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Shut up and play the piano

Sortie en salles le mercredi 3 octobre 2018
Chilly Gonzales est une figure attachante, le type-même de personnage truculent que l'on aime détester, que l'on déteste aimer et dont, pourtant, les spectacles réjouissent. Originaire de Montréal, la quarantaine naissante, il semble aujourd'hui s'être assagi. Le film de Philipp Jedicke revient sur la dualité de ce musicien inclassable.
 
Chilly Gonzales
Gonzales 

L'Avis de la bibliothécaire

Costume rose, cheveux gominés, dès les premières secondes Gonzales interpelle le spectateur dans un montage frénétique où se succèdent des images d'archives. Le film alterne les allées et venues entre l’entretien mené par l'artiste allemande Sybille Berg, des témoignages et des extraits où transparaissent les multiples univers de Gonzales. La construction du film brouille les frontières entre fiction et documentaire, faisant ainsi écho aux ambiguïtés du personnage lui-même.
 
Car Chilly Gonzales s’affranchit volontiers des limites arbitraires entre les styles musicaux, saisissant les modes d’expression selon l’envie et les rencontres du moment. Il refuse les cases et cherche à creuser son propre sillon, s’appropriant les codes du rap, de l’électro, du punk, d’une pop scintillante ou encore de la musique classique.

De Jason à Gonzo

À quinze ans, Gonzales s'appelle encore Jason Beck. Il vit au Canada et pratique le piano depuis toujours. La musique l’aide alors à trouver et revendiquer sa place. Tandis que son frère, musicien aussi, opte pour une pratique plus commerciale, lui choisit de s’épanouir hors des circuits conventionnels. Il part vivre à Berlin et découvre un terrain de jeu propice à sa soif d'expérimentation. Le personnage déjanté prend naissance et sa carrière débute sous l'égide du label Kitty-Yo.

Pour toutes celles et ceux qui ont eu la chance de voir Gonzales en concert, le souvenir est encore là, vivace. Un moment de pure jubilation, à l'image de ce concert donné en 2009 dans une petite salle près de Montmartre. Un record haut en couleur qui dura plus de 27 heures. L'homme est alors seul avec son piano, loin de l’extravagance des shows assurés, quelques années avant, avec la sulfureuse Peaches et la sensuelle Feist.

Du showman à l'artiste

Sur scène, Gonzo donne de sa personne se rapprochant parfois davantage du performer. Son corps transpirant trahit l'intensité avec laquelle il s’investit, à croire qu’une sève animale parcourt les veines de cet homme au double visage. En 2004, la sortie de l’album Solo Piano signe un tournant. Salué par la critique et le public, il déroute les habitués de ses frasques scéniques. C'est pourtant un moment précieux où le masque tombe, où l'intime vient envelopper la scène, plus fragilisant peut-être pour l'homme habitué au camouflage.

Sous des aspects de mégalo-autocentré se cache une âme généreuse, qui compose, arrange et va même jusqu'à produire d'autres artistes. Il n'est pas seul sur sa planète, il s'entoure et collabore avec d'autres. De projets en projets, il avance et va jusqu'à proposer cette année la création d'une école éphémère à Paris, la Gonzervatory.

À voir du Gonzales à profusion, le film pourrait amener à l'écoeurement. Il parvient pourtant à transcrire à la fois l'excentricité et la pudeur de l'artiste et incite à coup sûr les spectateurs à prolonger l'image en écoutant ses albums ou, mieux encore, en se frottant au live pour ressentir, pour de bon, ambiance et vibrations.
 

Rappel :

Shut up and play the piano de Philipp Jedicke
2018- durée 81 min- Production : Rapid Eye Movies /Distribution : Rouge Distribution

Bande annonce officielle du film Shut up and play the piano par Rouge Distribution sur Vimeo


 
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