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Des écrans qui ne font pas écran

La commande initiale du maire de Gand était de créer « une bibliothèque du futur ». Au final, Krist Biebauw, le directeur de la bibliothèque DE KROOK, a su promouvoir à la place l’idée d’un lieu de savoir et d’émancipation, sans technologie pour la technologie. Il me semble que cette philosophie s’applique à tous les dispositifs numériques d’information que nous avons découverts lors de notre voyage, qui remisent au placard l’idée très vingtième siècle de « bibliothèque du futur », au profit de modèles de bibliothèques où la technologie n’est pas là pour juste faire joli, mais au contraire vient toujours en soutien d’une ambition culturelle ou pédagogique.

Ecrans intégrés à du mobilier… sur mesure 

A la bibliothèque DE KROOK, nous avons été particulièrement séduits par les écrans intégrés aux rayonnages et qui proposent aux usagers de sélectionner les documents qui répondent à leurs intérêts du moment. Deux applications spécifiques ont été conçues à cet effet pour les publics adultes et pour les enfants qui font remonter des nouveautés thématiques, avec chacune une navigation très intuitive. Le processus de choix s’effectue de manière ludique sur les rayonnages jeunesse ; et pour les rayonnages adultes, en indiquant par des graphiques les statistiques des livres les plus empruntés, en fonction du genre et de l’âge des usagers ! Toujours pour le public adulte, sont proposés par le même dispositif des dossiers numériques, également accessibles sur le portail de la bibliothèque et via ses réseaux sociaux. Seul défaut de ces écrans intégrés qui fonctionnent en réseau, au-delà de leur coût : ils sont implantés dans des rayonnages de bibliothèque non standard, fabriqués sur mesure…
 
Ecran intégré aux étagères à DE KROOK
© Emmanuel Aziza

Information en réseau


Dans les deux bibliothèques annexes du réseau de l’OBA (Openbare Bibliotheek Amsterdam) que nous avons visitées, comme à la bibliothèque centrale, nous avons vu aux murs de nombreux écrans d’information en réseau. Renseignements pris, la gestion de leurs contenus est centralisée, avec une diffusion qui mélange informations réseau et informations locales proposées par les bibliothèques (uniquement en néerlandais), notamment les horaires des ateliers, lectures et médiations du jour ou à venir. Les informations pour le réseau sont publiées de façon très réactive : une page du site internet de l’OBA sur Charles Aznavour (décédé la veille) était ainsi mise en avant lors de notre visite ! Un système équivalent existe depuis quelques années aux différents étages de la Bpi, mais c’est évidemment plus simple à organiser dans un seul établissement. A l’échelle de tout un réseau, cela devient beaucoup plus compliqué tant en termes d’organisation que de CMS (système de gestion de contenus) : à titre de comparaison, dans le réseau des bibliothèques de la ville de Paris, celles qui disposent d’écrans d’information les alimentent artisanalement par des diaporamas sur clés usb, changés une fois par mois…
 

Ecran d'information à OBA
© Emmanuel Aziza
Azanavour sur écran à l'OBA
© Emmanuel Aziza
 

Des écrans pour mieux partager



Avec LILLIAD, heureusement, nous avons retrouvé le moral quant à la capacité d’innovation technologique à la française. Dans les salles de travail vitrées sur réservation, pour 6, 10 ou 20 étudiants, ceux-ci peuvent partager leurs documents sur des écrans mis à leur disposition, accrochés au mur principal. A leur arrivée, les écrans affichent en page d’accueil le mode d’emploi pour la connexion via wifi au partage d’écran (screen sharing). Dans l’espace pédagogique, LILLIAD prête des ordinateurs portables pour faciliter le travail en groupe sur projet. Et dans l’espace Xperium, lieu de valorisation de l’innovation scientifique (qui vient de débuter sa troisième saison sur le thème : «Matériaux et numérique en mutation. Vers l’homme augmenté ?»), les expériences scientifiques sont en grande partie présentées sur des écrans. Sur le campus et notamment sur les postes multimédias de Lilliad, les étudiants et chercheurs ont accès à des logiciels de montage vidéo, ce qui les aide grandement dans la présentation de leurs travaux.
 
 
intérieur d'une salle de travail de l'Illiad
© Emmanuel Aziza

Face à cette débauche d’écrans utilisés à bon escient, inutile néanmoins de se sentir complexé. Comme dit un proverbe néerlandais : « Un peu de honte réchauffe et donne de belles couleurs ». Et surtout, après un tel voyage, de belles idées !
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