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MOOCs surprises - Pierre Dillenbourg

" Il ne suffit pas de filmer un enseignant pour faire un Mooc ". Pierre Dillenbourg, enseignant à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, a été un des conférenciers majeurs invités par l'IFLA le 20 aout. Cela a été l'occasion pour lui de présenter le compte rendu de ce que les MOOCs ont fait sur son établissement et ce que celui-ci en a fait. Avec habileté, humour, presque à la manière des conférences TED (c), le professeur Dillenbourg a emmené son auditoire dans une analyse sans complaisance, réaliste et distancée de ce phénomène médiatique." source.
Pierre Dillenbourg a été professeur adjoint au groupe de recherche Technologies de formation et apprentissage (TECFA) de l'Université de Genève. Il a récemment organisé le sommet européen sur les MOOCs en 2013, premier congrès européen sur les MOOCs (cours en ligne ouverts et massifs). Il a rejoint l'École Polytechnique et Fédérale de Lausanne (EPFL) en novembre 2002 et il y pilote comme directeur académique du Centre d’éducation à l’ère digitale le développement des MOOCs. Son intervention à la session pleinière de l'IFLA fut passionnante parce qu'il propose une vision globale du phénomène à partir des expérimentations menées à l'EPFL. 

Il a rappelé dans un premier temps pourquoi les MOOCs sont perturbants dans le contexte universitaire : tout simplement parce que l'institution en s'ouvrant perd le contrôle qu'elle a l'habitude d'exercer sur ses publics. Il faut accepter que tout le monde puisse s'inscrire et suivre un MOOC bien au delà du public de l'Université. Mais quelles sont les motivations des internautes à s'inscrire ? Selon les études menées par l'EPFL les motivations sont d'abord de l'ordre de l'intérêt pour le sujet, avant même des raisons pragmatiques comme l'isolement géographique ou l'impossibilité de financer un cursus classique. Un exemple le démontre tout particulièrement, celui du MOOC proposé par Martin Odersky sur le langage de programmation Scala, qui fut un énorme succès, tout simplement parce que le professeur en question est le créateur du langage qu'il enseigne. 
 
Plus largement, Pierre Dillenbourg a pointé dans un graphique assez intéressant que l'écrasante majorité des inscrits à un MOOC (73%) ne viennent qu'une seule fois et abandonnent le cours. Seulement 23% participent à l'évaluation des connaissances acquises (quizz) et 8% achèvent le cours et obtiennent le certificat ! Loin d'être inutile pour l'Université, P. Dillenbourg prône une approche marketing des 73% de connectés mais peu actifs au MOOCs en les considérant comme des étudiants potentiels et usagers de services plus classiques de l'Université. 
 
Pierre Dillenbourg ne fait pas du tout un constat d'échec du faible nombre de certifiés pour un MOOC, il propose au contraire une approche qui fait du MOOC un dispositif pédagogique granulaire qui n'a pas pour unique but d'être suivi en intégralité. Un MOOC peut par exemple être suivi par fragment et avoir un impact pédagogique fort dans ce cas. D'ailleurs, les MOOCS  sont d'excellents supports de promotions pour les... livres de cours. L'EPFL a d'ailleurs implémenté un logiciel de lecture de livres numériques dans l'interface. 
 
Et les bibliothèques dans tout ça ? Pierre Dillenbourg propose à ce sujet une expérimentation très intéressante : l'organisation de séances de suivi des MOOCS à plusieurs dans une salle connectée de la bibliothèque. Les retours des étudiants sont excellents et confirment que le dispositif MOOC est loin de démentir l'adage "l'homme est un animal social" ! 
 
La bibliothèque de l’EPFL s’est elle-même mise aux MOOCS ou plutôt a utilisé les moyens mis en place pour réaliser des supports vidéos. Ainsi, sur les questions classiques de la maîtrise de l’information elle a intégré des films - présentés par les bibliothécaires - à une nouvelle formation que tous les étudiants doivent suivre depuis 2014. Le site de l’EPFL présente à la fois ces documents construits par la bibliothèque et, de manière plus générale, un espace d’information sur les usages de la transmission des savoirs par les objets numériques. Par ailleurs, la bibliothèque se positionne comme un acteur privilégié pour l’établissement polytechnique comme expert à la fois pour la signalisation des cours construits par les enseignants, et également pour les droits relatifs aux contenus mis en ligne.
 

P. Dillenbourg pointe enfin que les MOOCS sont aussi d'excellents moyens de développer la présence numérique et la réputation d'un enseignant chercheurs. Ceux-ci doivent comprendre que l'investissement assez lourd de départ est très efficace par la suite.

Denis Cordazzo et Silvère Mercier
(Bpi)

 

Voici des extraits du support  de l'intervention de P. Dillenbourg.

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