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Sud eau nord déplacer

Sortie en salles le mercredi 28 janvier 2015
En 2002, la Chine lance le nan shui bei diao (littéralement « sud eau nord déplacer »), un projet colossal de transfert de l’eau des provinces du sud vers le nord, et notamment la région de Pékin. Antoine Boutet, réalisateur en 2006 de Zone of initial dilution, consacré au barrage des Trois-Gorges (Chine centrale), retourne sur place pour témoigner, à l'instar de Wang Bing ou Jia Zhang-Ké, de la mue environnementale sans précédent du pays.
 
sud eau nord déplacer © Les Films du Présent, Sister Productions, 2014
 





















L'avis du bibliothécaire


Une longue citation du Shanhaijing, le livre fondateur de la mythologie chinoise, ouvre le film. On y parle de fleuves et de montagnes, de pruniers sauvages et de serpents chantants, une manière pour le réalisateur Antoine Boutet de définir d’emblée un point de départ et de comparaison. Il y avait l’avant, la grandeur et la beauté des paysages et des ressources naturelles et il y aura l’après, le remodelage à grande échelle de l’environnement, avec un ensemble de conséquences plus ou moins néfastes pour la vie des très nombreux habitants. Les premières images s’attardent sur un paysage désertique, des dunes à perte de vue que des ouvriers s’escriment à arroser pour y faire pousser quelques brins d’herbe. La propagande du régime a beau les y inciter à grand renfort de slogans patriotiques affichés sur des pancartes, il faut plus que la foi du charbonnier pour parvenir à transformer le désert en terre fertile et giboyeuse. Mais les ordres sont les ordres et l’ingénieur en chef Shen fait sans état d’âme la promotion du grand projet, initié en 1952 (une idée de Mao !), devant la caméra française qu’il imagine sans doute être dûment accréditée. Ailleurs sur le trajet du chantier, les autorités locales d’un village condamné à disparaître sous les eaux montrent avec fierté le livre d’or promotionnel de leurs lotissements neufs et font visiter l’appartement modèle octroyé à une famille de « migrants ». Dès la fin de la visite officielle, l’équipe du film part à la rencontre des villageois déplacés, dans une maison à l’écart. Loin des oreilles du Parti, le mécontentement s’exprime, les critiques fusent et les insultes aussi, contre les corrompus du pouvoir local.  Tout contestataire doit toutefois être prudent, s’il ne veut pas être prestement remis à sa place :  « Qui es-tu toi ? Ici c’est le Parti Communiste qui dirige le pays ». Antoine Boutet, lui, continue à filmer imperturbablement le long de la route du nan shui bei diao. Un œil se repaît longuement de la beauté des paysages, tandis que l’autre observe un monde en train de naître avec ses travailleurs et ses constructions nouvelles, ses villageois en colère et ses intellectuels contestataires. La fascination pour la caméra est telle que même en Chine, pays où « les individus ne décident pas ce qu’ils veulent », un cinéaste français peut se déplacer librement et capter des images politiquement sensibles comme si de rien n’était.
 

Rappel

Sud eau nord déplacer, d'Antoine Boutet, production Les Films du présent, Sister Productions, 2014, 1 h 49 min.
Distribué en salles par Zeugma Films.
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