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Comment bien mesurer l'activité d'une bibliothèque ?

Au congrès de l'IFLA 2015, Elliott Shore, ancien directeur de l’association américaine des bibliothèques de recherche (ARL) a proposé une excellente intervention sur l'évaluation des bibliothèques. Son intervention a eu lieu lors de la session intitulé "Qu'est-ce que la valeur?" organisée par les sections Management and Marketing,  Academic and Research Libraries et le E-Metrics Interest Group

Il a présenté dans cette intervention le résultats des réflexions menées au sein d’ARL et notamment au sein de ce livre : “Taking Our Measure: The Correlation of Metrics and Leadership,” by Charles Henry, President of the Council on Library and Information Resources.

Ses réflexions sont issues du monde de la recherche mais elles sont largement transposables aux enjeux des bibliothèques publiques, c’est pourquoi il a semble intéressant de proposer une synthèse en français de cette intervention.


 
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Elliott Shore commence par un constat assez sévère : les bibliothèques universitaires ont perdu le monopole qu’elle avaient sur la recherche depuis 20 ans. Il n’est absolument plus nécessaire d’en franchir le seuil pour bénéficier de ce qu’elles offrent...

Il poursuit avec le triple constat suivant : nous continuons à compter ce que nous avons l’habitude de compter, nous continuons à penser la bibliothèque principalement comme un lieu et enfin nous continuons à faire le constat d’un divorce entre les bibliothèques et le monde de la recherche.

Pour Shore il est urgent de revoir la manière dont on évalue et on rend compte de l’activité des bibliothèques. Cela va de l’analyse de données descriptives à l’usage de modèles prédictifs capables d’orienter l’action. Il nous faut aussi modifier radicalement la manière dont nous présentons les données. Il nous faut enfin en finir avec l’accumulation de chiffres et tendre à l’intégration de données quantitatives et de données qualitatives.

Pour illustrer ces difficultés, Shore donne l'exemple fictif suivant : la bibliothèque de l’Université vient d'économiser 10 millions de dollars dans le réaménagement d’un étage de manière à libérer de l’espace pour les étudiants en supprimant des collections non-utilisées. Cela se retrouve-t-il dans les statistiques annuelles ? Non. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas d’outil de mesure des économies réalisées et pas non plus de mesure du taux d’investissement consenti…

Autre exemple : on développe de plus en plus la coopération entre équipes de recherche pour faire des économies sur des contenus scientifiques mutualisés, sauf que là encore, rien ne permet d’en rendre compte dans les statistiques. Nous n’avons pas d’indice de mesure de la coopération ! Shore cite un exemple intéressant, celui de la Becker Medical Library qui a contruit un modèle innovant d’évaluation de l’impact de la recherche.

Inspiré de cette initiative, un projet pilote est en cours à l’ARL pour établir un cadre capable de prendre en compte la coopération, la mutualisation de ressource et décrire les relations de la bibliothèque avec son environnement extérieur : l’Université, mais aussi plus largement.

Les discussions à la suite de la session ont porté sur des points intéressants qui mettaient en avant que la bibliothèque universitaire n’a plus pour mission première de "donner accès à", mais d’être une facilitatrice du développement de communautés de recherche efficaces. De ce point de vue, il faut effectivement revoir la manière compter.

Il semble que ces réflexions rejoingent très largement celles des bibliothèques publiques, encore trop souvent centrées sur le comptabilisation des entrées et sorties ou le nombre de prêts, on encore se définissant trop souvent sur la taille des collections… Dans le discours d’Elliott Shore, il n’était pas question de faire table rase d’indicateurs encore demandés par les décideurs, mais d'insérer progressivement des nouveaux indicateurs capables de changer l’image que les professionnels et les décideurs se font de l'activité des bibliothèques.

 
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