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Vienne avant la nuit

Sortie en salle le mercredi 29 novembre 2017
Le documentariste Robert Bober ravive la mémoire de son arrière-grand-père parti de Pologne pour s'installer dans une Vienne moderne et cosmopolite, celle de Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, à la veille de la montée en puissance du national-socialisme qui mettra fin à l’influence culturelle de la capitale autrichienne.
Vienne avant la nuit © Vendredi Distribution 

L'avis de la bibliothécaire

La voix du réalisateur nous emmène dans le passé pour raconter l’histoire de son arrière-grand-père. Il n’a pas connu ce « petit juif polonais » dont il ne reste qu’une ou deux photographies. Wolf Lueger Frankel, né en 1853, décède en 1929. Parti pour les États-Unis, il est refoulé à Ellis Island à cause d’une maladie des yeux. C’est à Vienne qu’il va rester et exercer son métier de ferblantier. En deux lignes, tout est dit.

L’ouverture de Vienne avant la nuit est placé sous les auspices de La Ronde film de Max Ophüls tiré d’une pièce de théâtre de Arthur Schnitzler : un carton orné de volutes présente un générique en belles lettres cursives. Puis, le meneur de jeu (celui qui tout au long de La Ronde présente les personnages) plante le décor : « Où sommes-nous ? Nous sommes à Vienne, 1900 … Nous sommes dans le passé » dit-il. À peu près l’époque où Wolf Frankel a dû arriver à Vienne.

La ville, son rapport à la communauté juive et à son passé sous le nazisme, l’arrière-grand-père, sont les  fils que Robert Bober va tisser. Le cinéma, la littérature  formeront la matière pour nourrir le récit.

Alors, la ville est là sous nos yeux, joyeuse, bourdonnante, filmé par un opérateur Lumière ; la langue yiddish résonne avec Maurice Schwartz, acteur et réalisateur de Tevye le laitier dont on voit un extrait ; et le ferblantier reprend presque vie avec les dessins réalistes d’Edith Dufaux.
Puis le monde va s’obscurcir. Et ce sont les œuvres de Zweig, Schnitzler, Joseph Roth, compagnons de voyage du réalisateur qui nous le font entendre. Il lit les textes, en souligne des passages. On écoute leur crainte, leur désespoir. Une archive audiovisuelle nous fait revivre la liesse des Autrichiens lors de la proclamation par Hitler, sur la Heldenplatz, de l’annexion de l’Autriche ; une autre, l’incendie d’une synagogue.

Parfois, le réalisateur se met en scène : à la recherche de la tombe de Frankel pour y déposer une pierre, il chemine dans le vieux cimetière juif où les biches, à défaut des vivants, l’observent. Au Café central, le réalisateur travaille au milieu des habitués. Dans l’espoir de les voir renouer les fils de l’histoire qui les a précédés, il fait établir des fac-similés de journaux autrichiens témoignant de l’annexion : quelques clients se plongent dans leur lecture. Qu’en pensent-ils ? Nous ne le saurons pas. Bober, lui, est né à Berlin en 1931, ses parents ont fui l’Allemagne pour la France dès 1933.  Max Ophüls aussi est parti en 33.

« Si je suis venu à Vienne, conclut Robert Bober au terme de sa quête, ce n’est pas seulement pour retrouver la tombe de mon arrière-grand-père, mais aussi parce que le passé, ce passé-là surtout a besoin de notre mémoire, et les morts de notre fidélité ».

Rappel

Vienne avant la nuit, de Robert Bober, production Les Films du Poisson, 2016, 1 h 14 min, noir & blanc et couleur

Distribué par Vendredi Distribution

Vienne avant la nuit - Bande annonce from Les Films du Poisson on Vimeo.

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