Le Retour du projectionniste
d’Orkhan Aghazadeh
Sortie en salles le mercredi 21 janvier 2026.
Dans un village reculé des montagnes Talysh, entre l’Azerbaïdjan et l’Iran, un réparateur de télévision dépoussière son projecteur de l’ère soviétique et rêve soudain de rouvrir le cinéma du village. Les obstacles se succèdent jusqu’à ce qu’il trouve un allié inattendu, Ayaz, jeune passionné de cinéma et de ses techniques. Les deux cinéphiles vont user de tous les stratagèmes pour que la lumière jaillisse de nouveau sur l’écran.

Le projectionniste local
Le film s’ouvre sur un paysage de montagne enneigée dans lequel deux hommes et un âne tentent de gravir les hauteurs, un ordinateur à la main, afin de capter une hypothétique connexion à internet. Dans la brume et le froid, l’ambiance austère et archaïque est posée.
Mais très vite, nous allons faire connaissance du personnage principal, Samid, vieil homme au visage buriné et au regard souvent mélancolique qui va transmettre générosité et espérance. Autrefois projectionniste du village, il partait avec son matériel ambulant diffuser le cinéma dans les villages environnants. Très bricoleur et passionné par la technique, il rêve de réparer son vieux projecteur et de réintroduire dans son village une culture disparue.
Les anciens sont enthousiastes face à cette idée et se remémorent cette belle époque où l’ « on pressait notre bétail pour arriver à l’heure pour le film. » Dans son salon simple mais aux tapis colorés et au coin du poêle qui réchauffe, les vieux amis chantent ensemble l’air d’un film indien tant vu et tant aimé.
Une histoire de persévérance
Toutes et tous s’y mettent pour aider Samid, de la fabrication d’un cadre en bois pour l’écran à la couture de draps blancs. Mais le plus dur reste à faire : commander les deux ampoules pour le projecteur; et les saisons vont passer dans l’attente longue et inespérée de ce colis.

Mais Samid n’est pas seul dans son entreprise. Il a rencontré Ayaz, jeune homme féru de cinéma d’animation et bidouilleur comme lui. Tous deux vont tisser une très belle complicité à travers leur passion commune, une relation de père-fils, et inversement. En effet, Ayaz n’est pas compris par les siens et Samid a perdu son fils deux ans auparavant.
Durant le printemps, tous les deux ne vont plus se quitter. Ayaz est très créatif. Il va réaliser des affiches pour le futur ciné-club avec des vieilles photos de Samid, et tourner le film qu’il veut proposer dans quelques mois à un festival. Samid lui sert d’acteur, de bruiteur… ils se parlent, se soutiennent, se transmettent leurs savoirs.
L’imagination pour (sur)vivre
Samid part à Bakou revoir des amis et anciens collègues de son fils, sur les traces de l’accident mortel. C’est un tout autre décor que cette ville moderne et industrialisée. Les lumières et bruits de la ville en contraste avec les moyens précaires du village renforcent l’aspect utopique de la mission de Samid. Ses amis ne croient plus en lui, il se sent rejeté : « Au lieu de me consoler, tu ne fais que me blâmer ».
Pourtant, l’automne va apporter de l’espoir et la séance tant attendue va pouvoir avoir lieu…

Les images des visages des anciens qui redécouvrent ce plaisir oublié, celui des enfants qui ne l’ont jamais connu, des femmes émues et heureuses d’être sorties de leur foyer, sont justes et captivantes. Cette projection faite de bouts de ficelle, où c’est même Ayaz qui traduit au micro en azéri les dialogues et qui recrée les scènes de fin manquantes, est très gaie et émouvante malgré l’issue triste et désespérante.
Une caméra et une amitié
Orkhan Aghazadeh, dont c’est le premier long métrage documentaire, nous emmène tout au long du film au plus près de Samid et nous fait ressentir toutes ses émotions. Le cinéaste a filmé son personnage avec poésie et délicatesse. Rencontrés lors d’un repérage dans la région pour son court-métrage de fin d’études, les deux hommes vont très vite être attirés et intrigués l’un par l’autre.
« Cette rencontre m’a marqué et après avoir fini mes études à la London Film School, je suis retourné voir s’il était toujours là, et s’il avait toujours le même rêve. »
Orkhan Aghazadeh
Durant deux années et demi, Orkhan Aghazadeh revient régulièrement le voir et le filmer, restant avec lui pendant une ou deux semaines.
Samid est un personnage solitaire, proche de la nature, dont on ne saura rien sur sa femme ou le reste de sa famille, et qui représente une époque révolue. Il vit avec cet amour pour le cinéma ancré en lui et l’envie déterminée de la transmettre à Ayaz, jeune homme exalté et pétillant. Ce film raconte deux mondes opposés qui se côtoient, deux générations qui grâce à une vocation commune vont dépasser leurs différences et leurs difficultés. Un hymne au cinéma, celui qui se fait par passion et avec toujours l’intime conviction que les histoires racontées avec amour seront toujours les plus belles.
Florence Verdeille
Bande-annonce
Rappel
Le Retour du projectionniste – Réalisation : Orkhan Aghazadeh – 2024 – 1 h 20 min –Production : Kidam, Litchtblick Film – Distribution : Survivance
Publié le 13/01/2026 - CC BY-SA 4.0