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Ouaga Girls

Sortie en salles le mercredi 7 mars 2018
Le quotidien d'une classe de jeunes filles en formation professionnelle qui étudient la tôlerie-peinture et la mécanique au CFIAM (Centre Féminin d'Initiation et d'Apprentissage aux Métiers) de Ouagadougou (Burkina Faso).
Photo du film "Ouaga Girls"
Ouaga Girls © Juste Doc 

L'Avis de la bibliothécaire

"Il n'y a aucun métier qu'une fille ne peut faire" Bintou
 
Bintou avec Chantale, Dina, Catherine et Mouniratou est l'une de ces Ouaga Girls, ces jeunes filles de Ouagadougou issues de milieux défavorisés, venant souvent des campagnes, parfois sans famille et déjà mère elles-mêmes, qui ont décidé d'apprendre un métier non traditionnel au CFIAM (Centre Féminin d'Initiation et d'Apprentissage aux Métiers). Cette structure d'initiative privée jouissant du statut d'ONG nationale a pour mission de permettre une égalité professionnelle entre les filles et les garçons contribuant ainsi au changement des mentalités et à la réduction des inégalités entre hommes et femmes. Ce centre de formation soutenu par Terre des Hommes est né d'une conscience aiguë des difficultés des jeunes filles liées à la précarité, l'analphabétisme, les grossesses précoces, les violences et le chômage qui les frappe, au Burkina Faso, à plus de 53%.
 

Un métier d'homme

 
Ces Ouaga girls, ces jeunes filles Burkinabé, entre 15 et 19 ans pour la plupart, ont donc choisi un métier d'homme. Elles portent bleu de travail et ballerines argentées, elles suivent des cours de mécanique, elles manipulent la clé à molette, la meuleuse, les boulons et se retrouvent même dans la fosse de réparation. Unies par une grande solidarité elles retapent les vieilles carrosseries, poncent, lavent, peignent. Elles tressent aussi leurs cheveux et prennent soin de leurs ongles. Elles paraissent parfois plus intéressées par leur smartphone que par les tôles et les carcasses de voitures. Certaines rêvent de devenir chanteuse ou actrice. Même si la lassitude les détourne par moments de leur travail elles restent cependant décidées à obtenir leur diplôme qui marque le passage à l'âge adulte et les aidera à être autonomes, à s'insérer socialement, à s'imposer dans la "jungle" du monde des garages, à s'émanciper comme le désirait si fort Thomas Sankara qui s’engagea pour l’accession des femmes aux métiers "interdits".
Devenir mécanicienne dans une société patriarcale n'est pas chose aisée. Il faudra résister à la pression des hommes et des maris qui, à l'extérieur du cercle intime, peuvent faire montre d'une certaine ouverture d'esprit bien vite oubliée à l'intérieur des maisons, dans la vie familiale. Il faudra peut-être renoncer au mariage pour être autonome financièrement et par-là même accéder à une liberté.
 

Filmer avec tact


 Le film ne se construit pas autour d'interviews. La réalisatrice préfère saisir les jeunes filles pendant leurs heures de cours ou de travaux pratiques dans la vaste cour qui donne l’image d’un grand garage à ciel ouvert. Les moments creux, d'attente, de repos, de sieste sur les pupitres rythment également la vie quotidienne. A l'apprentissage  de la mécanique et de la carrosserie se juxtapose un enseignement "pare-chocs" plus comportemental fait d’éducation sexuelle et de leçons qui visent à alerter les jeunes filles sur les conduites à risque liées à l'alcool et sur leurs conséquences. Les Ouaga girls écoutent certes mais aspirent aussi à vivre leur vie d'adolescentes, d'adultes en devenir. Elles aiment sortir entre copines, s'habiller joliment, oublier le bleu de travail,  aller écouter de la musique, danser et boire un coup entre amis, séduire et être désirées. En un mot elles sont vivantes, tellement vivantes.
 
Theresa Traore Dahlberg choisit la discrétion ; peut-être même une certaine pudeur. A aucun moment dans le film elle n'interroge les Ouaga girls sur ce qui les motive ou sur leur parcours. Sa présence est celle d'une cinéaste qui accompagne avec une distance bienveillante et révèle la beauté de chacune des jeunes filles : beauté des visages et des corps, beauté des attitudes, beauté intérieure toujours à l'oeuvre dans les gestes de la tôlerie comme dans les sourires ou les moments plus difficiles. La caméra capte les rires, les temps de complicité de ce groupe fait d'individualités sublimées par l'emploi de gros plans tout en douceur sans que la proximité ne devienne intrusion. Des paroles de tristesse, des blessures à l'âme et des larmes sont aussi filmées lors de rendez-vous avec la psychologue scolaire qui suit les jeunes filles tout au long de leur scolarité, pendant les quatre années de préparation du diplôme. Ainsi passe-t-on  du collectif à l'intime. La réalisatrice montre les relations de solidarité, la sororité qui unit les Ouaga girls.  Avec grâce la caméra nous aimante à leurs oscillations, à leurs comportements parfois dissonants entre futilité, désinvolture et lucidité. Cette acuité, cette conscience d'elles-mêmes se construit peu à peu et les aiguille vers la quête d'une place dans la société d'un pays en plein changement politique après la chute de Blaise Compaoré évoquée, là aussi avec retenue, par des plans d’ affiches électorales.

Le français est la langue de l'enseignement, des conversations, des relations sociales comme des entretiens plus intimes. Parfois le Mòoré se faufile et l'on se prend à penser qu'une présence plus affirmée de cette langue aurait apporté au film un supplément de spontanéité, de justesse, une proximité, une liberté autre et plus grande.


Avec Ouaga Girls Theresa Traore Dahlberg, cinéaste née en Suède et ayant grandi au Burkina Faso, signe un premier long métrage qui n'est ni un film-slogan, ni un film-manifeste mais un film d'intelligence et de subtilité sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte et plus profondément  sur l'espoir que représentent les femmes pour elles-mêmes, pour un pays et pour un continent tout entier.

Rappel

Ouaga Girls de Theresa Traore Dahlberg, production Movimento Films, Les Films du Balibari, Syedoni Production, 2016, 1 h 22 min

Distribué en salles par Juste Doc.
 

Bande annonce

OUAGA GIRLS - bande annonce from Juste Doc on Vimeo.

 

 

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