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« Less = less » ou comment affronter la crise ?

Les bibliothèques françaises naviguant désormais dans un contexte de restriction budgétaire, les professionnels étaient nombreux à assister à cette matinée commune des sections «marketing and management » et « public libraries », qui a d’ailleurs déjà fait l’objet de plusieurs chroniques depuis le 20 août. Chacun venait certainement y chercher des exemples à suivre et des arguments à présenter à sa tutelle.
En Espagne, où la crise est autrement plus violente qu’en France, les bibliothèques ont subi entre 2008 et 2012 des baisses de budget de fonctionnement de 36% en moyenne (dont 44% sur les acquisitions de documents) et, sur le plan des ressources humaines, des suppressions de postes (au moins 400) et des baisses de salaire. En termes d’activité, la conséquence directe a été l’obsolescence des collections, une modification probablement durable des usages (navigation internet accrue et baisse de 6% des prêts, surtout pour l’audiovisuel et les périodiques) et une offre très faible de ressources numériques.

Les associations professionnelles de bibliothécaires (FESABID) ont réagi en proposant de changer l’argumentaire et les indicateurs utilisés pour les tutelles. Il s’agit de démontrer qu’en période de crise économique et sociale, les bibliothèques peuvent être vues comme des investissements essentiels et rentables, et non seulement comme une dépense. Leur valeur ajoutée sociale se voit (l’explosion du chômage décuplant le besoin de lieux publics, la fréquentation et le nombre d’inscrits en bibliothèque ont augmenté), se justifie (les bibliothèques contribuent à la construction de sociétés plus solides, dans le cadre des économies contemporaines très concurrentielles) et se mesure. Sur ce dernier point, deux études ont été réalisées par la FESABID, pour calculer à combien les utilisateurs évaluent le coût des services offerts par la bibliothèque, et combien cela coûterait si ces services étaient fournis par une entreprise privée. Deux chiffres à retenir : 32 € pour le coût réel par usager, 200 € dans le cas d’un système privé. Je n’ai pas vérifié la méthode de calcul, il faudrait sans doute prendre le temps de le faire et de mesurer ces coûts pour la France.
 
Plusieurs interventions ont convergé sur le fait qu’à la crise économique et financière s’ajoute pour les bibliothèques, et de manière au moins aussi dangereuse, une crise de leur image auprès des décideurs. Alors que la bibliothèque est passée d’un lieu pour lire et emprunter à un espace multifonctions où la technologie joue un rôle croissant à condition d’être accompagnée par de l’humain, nombre de décideurs ont en tête une image des bibliothèques correspondant à leur réalité du 20ème siècle. Il est donc urgent de montrer les missions et réalités d’aujourd’hui, de convaincre les décideurs du rôle des bibliothèques dans l’orientation des habitants vers l’information dont ils ont besoin, dans l’apprentissage à un usage d’internet qui soit intelligent, sécurisé et responsable. Cela s’adresse particulièrement aux décideurs qui pensent que tout passe désormais par internet et par les ressources accessibles à distance. À cet égard, la campagne nationale lancée par les bibliothèques de Singapour en direction des 13-50 ans sur la maîtrise de l’information est intéressante. Elle a été décidée suite à une enquête destinée à mesurer la confiance quasi-illimitée des habitants vis-à-vis d’internet (à partir d’un écran de site web « truqué » montrant la photo d’une pieuvre géante dans les branches d’un arbre, 95% des enquêtés ont répondu qu’ils ne connaissaient pas cette espèce, sans remettre du tout son existence en question).
 
Il a également été proposé de mettre en avant la contribution des bibliothèques au bien-être individuel et collectif. Réfléchissant à la manière de rendre les bibliothèques pertinentes et désirables, les professionnels australiens soignent leurs relations avec leurs partenaires et, globalement, les personnes susceptibles de « plaider la cause » des bibliothèques. Ils ont même inventé la journée des amoureux de la bibliothèque (« library lovers day », le 14 février of course).

Je relie cette communication à une présentation plus académique, dans une autre session, sur les risques et bénéfices de la visibilité : un chercheur de l’Université de Pretoria a identifié une échelle de visibilité des bibliothèques en associant à chaque niveau des dangers potentiels pour la bibliothèque, et une échelle de l’implication des bibliothécaires (à mon avis assez contestable). La démonstration aurait sans doute mérité plus de temps et d’échanges avec la salle, mais elle donnera peut-être quelques repères à chacun pour analyser sa propre situation. Je me contenterai donc de livrer la matière brute de cette étude, sous forme de schéma :
 
 
Niveau de visibilité de la bibliothèque  
Absence de visibilité
 
Marginale
 
D’intérêt mineur
Considérée comme acquise  
Projet de prestige
 
Symbole
Risque pour la bibliothèque  
Disparition
 
Stagnation
 
Austérité
 
Agression/Controverse
 
Attitude des bibliothécaires Démoralisés, risque d’apathie Agents dévoués. Petite fréquentation Idéalistes (émancipation, développement) Recherche d’efficience maximale (promotion, marketing) Militants (justice sociale,…)
 
 
Enfin, un collègue de la bibliothèque de Stockholm a présenté un projet d’espace et service d’un genre nouveau, qui commence à apparaître dans plusieurs pays et dont nous avons l’intention de nous inspirer à Rennes : la bibliothèque publique comme un hub (une plateforme) des habitants, à la fois pour des apprentissages en ligne et des échanges de savoirs. Si les principes sont simples (tout le monde peut tour à tour être apprenant et apprenti, la bibliothèque facilite collaborations et partages), les valeurs portées sont fortes : équité d’accès entre les citoyens, implication de tous, partage social de passions ou centres d’intérêt, soutien par les pairs, mixité intergénérationnelle. Les mots-clefs de ce lieu pour « faiseurs » ou « créateurs » sont explorer, créer, partager. Pour faciliter les contacts, des badges sont proposés pour la reconnaissance et la visualisation des compétences acquises et partageables.

La bibliothèque de Stockholm veut être « une API pour l’apprentissage » ; pour cela, elle noue des partenariats avec des établissements scolaires et universitaires, elle donne beaucoup d’autonomie au personnel (pour prendre des initiatives, même quand celles-ci semblent très éloignées des bibliothèques et utilise des logiciels libres et sans filtre (voir les sites http://mozillarian.org et http://openmatt.org/tag/openbadge).

En réponse à une question sur la manière de mener un tel projet, le collègue suédois a proposé d’abandonner la culture professionnelle traditionnelle consistant, avant de lancer de nouvelles actions, à prévoir une organisation très formelle, demander les budgets et les attendre avant de démarrer quoique ce soit. Il suggère de commencer petitement, sans grand formalisme, en utilisant par exemple les outils personnels (tablettes ou smartphones) des usagers si la bibliothèque ne dispose pas encore du matériel nécessaire.

D’autres exemples de « maker spaces » se développent ou sont en projet, notamment aux États-Unis où 2000 bibliothèques publiques se sont dotées d’un outil commun d’auto-évaluation de leurs outils et activités, outil baptisé Edge.
 
Cette communication fut l’occasion d’insister sur l’importance de la « Déclaration de Lyon » publiée à l’occasion de ce congrès IFLA et revendiquant le droit à l’accès à l’information pour tous et la capacité à utiliser l’information de manière efficace.
 
Marine Bedel
(Directrice des bibliothèques de Rennes et Rennes Métropole)

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afepanaxocoj : 26/03/2019 08:07
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