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Bruno Monsaingeon, au-delà du temps


La musique et la vie de Bruno Monsaingeon se sont nouées très tôt. Enfant, Il  étudie  le violon et  c’est  un concert de David Oïstrakh qui détermine un des axes  importants de son travail : « J’avais dix ans. J’ai été dans sa loge après le concert et me suis trouvé devant quelqu’un qui ne parlait pas français bien entendu, qui ne parlait que russe et un petit peu d’allemand. Les disques d’Oïstrakh m’avaient ébloui quand j’étais enfant. Le premier concert auquel  j’ai assisté, non seulement je peux vous en dire le programme, mais je me souviens aujourd’hui encore de chaque note […] en tout cas, cela a déterminé certainement une bonne partie de mon existence. »

Une autre rencontre sera l’un des facteurs qui le mèneront  à lier cette passion de la musique à celle de faire des films : « Le concert était [pour Glenn Gould] une forme morte, qui n’avait correspondu qu’à une période très circonscrite de l’histoire musicale […] ma découverte de Gould avait en partie décidé de ma vocation à transmettre la musique par d’autres biais que l’interprétation. Par le cinéma, comme je le lui ai suggéré dans une longue lettre. »

Bruno Monsaingeon est ainsi devenu le musicien–réalisateur réputé  de films sur des interprètes majeurs de la musique. Parallèlement, il a publié plusieurs livres, prolongements des films réalisés, avec entre autres des ouvrages sur Yehudi Menuhin, Sviatoslav Richter et Glenn Gould.
Bruno Monsaingeon et Piotr Anderszewski © Idéale Audience

Le désir de transmission est au cœur du travail de Monsaingeon et ses films sont là pour offrir aux interprètes la possibilité de perpétuer leur savoir-faire. « Je travaille pour l’avenir. Je souhaite faire des documents qui existent au-delà de ma propre existence et au-delà de la génération d’interprètes qui fait l’objet de ces films. »

La passion est ce qui le guide : « ma perception est en fait liée au rapport très fort que j’entretiens avec le monde que je filme. C’est la raison pour laquelle il est inutile de me suggérer des sujets. Ils ne peuvent venir que de moi car j’ai besoin de construire une relation très forte. De cette relation naîtra la dramaturgie du film. »  Dans une interview pour Medici TV, il précise « C’est pour ça qu’on me considère comme quelqu’un qui est difficilement accessible ; parce que j’ai besoin, lorsque je suis en tournage, en montage, en postproduction et en préparation, j’ai besoin d’écrire ça avec mon sang ! »

La méthode est à la hauteur des ambitions, il travaille sur la durée, avec des approches extraordinairement longues. Monsaingeon est l’homme des longues amitiés avec les musiciens q’il admire. Il rencontre Glenn Gould en 1972. Commence alors une relation  qui durera dix ans (jusqu’à la mort de Gould) et qui donnera naissance à sept documentaires. Avec Menuhin pendant trente ans, il a pu réaliser une vingtaine de films ; il commence à travailler dès 1989 avec Dietrich Fischer-Dieskau dont il suit les récitals, répétitions et master class, archives qui contribueront à nourrir les films La Voix de l’âme et Paroles ultimes.

Cette filmographie comporte cinq films, choix modeste dans la filmographie importante de Monsaingeon (environ quatre vingt-cinq films). Elle met l’accent sur les deux rencontres évoquées plus haut. La première a fait émerger l’amour de la langue russe, des opportunités puis des amitiés;  la seconde (avec Gould)) a favorisé la construction d’une communication de l’émotion musicale par le cinéma.
 

Les films de Bruno Monsaingeon

  • David Oïstrakh, artiste du peuple
Production : Idéale Audience, Imalyre, La Sept Arte, 1994, 1 h 15 min
Distribution : Idéale Audience EuroArts
L’histoire dramatique d’un violoniste inspiré, d’un homme contraint au silence, d’un artiste déchiré entre sa fidélité envers la Russie et sa passion du violon. Aux nombreux documents d’archives inédits viennent s’ajouter des interviews et des témoignages des élèves et amis musiciens : Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovitch, Gidon Kremer, Guennadi Rojdestvensky et son fils Igor Oîstrakh.
 
  • Richter l’insoumis
Production : Idéale Audience, IMG Artists, La Sept Arte, Imalyre, 1998, 2 h 34 min
Distribution : Idéale Audience EuroArts
 « Généralement, je travaille en suivant les voies de l’intuition et du cœur. J’entends quelque chose, cela me fascine, je m’en empare.», dit Sviatoslav Richter. Dès ses débuts, on voit en Richter un monstre sacré du piano. Chacune de ses interprétations est une recréation de l’œuvre. Il ne cesse de chercher la perfection, l’absolu à tel point que Prokofiev lui dédie sa neuvième Sonate. Tout en retraçant sa brillante carrière, le film offre une approche de l’histoire du XXe siècle en Russie du point de vue d’un des pianistes les plus signifiants de notre temps.
 
  • Notes interdites: scènes de la vie musicale en Russie soviétique
Production : Idéale Audience, IMG Artists, Arte France, 2004, 55 min
Distribution : Catalogue national de la Bpi
Le film présente une analyse des rapports entre pouvoir et création durant le règne de Staline. Le chef d'orchestre Guennadi Rojdestvensky décrit cette période, féconde malgré la censure, durant laquelle des compositeurs ou interprètes tels que Chostakovitch, Prokofiev, Rostropovitch, Richter ou Oïstrakh ont "composé" avec le pouvoir.

Voir un extrait en ligne.
 
  • Guennadi Rojdestvensky : profession chef d’orchestre
Production : Idéale Audience, Arte France, 2004, 55 min
Distribution : Catalogue national de la Bpi
 « Être chef d'orchestre, cela n'a rien à voir avec les gestes des bras, c'est une question de rayonnement. » C'est ainsi que Guennadi Rojdestvensky définit cet art si particulier de la direction d'orchestre, appuyant son propos par le mot de Franz Strauss, corniste dans un orchestre, à son fils Richard : « Quand un chef que nous ne connaissons pas entre dans la fosse, nous savons à sa seule démarche s'il peut ou s'il ne peut pas. »
Le film s’articule autour des séquences et des oeuvres suivantes : septième symphonie de Chostakovitch, Roméo et Juliette de Tchaïkovsky, Les Âmes Mortes de Schnittke/Rojdestvensky.
 
  • Glenn Gould, au-delà du temps
Production : Idéale Audience, Rhombus Media, Arte France, BBC, 2005, 1 h 46 min
Distribution : Idéale Audience EuroArts
Auteur de quatre livres et de plusieurs films sur Gould, Bruno Monsaingeon propose ici une approche nouvelle de sa vie, envisagée à partir de la manière dont il est perçu aujourd’hui par le public. Il s’appuie sur une synthèse de tous les documents existants, dont certains totalement inédits. Le documentaire est ponctué de nombreux extraits de séances d’enregistrements et de concerts filmés entre 1948 et 1982. Glenn Gould y interprète Bach, mais aussi Beethoven, Brahms, Schubert, Weber, Prokofiev, Chopin et Hindemith. À découvrir également, un extrait d’une composition de Gould interprétée au piano par Émile Naoumoff.
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