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Maman colonelle

Dieudo Hamadi s'était préparé à devenir médecin. Venu au cinéma presque par hasard, il construit peu à peu une oeuvre engagée et présentait cette année, à la 40e édition du Cinéma du réel, Kinshasa Makambo son dernier film sur de jeunes militants congolais. Nous avons profité de sa venue à Paris pour lui poser quelques questions sur son long métrage précédent, Maman Colonelle, Grand prix Cinéma du réel 2017, le portrait d'une femme policière tenace confrontée à des situations difficiles en matière de violence faite aux femmes et aux enfants en République démocratique du Congo.

Dieudo Hamadi
Dieudo Hamadi

Comment est née l’idée de faire un film sur la colonelle Honorine​ ?
Un des coproducteurs du film, Kiripi Katembo (qui était aussi mon ami et qui est malheureusement décédé en 2015), m’a sollicité pour un projet sur les femmes congolaises exceptionnelles. Je connaissais déjà Maman Colonelle parce que j’avais fait, quelques années plus tôt, un court métrage sur elle. J’ai appris qu’elle venait de créer un centre regroupant des femmes violées qui apprenaient à faire de la boxe. J’ai trouvé l’idée intéressante et je l’ai proposée à Kerepi. Il s’est alors associé à un producteur français et le projet a pu démarrer.

Est-ce que le tournage a été éprouvant ?
Sur le coup,  je ne voyais pas la gravité des choses que je filmais. J’étais derrière la caméra et j’enregistrais selon le dispositif que j’avais choisi dès le départ : filmer tout ce qui se passe autour de Maman Colonelle. C’est seulement au montage que j’ai senti le drame que j’avais pu capter. Sur le moment,  c’étaient des femmes comme on en voit beaucoup au Congo, qui étaient en situation de détresse et qui venaient voir Maman Colonelle pour demander de l’aide. Je les filmais presque de manière impassible. Par moments, surtout avec les enfants, je me laissais envahir par une espèce d’émotion mais je me reprenais très vite.

À certains moments vous filmez Maman Colonelle sur les marchés en train d'​informer la population avec son mégaphone,  votre caméra peut-elle servir d’amplificateur pour aider à populariser ​son combat ?
Si je peux avoir un certain sentiment de fierté vis-à-vis de ce film, c’est  qu'il contribue ​à faire connaître son travail. Après, je ne sais pas dans quelle mesure ce film peut aider. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Quelques mois après la fin du tournage, j’ai appris que les enfants avaient été renvoyés du centre et que les femmes étaient revenues à leur condition initiale, comme quoi concrètement le film n’a pas changé grand-chose dans leur vie. Filmer est un moyen de raconter des histoires et je n’espère pas plus que cela. Je ne mise pas sur le fait que ce puisse être un outil. C’est déjà beaucoup pour moi que Maman Colonelle existe, que des gens voient le film et soient informés de ​ce qui se passe ​au ​Congo.

Ce qu’on ne mesure peut-être pas, c’est l’étendue et l’importance de certaines situations, comme par exemple ces enfants torturés car accusés de sorcellerie ?
C’est un phénomène important et assez répandu au Congo. Des dizaines de milliers d’enfants sont séquestrés et certains enfants meurent après ces mauvais traitements. En 2009, il a même fallu une loi pour interdire formellement ce genre de pratiques.​ Celle-ci n'a malheureusement  pas porté ses fruits.

Quels sont vos projets cinématographiques ?
Sur la guerre des six jours, cette guerre terrible qui s’est déroulée à Kisangani il y a près de vingt ans et qui semble avoir été complètement oubliée,  y compris ​des congolais. Je veux faire ce film pour, au moins, parler des victimes qui continuent à vivre dans un dénuement insoutenable et dans l’indifférence générale.
 
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