Reporters
de Raymond Depardon

Nouvelle sortie en salles le mercredi 4 février 2026.
Première sortie en juin 1981, César du meilleur court métrage documentaire en 1982.

Automne 1980. Les photojournalistes de l’agence Gamma couvrent les différentes actualités politiques et mondaines, les attentats ou incidents meurtriers, les rendez-vous culturels… Ils sont toujours là, s’imposant pour obtenir la photo qui sera ensuite vendue à la presse. Raymond Depardon les suit pendant tout le mois d’octobre, des rencontres prestigieuses aux longues heures de planque pour tenter d’apercevoir Philippe de Gaulle sortant de chez lui.

Photo du documentaire Reporters
Photojournalistes en action lors d’une conférence de presse, Reporters © Raymond Depardon, Double D. Copyright Films

Des origines de l’agence Gamma

Lorsque Raymond Depardon décide de filmer les photoreporters de l’agence Gamma, son choix n’est pas anodin : il fait partie des cofondateurs de cette agence, créée en 1966 par un collectif de photographes et de journalistes. L’objectif initial était d’améliorer les conditions de travail des reporters (qui sont encore discutables lorsque Raymond Depardon les filme 14 ans plus tard).

Le cinéaste est lui-même photoreporter depuis qu’il a 18 ans. Tout comme ses collègues filmés dans Reporters, il travaille aussi bien sur des conflits armés que sur des sujets plus mondains. Les premiers documentaires qu’il réalise évoquent d’ailleurs son travail de photographe, où il reste à l’affût de moments de vérité qui donnent une nouvelle ampleur au sujet traité (dont le fameux 1974, une partie de campagne autour de la campagne électorale de Giscard d’Estaing, censuré jusqu’en 2002).

 Autour de et avec Francis Apesteguy

Photo du documentaire Reporters
Francis Apesteguy et un voiturier, dans Reporters © Raymond Depardon, Double D. Copyright Films

Dans Reporters, Raymond Depardon suit plus particulièrement le travail de Francis Apesteguy, grand spécialiste des portraits de célébrités. Il avoue lui-même que la vente des photos d’actrices dans les magazines augmente la qualité des repas qu’il peut s’offrir ensuite.

Cette figure-pivot du film permet de déployer autour de lui toute une constellation de personnages, dont les rôles sont toujours clairement identifiables : les voituriers des grands hôtels informent sur les allées et venues des célébrités, ces dernières cherchent à fuir les photos volées et même posées (la séquence avec Richard Gere et les policiers qui l’admirent par la vitre de la voiture est hilarante), le rédacteur en chef râle par habitude sur la mauvaise qualité des photos qu’on lui apporte, et les photojournalistes se plaignent de leurs conditions de travail.

Il est vrai que Francis Apesteguy passe cinq dimanches caché près de la demeure de Philippe de Gaulle en espérant pouvoir le photographier lors d’une balade digestive. Il a toute la difficulté du monde à faire accepter son refus de partir en Algérie, où un grave séisme vient d’avoir lieu, car il ne veut pas s’éloigner trop longtemps de sa femme en fin de grossesse. Dans les locaux de l’agence Gamma, on râle, on parlemente, chacun étant persuadé d’être dans son bon droit.

Immortaliser 1980

Ce mois d’octobre 1980 n’est pas exempt de tragédies : en dehors du séisme d’El Asnam évoqué plus haut (où 2 630 personnes ont péri), c’est le mois où la France subit également l’attentat de la rue Copernic, et l’Espagne l’explosion d’une école où de nombreux enfants perdent la vie. Ces sujets prennent évidemment leur place dans le quotidien des photoreporters qui doivent être alertes, disponibles, et prêts à partir lorsque la situation le demande.

Si la télévision est déjà bien installée dans les foyers français, la presse reste un média puissant et les images ont un véritable impact sur les citoyen·nes. On sent comme la présence de la presse est cruciale lors de tels événements, et la photographie est une façon de marquer durablement les esprits en immortalisant la bonne scène, au bon moment. 

Photo du documentaire Reporters
Jacques Chirac dans Reporters © Raymond Depardon, Double D. Copyright Films

Pour le public actuel de Reporters, c’est un plaisir de replonger dans ces « vieux souvenirs », qui ont marqué une époque. Jacques Chirac, alors maire de Paris, propose un véritable spectacle de divertissement quand il rend visite à tous les commerçants d’une rue où des travaux de voirie sont prévus. La caméra devient de fait plus forte que l’objectif des photojournalistes présents : grâce à Raymond Depardon, nous avons « l’image et le son », les compliments identiques adressés à chaque commerçant par Chirac, le brouhaha de l’équipe qui l’accompagne. Les séquences sont très vivantes, même lorsque Depardon reste dans la voiture de Francis Apesteguy pour traquer quelqu’un ; on entend avec eux la musique classique à la radio, on sent presque le tabac qu’ils fument, on ne peut s’empêcher de guetter afin d’apercevoir la célébrité tant attendue…

Les figures de l’État s’enchaînent à l’écran – Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Michel Rocard… et même Coluche, qui annonce en conférence de presse sa candidature à l’élection présidentielle de 1981.
La présence impérieuse des photoreporters lors de certains événements prête à sourire. Ainsi, lors d’un Conseil des ministres qui a lieu à l’Élysée après un changement de ministre à la Défense (Yvon Bourges laisse la place à Joël Le Theule), on observe les photojournalistes immortaliser l’arrivée de chaque ministre, ignorant souvent l’identité de ceux qui passent la porte du Palais, dossiers sous le bras.

La curiosité est un joyeux défaut

Ainsi, Reporters montre une large palette du métier de photoreporter, où l’attente (dans les locaux de l’agence ou directement sur le terrain) reste prépondérante, jumelée avec un besoin évident de réactivité et de concentration – il faut non seulement être au bon endroit, au bon moment, mais aussi savoir photographier à la seconde parfaite pour obtenir un meilleur résultat que le collègue d’à côté. Ce film terriblement humain et joyeux montre à quel point ces métiers sont réservés aux passionné·es. Pour celles et ceux qui n’ont ni la même patience ni la même implication, il reste toujours ce film, à voir ou revoir pour mieux comprendre le photojournalisme.

Cette ressortie en salles du film intervient dans le cadre d’une rétrospective intégrale des documentaires de Raymond Depardon, où ses films sont classés par thématiques. Reporters s’inscrit dans la partie Depardon photographe, qui balaie aussi bien ses premiers longs-métrages que des films plus récents (comme Les Habitants, 2016).
À partir du 4 février 2026, une collection de sept films de Depardon est à retrouver dans les salles de cinéma, le meilleur endroit pour apprécier son travail à sa juste valeur.

Bande annonce

Rappel

Reporters – Réalisation : Raymond Depardon – 1980 – 1 h 42 min – Couleur – Production : Double D Copyright Films, Bpi, Palmeraie et Désert – Distribution : Les Films du Losange 

Le film a été restauré et numérisé en 2013, avec le soutien du CNC.

Publié le 23/01/2026 - CC BY-SA 4.0

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