à la défense des territoires.
Le premier film documente au plus près une action de mobilisation, quand le second s’attache à recueillir un témoignage a posteriori pour entrer dans le vécu plus intérieur d’une militante.
Vous êtes en terre indienne, Michael Kanentakeron Mitchell, 1969, 36 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Lorsqu’en 1969, les autorités canadiennes décident d’imposer des frais de douane à la frontière canado-américaine, en contradiction avec les accords historiques avec les communautés autochtones, les Kanien’kéhaka (Mohawks) réagissent en bloquant le pont entre l’Ontario (Canada) et l’État de New York (États-Unis). Par son dispositif d’observation directe et sa proximité avec les manifestant·es, Vous êtes en terre indienne donne à voir, dans la continuité, l’instauration de rapports de force entre autorités et manifestant·es, jusqu’au malaise.
Le réalisateur : Cette œuvre fait partie des productions les plus influentes et les plus diffusées de l’Indian Film Crew (IFC), première équipe de production entièrement autochtone de l’ONF, active de 1968 à 1970. L’IFC, émanation du programme Société nouvelle créé en 1967 par l’ONF pour donner la parole aux communautés marginalisées, ouvre la voie à de futurs programmes autochtones à l’ONF. Les sept membres de l’IFC viennent de différents peuples autochtones du Canada. Il s’agit de Barbara Wilson (haïda), Roy Daniels (ojibwé), Tom O’Connor (anishinaabé), Noel Starblanket (cri), Morris Isaac (micmac), Willie Dunn (micmac/écossais) et Michael Kanentakeron Mitchell (mohawk) (Source : L’Encyclopédie canadienne). Michael Kanentakeron Mitchell, qui n’était pas encore le grand chef du conseil d’Akwesasne, a participé à la manifestation dont traite le film. On le voit parlementer avec les policiers.
Je m’appelle Kahentiiosta, Alanis Obomsawin, 1996, 29 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Ce film est un prolongement à l’essentiel Kanehsatake : 270 ans de résistance (1993), œuvre de référence dans l’histoire du documentaire, dans laquelle Alanis Obomsawin filme pendant 78 jours la crise d’Oka, un conflit déclenché par un projet d’extension de terrain de golf sur des terres mohawks. Kahentiiosta était à Kanehsatake du début à la fin de la crise. Cette opposante décrit ce qu’elle y a vécu jusqu’à sa comparution devant le tribunal, ainsi que sa vie et celle d’autres militant·es au camp de Farnham.
La réalisatrice : La cinéaste Alanis Obomsawin, figure majeure du cinéma autochtone, s’inscrit dans une démarche de documentation au long cours des résistances des Premières Nations. Ce travail immersif, reconnu internationalement, constitue un jalon fondamental dans la représentation des luttes autochtones à l’écran.
Dans ses films, elle met en avant la défense citoyenne par le biais d’actions politiques (Kanehsatake…), mais également l’exclusion sociale vécue par les peuples autochtones, notamment par les femmes dans Mère de tant d’enfants (1977) et par les jeunes dans Sans adresse (1988).
L’émancipation des femmes : vers l’égalité économique ?
Cette thématique rassemble deux films qui interrogent les évolutions de la condition féminine au Canada au cours de la seconde partie du 20e siècle et met en avant un cinéma de la parole et de l’expérience vécue, où l’intime devient un espace d’expression politique. Un film aborde les conséquences des premiers mouvements féministes sur l’indépendance des femmes dans les années 1970 et l’autre, tourné dans les années 1990, offre un contrepoint sur un domaine d’activité traditionnellement masculin : le monde des chauffeuses-routières.
J’me marie, J’me marie pas, Mireille Dansereau, 1973, 81 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Dans ce long métrage au dispositif minimaliste, Mireille Dansereau tient des entrevues approfondies avec quatre femmes qui expliquent leur relation au couple, à la maternité et à leur condition féminine, en se détachant parfois radicalement de la conception des années 1970, période de métamorphose sociale au Canada. L’occasion de faire un aller-retour avec les acquis d’aujourd’hui.
Dans ce film, Mireille Dansereau prend le temps d’accueillir la parole de quatre proches : l’artiste Francine Larivée, la journaliste Linda Gaboriau, la traductrice Jocelyne Lepage et la cinéaste Tanya Mackay, dans un cadre de confiance. Ce dispositif d’entretien permet à ces femmes indépendantes d’une trentaine d’années de prendre le temps d’exposer leurs pensées.
La réalisatrice : Mireille Dansereau – Compromise (1968), Famille et variations (1977) – est la première femme à réaliser un long métrage de fiction au Québec : La Vie rêvée (1972). Elle travaille avec la réalisatrice et productrice Anne-Claire Poirier – De mère en fille (1968), Les Filles du Roy (1974), Mourir à tue-tête (1979) – sur une série de films de l’ONF intitulée En tant que femmes, réalisée « par des femmes, avec des femmes, pour les femmes ».
5 pieds 2 – 80 000 lbs, Nathalie Trépanier, 1999, 51 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Un documentaire sur des femmes passionnées par un métier non traditionnel : le camionnage. Au fil des humeurs et de l’humour, elles abordent sans détour les grands sujets : l’amour, la peur, la famille, la liberté et la solitude. Souvent mères, les membres de cette joyeuse tribu de femmes chauffeuses de camions assument pour la plupart seules la subsistance du foyer. Alors qu’elles passent de longues heures sur les routes, elles racontent leurs moyens de décompresser et de dépasser les difficultés rencontrées dans ce milieu majoritairement masculin.
Film adapté au jeune public dès le collège – ce film peut servir de support pour organiser des ateliers sur l’égalité professionnelle.
La réalisatrice : Nathalie Trepanier est une réalisatrice féministe qui aime observer les clichés conçus par la société capitaliste et détourner l’imagerie de l’American Way of Life : quand BBQ (1995) raconte la vie de passionné·es de barbecue, C’est ma Floride ! (2004) propose une immersion dans le domaine du camping et On n’a pas dit notre dernier mot ! (2005) suit l’équipe d’un magazine féministe des années 1980. Avec 5 pieds 2 – 80 000 lbs (1999), Nathalie Trépanier met en lumière les conditions de travail, les stratégies d’adaptation et les formes de solidarité développées par des femmes de caractère dans un milieu encore hostile à la présence féminine.
Les humains, les territoires et la relation au vivant
Cette dernière thématique propose un retour sur deux œuvres majeures du cinéma direct québécois, qui interrogent les relations entre les individus, leur environnement et les pratiques traditionnelles. Elle s’inscrit dans une perspective patrimoniale, tout en résonnant fortement avec les préoccupations écologiques contemporaines. Quelle relation les êtres humains entretiennent-ils avec le vivant ? Comment s’adapte-t-ils à une nature hostile ? Quelle pratique de pêche et de chasse accepter pour l’autosuffisance alimentaire ou pour les loisirs ? Et plus symboliquement, entre l’humain et l’animal, quelle logique de prédation et d’anéantissement ?
Pour la suite du monde, Michel Brault & Pierre Perrault, 1962, 105 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : En 1962, 38 ans après l’abandon de la pêche au marsouin (beluga), les habitant·es de l’Isle-aux-Coudres reprennent la tradition à l’instigation des cinéastes, sous les commandes de Léopold Tremblay et d’un maître de pêche. De la capture de l’animal jusqu’à sa livraison à l’aquarium de New York, toutes les étapes de ce défi sont documentées dans ce film poétique et ethnographique gouverné par les éléments, la lune et les marées.
Les réalisateurs : Michel Brault, cinéaste pionnier de la production documentaire parmi les plus acclamé·es au Canada, joue un rôle déterminant pour le mouvement du cinéma direct des années 1960. Avec sa technique de la caméra à l’épaule, il influence les laboratoires Éclair dans la production d’une caméra légère en son synchrone après le tournage en France de Chronique d’un été (1961) avec Jean Rouch et Edgar Morin. Il réalise entre autres Les Raquetteurs (1958), Golden Gloves (1961), Éloge du Chiac (1969) ou la série Le son des Français d’Amérique (1975/1980), … Dans Pour la suite du monde (1962), cet explorateur de l’image parvient à une prouesse technique : réussir à filmer une pêche dangereuse sur de fragiles embarcations avec un son synchrone, enregistré par Marcel Carrière.
Après Pour la suite du monde (1962), premier film où il est cité en tant que réalisateur, Pierre Perrault en tourne deux autres sur les habitant·es de l’île aux Coudres avant de porter son regard sur l’Acadie, puis l’Abitibi, où il réalise quatre films sur les conséquences de la colonisation. Il filme par la suite les Innus et leur territoire ancestral, la Basse-Côte-Nord. Suivront trois films sur le fleuve Saint-Laurent et les voyages de Jacques Cartier, puis deux tournés sur la terre d’Ellesmere.
Pierre Perrault est un passionné du fleuve et de ses habitant·es. En véritable accoucheur de paroles, il cherche à dévoiler l’identité humaine avec philosophie et profondeur. C’est lui, dans Pour la suite du monde, qui stimule la discussion avec la communauté de pêcheurs, à la langue vernaculaire, et enregistre un parlé avant sa disparition. En 1982, avec La Bête lumineuse, Perrault filme bien plus qu’une partie de chasse, il développe une métaphore puissante sur le groupe, l’amitié et la condition masculine. Avec pour point commun un rituel, ici symbolique, de sacrifice.
La Bête lumineuse, Pierre Perrault, 1982, 127 min
Voir le film sur le site de l’ONF
En quelques mots : Dans une cabane de Maniwaki, des citadins opèrent leur annuel retour à la nature en allant chasser l’orignal. Plaisir de se mesurer aux éléments et de connaître ses limites. Mais aussi, esprit de panache, de bravache et de vantardise, et transposition de mœurs sauvages de la meute au sein du groupe d’amis, où on a tôt fait de repérer un souffre-douleur. Le poète Stéphane-Albert Boulais ferait tout pour plaire à son ami chasseur Bernard Lheureux. Une magistrale partie de chasse, une mythologie proprement québécoise.
Le réalisateur : Après Pour la suite du monde (1962), premier film où il est cité en tant que réalisateur, Pierre Perrault en tourne deux autres sur les habitant·es de l’île aux Coudres avant de porter son regard sur l’Acadie, puis l’Abitibi, où il réalise quatre films sur les conséquences de la colonisation. Il filme par la suite les Innus et leur territoire ancestral, la Basse-Côte-Nord. Suivront trois films sur le fleuve Saint-Laurent et les voyages de Jacques Cartier, puis deux tournés sur la terre d’Ellesmere.
Pierre Perrault est un passionné du fleuve et de ses habitant·es. En véritable accoucheur de paroles, il cherche à dévoiler l’identité humaine avec philosophie et profondeur. C’est lui qui, dans Pour la suite du monde, stimule la discussion avec la communauté de pêcheurs, à la langue vernaculaire, et enregistre un parlé avant sa disparition. En 1982, avec La Bête lumineuse, Perrault filme bien plus qu’une partie de chasse, il développe une métaphore puissante sur le groupe, l’amitié et la condition masculine. Avec pour point commun un rituel, ici symbolique, de sacrifice.
Publié le 18/04/2026 - CC BY-SA 4.0