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L'Envers d'une histoire

Sortie en salles le mercredi 24 octobre 2018

Une porte condamnée dans un appartement de Belgrade révèle l’histoire d’une famille et d’un pays dans la tourmente. Tandis que la réalisatrice entame une conversation avec sa mère, le portrait intime cède la place à son parcours de révolutionnaire, à son combat contre les fantômes qui hantent la Serbie, dix ans après la révolution démocratique et la chute de Slobodan Milošević.

 
photo de la famille Turajlic devant les portes condamnées
©Survivance 2017
 

L'Avis de la bibliothécaire

A Belgrade, fin 1947-1948, l’immeuble où vit la famille Turajlic est nationalisé. L’appartement, décrit comme un confortable trois pièces par un membre de la Sécurité d’Etat, est divisé en deux. De l’autre côté des portes qui sont condamnées, une famille s’installe.
A travers l’histoire de l’appartement familial, le film de Mila Turajlic rappelle  les méandres de l’histoire de la Yougoslavie pendant la période communiste puis sous le régime Milosevic jusqu’à aujourd’hui. Une histoire pleine de bouleversements : « Ma mère avait deux ans quand les portes de notre appartement ont été fermées. Quand je suis née en 1979, les portes étaient fermées depuis trente ans. Les trente années suivantes, nous avons vécu une guerre civile, l’éclatement de notre pays, les sanctions, un bombardement et une révolution. Les portes sont toujours fermées. » L’appartement est le lien avec l’Histoire, Srbijanka Turajlic est le témoin.

L’immeuble émerge d’un brouillard hivernal, la mère de la réalisatrice est occupée à polir les poignées de cuivre des fameuses portes devant lesquelles sont collés un canapé  et un grand fauteuil.

- Tu n’as jamais eu envie de tourner cette clé ?
- Non
- Et enfant, tu n’as jamais voulu tourner la clé ?
- Non, c’était caché par un rideau.

Les fenêtres de l’appartement ouvrent sur un quartier qui est aussi le centre politique de Belgrade avec en face le Ministère de la Défense, la Cour Suprême et l’ambassade britannique.

Ancienne professeur d’ingénierie électrique, Srbijanka Turajlic est issue d’une famille bourgeoise, démocrate et active dans la vie politique du pays dans les années vingt. L’arrière-grand-père, ministre de la  justice du royaume de Yougoslavie a fait bâtir l’immeuble. Srbijanka Turajlic a perpétué l’engagement politique en devenant une opposante au régime de Slobodan Milosevic au sein du mouvement Otpor (mouvement étudiant qui contribua à la chute de Milosevic). Elle deviendra secrétaire d’état après son départ.

Le huis-clos de l’appartement s’ouvre parfois : par les fenêtres lorsque la caméra se penche sur des manifestations, par des incursions dans les escaliers où elle enregistre la présence d’un voisin, s’attarde sur la porte voisine et le drôle de judas ; par le répondeur de Srbijanka Turajlic qui égrène les messages ; par l’écran de télévision et les informations. Les archives audiovisuelles officielles ou de chaînes étrangères, ou familiales, forment une autre sorte de fenêtres sur L’Histoire, elles complètent le récit de Srbijanka Turajlic et retracent l’agitation passée tandis que la réalisatrice filme le présent, le quotidien.

Autour des deux femmes, passent  les amis, le temps d’un repas, les journalistes pour une interview et un agent du recensement. C’est lui qui va permettre à la réalisatrice de passer  de l’autre côté des portes condamnées qu’elle n’a jamais franchies. D’où, se souvient encore sa mère, émergeaient des voix et des odeurs de café. Là, vit toujours Nada Lazarevic, unique survivante de la famille installée après-guerre et âgée de quatre-vingt-dix ans.  A l’agent recenseur, elle déclare être Serbe, athée, sans terre et toujours prolétaire. Bourgeoisie, prolétariat, la fracture demeure, irréductible.

Le dialogue amorcé au début devient une conversation mère-fille et un enjeu supplémentaire tout au long du film. Avec une intensité plus grave lorsque le résultat d’élections en Serbie amène à la présidence un ancien ministre de l’information sous Milosevic.

- Tu vas changer les choses ? demande la réalisatrice à sa mère.
- Non, je suis trop vieille ! Si on veut du changement, c’est à ta génération de le faire !

Rappel

L’Envers d’une histoire, de Mila Turajlic

2017 – Durée 1 heure 44 minutes- Production Dribbling Pictures, Survivance, HBO Europe - Distribution Survivance
Distinctions : Meilleur film documentaire à IDFA 2017 (Toronto), meilleur long métrage documentaire au Festival international du film documentaire d’Amsterdam 2017


©L'Envers d'une histoire - Survivance distribution 2017



 

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