Of Men and War

Sortie en salles le mercredi 22 octobre 2014
Rapatriés sains et saufs mais l’esprit en morceaux d’Irak ou d’Afghanistan, une douzaine de jeunes soldats américains tentent de retrouver une vie normale après l’expérience traumatisante du front. Ils ont été admis au Pathway Home (foyer des vétérans de guerre) de Yountville, Californie, en 2008 pour suivre une thérapie de cinq ans destinée à guérir leur « PTSD » (syndrome de stress post-traumatique).
 
Après De guerre lasses, film qui témoignait dans les années 1990 du difficile retour à la vie de jeunes veuves de guerre bosniaques, Laurent Bécue-Renard, réalisateur et producteur français, poursuit sa réflexion sur les traces psychiques de la guerre avec ce deuxième volet d’une trilogie intitulée Une généalogie de la colère.
Of Men and Ware
Of Men and War. Photo Alice Films

L’avis du bibliothécaire

Steve, Kacy, Matt, Dave, Roger, Trevor et les autres soldats du foyer des vétérans de guerre ont plusieurs points communs : ils sont plutôt jeunes (moins de 40 ans), ils ont servi en Irak ou en Afghanistan, ils ont été victimes d’un « PTSD », trouble de stress post-traumatique, après leur démobilisation. Au foyer, ils participent à des séances de thérapie de groupe, où chacun est invité à dérouler (revivre) le récit des horreurs de la guerre. Entre les séances, les hommes suivent aussi des programmes de relaxation.

Quoique muet, le spectateur est invité à jouer pleinement son rôle de témoin, car Laurent Bécue-Renard a placé la caméra derrière le thérapeute, un ancien du Vietnam dont on entend la voix mais que l’on verra peu à l’image. Impossible donc d’échapper aux « Fuck, asshole, bastard, idiot » et autres qui nourrissent les pauvres phrases de ces hommes en colère, ces hommes perdus, les yeux humides, les poings fermés. Le dévoilement, l’accouchement par la voie des mots ne se font que dans d’extrêmes douleurs, et pourtant ça finit par sortir, en un chapelet d’insanités avec lesquelles ils vont devoir vivre.
D’abord strictement limité aux espaces du foyer, le film prend peu à peu de la distance pour s’intéresser aux familles des soldats, parents, femmes et enfants qui vivent très mal la violence et la peur qu’ils éprouvent face à de véritables bombes humaines.

Après avoir fait longuement connaissance avec les hommes du foyer, pris la mesure de leurs traumatismes (on comprend pourquoi le film dure 2 h 20), le spectateur est autorisé  à entrer dans leur intimité, à aller plus loin dans la compréhension des ravages de la guerre, qui dévastent non seulement les soldats mais l’entourage au sens large. Comment être le même qu’avant ? Le film montre quelques hommes qui tentent de se reconstruire, mais pour combien de temps ? Quelques touches d’humour involontaires (un père porte son fils comme il porterait un fusil mitrailleur, un autre se déplace avec sa fille juchée sur ses épaules de la même façon que s’il avançait en terrain miné) nous rappellent que ces hommes ne pourront jamais oublier, mais peut-être vivre avec. Peut-être.
 

Rappel

Of Men and War, de Laurent Bécue-Renard, production Alice Films, 2014, 2 h 22 minutes. Distribué en salles par Why Not Productions
Présenté en séance spéciale au festival international du film, Cannes, 2014.