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​Le Labo des Possibles à la Bibliothèque départementale du Val d’Oise : former les bibliothèques à l’expérimentation et aux outils de design de service

Depuis 2018, la Bibliothèque départementale du Val d’Oise propose des formations in situ, incitant à l’expérimentation « dans les conditions du réel ».

Initié et organisé par la Bibliothèque départementale du Val d’Oise, le Labo des possibles est une formation aux méthodes d’expérimentation de services innovants basée sur les outils de design de service. Ces formations ont au départ pour objectif de former des groupes de bibliothécaires pionniers qui s’emparent de sujets de recherche et développement (R&D), de faire émerger des communautés de « faiseurs », les aider à monter en compétences, et de capitaliser pour diffuser aux autres bibliothèques.


À partir du projet ou du diagnostic d’une bibliothèque du territoire, les agents stagiaires sont invités, en trois jours sur place, à recueillir les éléments de contexte auprès des acteurs locaux, à imaginer des solutions et à les mettre à l’épreuve du public destinataire.  Ces formations font suite à un important travail de prospection sur le terrain par les référent·e·s de territoire, pour recenser les besoins et identifier les bibliothèques en capacité d’accueillir le stage – tant d’un point de vue logistique que de capacité à se questionner. Elles sont en général animées par un·e designer et/ou un·e sociologue.
Phase de test © Conseil départemental du Val d'Oise

Première étape : partir d’une problématique

Les trois Labo des Possibles, qui ont eu lieu en 2018 et 2019, se sont appuyés sur des problématiques locales :

  • une grainothèque qui vivote à la bibliothèque de Maurecourt : échanger des graines et après ?

  • des lieux juxtaposés à Saint-Brice-sous-Forêt : un lieu d’accueil enfants/parents, une ludothèque et une bibliothèque, quelle hybridation entre ces services ?

  • des automates de prêt récemment mis en place à la médiathèque de Franconville : quel espace pour l’accueil des publics et quelle posture pour les bibliothécaires ?

Ces problématiques sont à la fois des questionnements en cours pour les professionnels, dont les réponses pourront être réutilisées comme ressources par l’ensemble des bibliothécaires du département, et aussi des prétextes à la formation par le « faire », à la réflexion, à l’expérimentation et à l’enquête auprès des publics.

Pistes intuitions © Conseil départemental du Val d'Oise

Deuxième étape : solliciter un groupe pour imaginer des solutions et les tester

Au cœur de la formation, les méthodes dites agiles : ces techniques de production de projets se basent sur les individus et leurs interactions plutôt que sur les processus et les outils, sur la collaboration avec les usagers plutôt que sur la négociation contractuelle, sur l’adaptation au changement plutôt que sur le suivi d’un plan. Ainsi, le groupe de stagiaires, qui rassemble à la fois des agents de la bibliothèque concernée et des agents d’autres collectivités, travaille à la création de prototypes et de solutions répondant à la problématique initiale, qui sont ensuite directement testés sur le terrain.

Quelques exemples :

  • visite des jardins familiaux à Maurecourt, avec un rôle pour chaque stagiaire (photo-reporter, journaliste, cartographe…) pour découvrir l’environnement de la bibliothèque et ses ressources ;
  • atelier « poster » à Saint-Brice-sous-Forêt : participation active des stagiaires pour réinventer la bibliothèque du Point du Jour au sein du Centre culturel, en proposant notamment une nouvelle signalétique ;
  • création d’un « tuto-photo » à Franconville, afin d’aider les usagers à l’utilisation des automates de prêt, mais aussi fabrication de marque-pages et de badges pour changer l’image et la visibilité du bibliothécaire qui ne se tient plus derrière une banque de prêt.
Collecte des retours des usages © Conseil départemental du Val d'Oise

Troisième étape : tester les solutions auprès du public

Suite à un important volet de la formation consacré aux méthodes d’enquête, les stagiaires interrogent le public et les agents de la bibliothèque, afin des tester les solutions et d’en avoir un retour en direct. Cette partie du stage, qui a lieu le troisième jour et dure environ une demi-journée, est en général la moins familière aux stagiaires, peu habitué·e·s à questionner leur public ou le public potentiel, et donc la plus « engageante ».

On analyse ensuite les usages et les réactions observés, afin d’enrichir la réflexion pour amender, améliorer, voire même remettre en question les solutions proposées.

Évaluation des solutions © Conseil départemental du Val d'Oise

Quelques éléments de bilan

Les méthodes agiles sont très appréciées par les participant·e·s. Elles permettent de laisser libre cours à la créativité et à la participation active, mais aussi de faire un pas de côté et de changer de posture dans son métier. La méthodologie diffusée par le stage est également ressentie comme éclairante, utile et pragmatique. En eux-mêmes et en dehors de la thématique choisie, ces deux éléments de la formation ont recueilli l’adhésion et la satisfaction de tou·te·s. Pour la bibliothèque hôte, la formation demande beaucoup d’investissement : elle nécessite de formuler un besoin précis, de mettre à disposition une salle, et de mobiliser une partie de l’équipe pendant trois jours. Mais elle apporte également de nombreux bénéfices, que ce soit en termes de dynamique d’équipe, de construction de projets ou de visibilité dans la collectivité.

Enfin, elle nécessite un important travail de la part des référent·e·s de territoire et de formation (repérage du lieu d’accueil, identification et formulation de la problématique, interface formateur / responsable local, information et mobilisation des collègues, suivi des inscriptions, etc…), mais elle reste très stimulante pour la réflexion, et surtout permet d’apporter une nouvelle manière de travailler et de nouveaux outils d’analyse aux bibliothécaires formé·e·s.
 
Merci à Fabrice Menneteau et Anna Milosevic pour avoir inspiré le Labo des Possibles, et à Claire Gaudois, Jacqueline Pounoussamy et Alexis Delacvivier pour leur aide à la réalisation de cet article.

Bonjour, Vous pouvez trouver ici un petit compte-rendu du Labo des Possibles consacré à l'hybridation des services : https://www.valdoise.fr/2415-formation-labo-des-possibles-hybridation-des-services.htm Mais l'aspect ludothèque a été finalement peu abordé lors de cette formation. Néanmoins, le jeu en bibliothèque est un des axes de travail de la Bibliothèque départementale du Val d'Oise (et un sujet sur lequel j'ai beaucoup travaillé à titre personnel) : https://www.valdoise.fr/302-jeux-en-bibliotheque.htm N'hésitez pas à me contacter pour en discuter par téléphone au 01.34.33.85.77 ou par mail : nicolas.barret@valdoise.fr

Nicolas Barret : 24/01/2020 09:11

Bonjour, Etudiante en Licence professionnelle médiation par le jeu et gestion de ludothèque, je m'intéresse aux ludomédiathèques. Je serai très intéressée par vos conclusions concernant le rapport entre les collections livres et jeux, l'aménagement des différents espaces, l'imbrication ou non. D'avance merci de votre réponse, Bien cordialement, Cécile Trougnac

cacile : 17/01/2020 23:30
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