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FIDMarseille, entre documentaire et fiction

Chaque année début juillet, le FIDMarseille, Festival International de Cinéma de Marseille, dirigé par Jean-Pierre Rehm et présidé par Paul Otchakovsky-Laurens, propose un programme d’environ 140 films dans des musées, cinémas, théâtres, bibliothèques, galeries d’art, amphithéâtres en plein air, à Marseille. 
Affiche du festival FIDMarseille
Affiche du FIDMarseille 2015 (fragment)
Le festival présente un grand nombre de films en première mondiale, de premiers films, avec comme ligne artistique les nouvelles cinématographies, productions documentaires aussi bien que fictions. C’est un rendez-vous pour les cinéastes, les professionnels et les programmateurs du monde entier, ainsi que pour le grand public. Le FIDMarseille organise également le FIDLab, plateforme de soutien à la coproduction internationale, le FIDCampus, atelier de formation d’étudiants méditerranéens, et de nombreuses projections hors les murs pendant toute l’année.
La première édition du festival a eu lieu en 1990 et s'intitulait Biennale Européenne du Documentaire. Dès la deuxième édition, le festival s'est nommé Vue sur les docs pour devenir FIDMarseille en 1999. L’association Vue sur les docs de Marseille est l’organisatrice du FidMarseille.
Parallèlement Marseille a vu la création en 1990 du marché du film documentaire : Sunny Side of the doc. Cet important marché international du documentaire s’est déroulé de 1990 à 2005 à Marseille puis s’est déplacé à La Rochelle. 
Jean-Pierre Rehm a pris les commandes du FIDMarseille en 2001 et l’a fait passer de « Festival international du documentaire » à « Festival international de cinéma » avec des films documentaires, mais aussi de fiction et expérimentaux.

Rym Bouhedda a interrogé Jean-Pierre Rehm à ce sujet pour Le Blog documentaire :
« A quel moment le FID est-il devenu un festival non plus de documentaires, mais de cinéma ?

Je ne suis plus certain de l’année où l’on a décidé d’actualiser ce qui était un souhait au départ lorsqu’on m’a confié cette mission en 2001. Il y a de nombreuses raisons à cette décision : les unes théoriques ; les autres plus économiques – et je pourrais parler très longuement de l’un et de l’autre aspect. D’une part, je crois que la division fiction/documentaire n’a jamais été fructueuse parce qu’elle suppose, pour le dire brièvement, que la fiction est du côté du divertissement alors que le documentaire serait du côté de l’authenticité, de la réalité des engagements politiques. On aurait d’un côté des militants ; et de l’autre des inconscients.Je ne pense pas du tout que la fiction soit dépourvue d’un appétit de témoigner des réalités d’aujourd’hui ; elle le fait, disons, par ses propres moyens. Et puis j’ai mesuré que des auteurs avec très peu d’argent réalisaient des films où cette distinction ne fonctionnait pas. Avec par exemple 10.000 euros, ils fabriquaient des fictions presque comme du documentaire. Ces films accueillaient littéralement du « document » : les corps, les lumières, les décors, les lieux étaient documentés.

Dire fiction ou documentaire, c’est trop court [...] J’ai envie de déclamer que la production cinématographique est affranchie de formats, et je ne parle pas seulement de durées, mais aussi de manières d’afficher les choses. La manière de tenir une caméra, de placer un micro, etc. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur le « FI », c’est-à-dire de proposer avant tout un festival de cinéma. » Je m’intéresse beaucoup à la production contemporaine dans les arts, et il y a des choses qui sont extrêmement intéressantes. Pas tout, mais beaucoup de choses. C’est exactement pareil pour le cinéma. Pour moi, ce qui est vraiment intéressant, c’est la question du contemporain. Comment arrive-t-on à faire écho à ce qu’il se trame aujourd’hui ? C’est très, très difficile de témoigner de son propre temps parce que cela suppose qu’on saisisse intuitivement des choses alors qu’on n’en est jamais vraiment le contemporain. On le voit bien, on utilise finalement des outils du passé pour comprendre notre présent. La production artistique en général, dans les arts plastiques ou le cinéma, ce sont avant tout des instruments qui essayent de nous faire comprendre ce que nous sommes en train de vivre. »
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