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Gimme Danger

Sortie en salle le mercredi 1er février 2017
Gimme Danger relate l’histoire des Stooges, groupe de rock né en 1967, dissous en 1970 et reformé en 2003. Pour Jim Jarmusch, c’est un jalon de plus dans une filmographie où musique et cinéma sont toujours intimement liés, comme le sont les fils de trame et les fils de chaîne.
Photo du film Gimme danger
Gimme Danger © Low Mind Films, New Element, 2016
 

L'avis de la bibliothécaire
 

Les deux Jim
Entre JO (pour Jim Osterberg, vrai nom de Iggy) et JJ (ils s’appellent par leurs initiales), c’est une relation de confiance commencée il y a plusieurs années. Plusieurs  traces cinématographiques sont visibles : dès 1995,  Iggy Pop  apparaît déguisé en femme dans Dead Man ; en 2003, on le retrouve dans l’un des sketches de la série Coffee and Cigarettes  (11 courts métrages de Jarmusch), aux côtés de Tom Waits. D’où probablement, il y a huit ans, la demande d’Iggy Pop au cinéaste de réaliser un film, non sur lui, mais sur les Stooges.

Une célébration

Le film est « une lettre d’amour adressée au groupe » convient-il. Les Stooges font partie depuis longtemps de l’univers musical de Jim Jarmusch, alors, au début , il finance lui-même le film.
En près de 2h, on a toute l’histoire, l’émergence du groupe, les vivants, les morts, la renaissance du groupe en 2003. Cependant, Jarmusch précise : « Gimme Danger est davantage un essai qu’un documentaire ». Malgré l’histoire électrique, explosive du groupe, c’est une célébration joyeuse où Jarmusch s’amuse. Iggy, Scott Asheton, James Williamson, Mike Watt, chacun à tour de rôle rassemble les souvenirs, plutôt fiers mais sans oublier les aléas. Jarmusch, lui, évite la nostalgie : si les archives manquent, il comble par des séquences de dessins animés personnifiant les membres du groupe, si Iggy évoque son enfance et ce qui l’a inspiré, Jarmusch appuie ses propos par des extraits de vieilles séries télé américaines,  détourne les dialogues d’antiques séries B en contrepoint à un témoignage, fait des collages sur ces images. Et, bien sûr, il y a des archives de concerts, même si les concerts de la première formation des Stooges ont été peu filmés, on voit plusieurs séquences toujours étourdissantes.

Avez-vous influencé quelqu’un ? J’ai aidé à liquider les sixties !

C’est ce que répondait le jeune Iggy, sûr de lui, à une journaliste dans les 70’s. Il y a bien quelques anecdotes pour décrire le côté scandaleux du groupe, mais Jarmusch préfère porter l’accent sur les témoignages parlant de la création musicale et inscrire, par son film, le groupe dans l’histoire musicale.

Jim Jarmusch, le cinéma et la musique

Quand on sait que Jarmusch a connu de près la scène musicale rock au début des années 1980, jouant dans le groupe Del Bizanteens, et que depuis 2010, il se produit aussi en concert avec le  groupe Sqürl (qui a écrit et interprété les bandes sons de ses films Only lovers left alive et  de Patterson), on comprend mieux la complicité qu’il a su établir avec les musiciens, formant au fil du temps une sorte de famille. On en trouve les preuves, au gré des réalisations, soit dans les bandes originales (John Lurie  pour Mystery Train, Neil Young pour Dead Man ou Wu-Tang clan pour Ghost Dog) soit dans les castings (Tom Waits et Lurie encore dans Down by law, RZA et GZA  du Wu-Tang dans un sketch de Coffee and Cigarettes).
La relation est fusionnelle, Jarmusch le confesse lui-même : « Pour moi, faire un film est une activité musicale : au tournage, au montage, le temps s’écoule sous une forme visuelle, tout comme écouter de la musique fait ressentir le temps physiquement. La musique et le film définissent un espace temporel dans lequel votre esprit peut entrer et vivre un certain temps. »

Rappel

Gimme Danger, de Jim Jarmusch, production Low Mind Films, New Element, États-Unis, 2016, 1 h 48
Sélection officielle Hors compétition, Festival de Cannes 2016
 
Distribué en salle par Le Pacte

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