Regard sur le cinéma portugais des années 2000

photo du film A nossa forma de vida
A nossa forma de vida © Noland Films

En 2014, Cinéma du réel a consacré une rétrospective au cinéma documentaire né de ou autour de la Révolution des œillets. Mais qu’en est-il du cinéma portugais d’aujourd’hui ? Depuis 2000, le festival s’est fait le témoin de sa vitalité en présentant le travail de cinéastes confirmés et de nouveaux talents. Nous souhaitons ici donner un aperçu de la grande diversité des approches du réel que renferme ce cinéma à travers quelques films qui explorent les possibles de la mise en scène documentaire.

Dans 48, Grand prix de la 32ème édition de Cinéma du réel, Susana de Sousa Dias convoque l’invisible à travers les témoignages d’hommes et de femmes emprisonnés durant la dictature de Salazar. Comme en écho à ces paroles d’une grande violence, Terra nullius, confessions d'un mercenaire, réalisé par la toute jeune cinéaste Salomé Lamas, laisse lui aussi la violence hors champ, créant un dispositif minimaliste pour recueillir les paroles d’un artisan de la dictature.

Dans Li Ké Terra, João Miller Guerra et Filipa Reis nous glissent dans le quotidien de deux adolescents d’origine capverdienne, Miguel et Ruben, en cette période où ils doivent décider de la trajectoire à donner à leur vie. Quelques années plus tôt, Iñes de Medeiros avait elle aussi donné la parole à de jeunes Portugais nés de parents Africains. Dans O Fato Completo ou À procura de Alberto, un casting pour un projet de film de fiction se mue en galerie de portraits de garçons qui doivent, devant la caméra, tenter de mettre en mots leur identité et leurs aspirations.

Dans A nossa forma de vida, c’est à un autre âge que s’intéresse Pedro Filipe Marques : il y filme un couple de retraités en verve et observe, selon une série de points de vue surprenants, les reflets du monde qui pénètrent dans le cocon de son appartement. C’est également un monde absent, une histoire passée que Joaquim Pinto convoque dans son dernier film Et maintenant ?. Le cinéma se fait riposte aux maladies contre lesquelles il lutte depuis des années, réappropriation de son corps et de son histoire. 
 

Les Films

  • 48
Réalisation : Susana de Sousa Dias
Production : K-Top-Kintop, 2009, 1 h 32 min
Distribution : Catalogue national de la Bpi
Les 48 ans de la dictature de Salazar sur le Portugal et ses colonies à travers des archives photos des opposants arrêtés et torturés.
 
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  • Et maintenant ? (E agora? Lembra-me)
Réalisation : Joaquim Pinto
Production : Crim Produções, 2013, 2 h 44 min
Distribution : Épicentre Films
Journal filmé du cinéaste où la mort est constamment toisée par la vie. Une profusion formelle et narrative aussi rageuse que poétique, où le passé ne cesse d’infuser dans le présent, et le cinéma dans la réalité.
 
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  • Un Costume trois pièces ou À la recherche d'Alberto (O Fato Completo ou À procura de Alberto)
Réalisation : Inês de Medeiros
Production : Filmes do Tejo, Les Films de l'Après-midi, RTP, 2001, 1 h 10 min
 Distribution : Filmes do Tejo
 « Au départ, tout était relativement simple. Je cherchais un jeune homme d’origine africaine, entre 16 et 18 ans, pour incarner Alberto dans le film que j’avais écrit... » (Inês de Medeiros)
 
  • Li Ké Terra
Réalisation : Filipa Reis, João Miller Guerra et Nuno Baptista
Production : Pedro&Branko, Vende-se Filmes, 2010, 1 h 05 min
Distribution : Vende-se filmes
Miguel et Ruben, enfants d’immigrés capverdiens, arrivent au seuil de l’âge adulte. Comment se construire quand l’avenir reste en suspens, bloqué par l’attente de papiers portugais ?
  
 
  • À la mode de chez nous (A nossa forma de vida)
Réalisation : Pedro Filipe Marques
Production : Inês Gonçalves, Pedro Filipe Marques, Noland Films, 2011, 1 h 31 min
Distribution : ADAV Europe
Vue imprenable sur le monde tel qu’il va depuis la tour de contrôle d’Armando et Maria, huit étages au dessus du Douro. Le portrait drôle et profond d’un vieux couple portugais dont l’intimité a su rester poreuse au contemporain.
 
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  • Terra nullius, confessions d'un mercenaire (Terra de ninguem)
Réalisation : Salomé Lamas
Production : O Som e a furia, 2012, 1 h 12 min
Distribution : Shellac
Le mercenaire Paulo de Figueiredo raconte plusieurs moments de son existence : fragments sidérants de violence, arrachés à l’Histoire officielle.
 
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