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Les ressources numériques de la Bpi et le confinement : quel bilan ?

Quel impact la période si particulière du confinement a t-elle eu sur les agents et les lecteurs de la Bpi dans leur appréhension des ressources numériques ?

 

 

Capture d'écran site Bpi
Capture d'écran du dossier "Explorez nos ressources numériques" - CC0

Pour de nombreuses bibliothèques, cette fin de confinement sonne l’heure du bilan, notamment autour des ressources numériques accessibles à distance, seules collections disponibles pendant de longs mois. C’est désormais au tour de la Bpi de se plier à cet exercice instructif, notamment à travers l’analyse d’activité de son Service des  Ressources Electroniques, en charge de gérer une centaine de bases de données documentaires.

Ouvrir les accès aux bases de données 

Une des particularités de la Bpi, c’est que la très grande majorité de ses ressources numériques ne sont accessibles que sur place, dans les locaux de la bibliothèque, pour pallier l’absence de carte de lecteur et d’inscription. Dès lors, le confinement a impacté non seulement les espaces et l’accès aux ressources papier mais également l’accès aux ressources numériques qui devenaient elles aussi temporairement inaccessibles !

Dans ce contexte, l’une des premières priorités du service a été de proposer l’accès à des collections dématérialisées : pour cela, le service s’est rapproché de plusieurs éditeurs afin de négocier avec eux la mise en place d’accès distants temporaires, par mot de passe ou avec une url adaptée par exemple. Ces négociations pour les accès temporaires se sont déroulées dans le cadre de négociations plus traditionnelles qui, elles, ne se sont pas arrêtées avec le confinement : le renouvellement des marchés est ainsi apparu comme un temps idéal pour discuter de telles évolutions avec les éditeurs concernés.

Ce premier travail collectif a permis l’ouverture de 7 bases de données à distance, en plus des deux bases de données offrant déjà un accès distant après inscription dans les murs de la bibliothèque (Izneo et Bibliovox). Ces bases étaient très variées dans leur nature puisque les plateformes multidisciplinaires comme Cairn, Encylopedia Universalis ou Numérique Premium côtoyaient des ressources plus spécialisées comme Vogue Archives en Arts, Generalis en Economie ou encore Gale en littérature. Les modes d’accès de ces bases étaient également variés, qu’il s’agisse d’une url dédiée ou d’un enregistrement par un identifiant et un mot de passe collectif.
 

Communiquer auprès des professionnels et des usagers

La communication autour de ces bases ouvertes à distance a été réalisée de manière continue durant tout le confinement grâce à plusieurs procédés. 

Auprès des collègues bibliothécaires tout d’abord : la négociatrice du Réseau Carel au sein de la Bpi publiait régulièrement sur le site de l'association les initiatives proposées par les éditeurs pour toutes les bibliothèques de lecture publique, dont les offres Bpi. 

Pour informer les lecteurs alors que la bibliothèque était fermée, le Service des Ressources Electroniques, allié au service Communication, a pu bénéficier de plusieurs canaux. La liste des ressources ouvertes exceptionnellement à distance, avec les modalités d’accès, figurait ainsi sur la page d’accueil de la Bpi et était régulièrement mise à jour. Le même travail d’information se faisait également via Twitter, dont les tweets ont été relayés par plusieurs bibliothèques universitaires ou de lecture publique.

Cette veille informative s’est doublée d’un travail plus qualitatif effectué par les bibliothécaires afin de mettre en valeur la variété et la richesse de ces collections numériques parfois méconnues. 10 sélections ont ainsi été réalisées par 14 bibliothécaires, en s’appuyant sur des thématiques qui devaient initialement faire l’objet de sélections papier (l’alimentation de demain, apprentissage du FLE) ou en s’inspirant de l’actualité (dossier Black Lives Matter, sélection pour compléter une visio-conférence etc …). Ces sélections, toutes rassemblées sous un onglet “Explorez nos ressources numériques” se voulaient courtes et accessibles. Légèrement éditorialisées, sur le système des coups de coeur des bibliothécaires ou des libraires, elles ont permis de revaloriser le rôle des bibliothécaires comme médiateurs durant ces mois de confinement. 
 

Une augmentation de la consultation des ressources

A la mi-juin quel est le bilan de toutes ces initiatives auprès des lecteurs ? Force est de constater que la promotion des ressources numériques a rencontré un certain succès, confirmant ainsi les résultats d’enquête du Service du Livre et de la Lecture à la fin du mois de mars. Les sélections des bibliothécaires ont sans doute constitué un premier point d’accroche : les sélections relatives aux ressources numériques ouvertes ont ainsi été vues plus de 1400 fois, une franche réussite pour ce tout nouveau dispositif.

Quant à l’utilisation effective de nos ressources sous abonnement, deux tendances peuvent être dessinées. Pour les bases de données accessibles uniquement après inscription à la Bpi, le confinement, en toute logique, n’a pas été l’occasion d’une explosion des usages, la fermeture de la bibliothèque empêchant toute nouvelle inscription. Ces collections numériques centrées sur la BD et les romans ont tout de même été consultées par une centaine de lecteurs habitués qui consommaient plus d’ouvrages que d’habitude. Le type de ressources consultées a également évolué, les ouvrages académiques laissant la place à des ouvrages plus tournés vers les loisirs et la jeunesse. 
Une exception notable se doit cependant d’être relevée : la plateforme de BD Izneo a connu temporairement une explosion de ses inscrits, dû à une erreur technique et à une mauvaise communication effectuée par un organisme extérieur à la bibliothèque. Si ces inscriptions ont par la suite été annulées, elles laissent cependant voir l’intérêt des lecteurs pour ce type d’accès à distance facilité et accentué durant la période de confinement.

Ce constat a été confirmé par l’utilisation accrue des bases de données accessibles à distance pour tous durant le confinement . En moyenne, ces ressources ont été utilisées trois fois plus qu’en temps normal, avec des disparités inattendues dans l’utilisation des bases. Certaines collections numériques bien connues comme Cairn ou Encyclopedia Universalis n’ont ainsi vu leur utilisation “que” doubler, car elles étaient par ailleurs accessibles via d’autres bibliothèques. A l’inverse, d’autres collections numériques spécialisées, habituellement consultées par une poignée d’usagers, ont été consultées jusqu’à 100 fois plus que d’habitude, la Bpi étant l’une des rares bibliothèques en France à proposer l’accès à ces collections numériques peu communes. Cette explosion des usages est allée de pair avec une internationalisation des consultants de nos ressources numériques, l’accès distant élargissant brusquement notre zone de lectorat (Canada, Egypte, Royaume-Uni …)

Durant le confinement, c’est ainsi plus de 30.000 consultations à distance de documents qui auront été effectuées grâce aux accès fournis par la Bpi (statistiques au 6 juin 2020).
 

Se former en interne

Le public n’était pas le seul coeur de cible du service : en ces temps de télétravail, alors que de nombreux collègues étaient isolés, avec une charge de travail réduite, il est apparu très vite essentiel de mettre également nos compétences à leur disposition. Le temps du confinement est ainsi apparu comme un temps privilégié pour approfondir les connaissance des ressources numériques de la bibliothèque : les agents de la Bpi pouvaient en effet retrouver, contrairement au public, l’intégralité de l’offre habituelle grâce à l’installation d’un VPN. 

Cette formation interne est passé par plusieurs axes. Tout d’abord, en partenariat avec le service Formation, plusieurs webinaires en ligne ont été relayés auprès des collègues pour se former sur l’utilisation de plusieurs bases électroniques. Ces formations ont été suivies par une vingtaine de collègues, soit la moitié des personnes ayant suivi au moins une formation en ligne durant le confinement, pour un total de 50 heures de formation cumulées.

La sélection des ressources numériques effectuée par les bibliothécaires est également apparue comme un temps essentiel de formation en permettant aux collègues de s’approprier nos bases électroniques par le travail de recherche et de sélection. Les ressources numériques appartenaient ainsi au processus général d’acculturation à la culture numérique.
 

Malgré le faible nombre de ressources ouvertes à distance, cette période de confinement a donc permis de mieux faire connaître les ressources numériques de la Bpi en aidant collègues et usagers dans leur quotidien. Alors que la bibliothèque se prépare à rouvrir, les nombreuses questions posées en terme d’impact du Covid-19 sur les ressources numériques en bibliothèque sont cependant loin d’être résolues : les accès distants aux ressources pour le plus grand nombre vont-ils se généraliser ?  Les habitudes de consultation numérique acquises durant le confinement vont-elles se pérenniser dans le temps ?  Comment faire en sorte que ce potentiel changement de paradigme ne pénalise pas nos lecteurs les moins rompus aux usages du numérique ?

Quoi qu’il en soit, ces quelques mois auront permis de mettre brusquement sur le devant de la scène la richesse des collections numériques en bibliothèque et leur utilité, un plaidoyer dont les ressources électroniques avaient jusque-là parfois manqué.

 

 

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