Bibliothécaires, (re)lisez Morel !, en open access

« Bibliothécaires, lisez Morel ! », conseillait Jean-Pierre Seguin dans son ouvrage Eugène Morel et la lecture publique : Un prophète en son pays. « Et les bibliothécaires l’ont lu », répond Anne-Marie Bertrand plus de quinze ans plus tard – « pas tous, pas beaucoup, sans doute en diagonale, mais l’émergence de Morel dans la presse professionnelle, l’habitude de le citer datent de l’édition du recueil de Jean-Pierre Séguin ».

 
 
Publié en 1993, ce choix de textes rend disponible l’essentiel des ouvrages d’Eugène Morel publiés entre 1908 et 1910 depuis longtemps épuisés.

Volontairement oubliés, suggère Jean-Pierre Séguin : « Rue de Richelieu, les critiques formulées par Morel avaient vivement choqué sur le coup. Elles avaient pourtant été vite oubliées. Après tout, pouvait-on prendre au sérieux un “étranger” (au corps des bibliothécaires sortis de l’Ecole des chartes), un trublion et de surcroît un romancier et un utopiste ? Le mieux à faire, dans une maison aussi “convenable”, était de l’oublier à jamais. »

Bibliothécaires, (re)lisez Morel ! Parce qu’il est terriblement drôle, notre Oscar Wilde des bibliothèques : « Un livre digne d’être lu est digne d’être acheté, dit Ruskin. Je dirai plus : il est digne d’être volé. Et c’est avec tristesse que je constate l’honnêteté de mes concitoyens ».

Il est aussi résolument moderne, bien sûr, et d’une modernité telle que ses propos peuvent être « investis par les objectifs particuliers que chaque nouvelle époque veut voir aboutir », comme le note avec malice Hind Bouchared dans sa thèse. Ainsi peut-on assez justement voir en Eugène Morel un précurseur des bibliothèques troisième lieu autant qu’un défenseur des bibliothèques lieux studieux.
 
"Le rôle, le vrai rôle d’une bibliothèque n’est assuré que par une de nos institutions : les cafés.
C’est sans doute pour ne pas leur faire concurrence que nos bibliothèques ferment de si bonne heure ?
Elles ne les remplacent pas. C’est encore au café qu’on trouve les journaux, les revues, le Bottin et les Indicateurs
."

"La terreur des bibliothèques, c’est l’étudiant. Les bibliothèques étant faites pour étudier, les étudiants y sont chez eux. Il ne s’agit pas, bien sûr, de la bibliothèque de faculté, où ils trouvent ce qu’il leur faut pour leurs études. Non, la Nationale a de tout, et autre chose." 


SEGUIN, Jean-Pierre. Eugène Morel et la lecture publique : Un prophète en son pays. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Bibliothèque publique d’information, 1994.


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