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FID 2019 : 30 édition Festival International de Cinéma - Marseille

Au milieu du mois de juillet, le Festival international du Cinéma à Marseille, le FID 2019 a fêté ses trente ans.

 


 Jean-Pierre Rehm (délégué général depuis 2001) et son équipe ont retenu 125 films en provenance de 35 pays. Ils composaient  les différentes sections de la programmation : compétition internationale, compétition française, compétition 1er film, compétition Groupement national des cinémas de recherche, les Ecrans parallèles et les Séances spéciales. L’exigence du FID est de projeter un grand nombre de films en première mondiale, «  cela veut dire donner à voir des films qui n’ont été validés par personne » précise JP Rehm.

Au FID, fictions et documentaires voisinent sans étiquettes, il s’agit d’être perspicace lorsqu’on travaille sur le cinéma documentaire. 

Trois outils précieux : le catalogue, Les éditions journalières FID journal, la vidéothèque professionnelle. Les journées du  festivalier professionnel sont denses. En début de journée, il faut éplucher le programme et le journal, repérer les séances documentaires, vérifier les durées de films et les lieux de projections, récupérer l’édition du journal du festival. La programmation du festival irrigue de nombreux lieux culturels de la ville : Mucem cinéma Les Variétés, la bibliothèque de l’Alcazar, le Théâtre La Criée, le cinéma La Baleine… Se concentrer sur deux lieux de projections, l’auditorium du Mucem et le cinéma Les Variétés avec ses trois salles s’avère préférable. Et pour le reste, récupérer les autres films en utilisant la vidéothèque. Evidemment, les séances en salles offrent la qualité de la projection, l’expérience collective et l’ambiance. On saisit dans la file d’attente l’emballement et l’impatience du public pour un film (c’était le cas pour la séance de Rétrospective de Jérôme Bel) la déception de ceux qui n’ont pas obtenu de ticket d’entrée. Si on est avisé, l’achat des billets peut se faire dès le matin et là, le tour est joué. Réalisateurs, producteurs ont présenté leurs films et se sont prêtés aux plateaux- radio en public, cette année organisés dans le Mucem par la radio associative Radio Grenouille.
 

Le Grand prix de la compétition international a été attribué à Nunca subi el Provincia / Jamais je n’ai gravi la Provincia de Ignacio Agüero . Le Grand prix de la compétition française a été attribué à La Mer du milieu de Jean-Marc Chapoulie.

De ces journées où l’on peut voir ainsi cinq ou six films, il reste des impressions fortes et des préférences. Citons en quelques-unes :
Nunca subi el Provincia du réalisateur chilien Ignacio Aguero. En filmant simplement  son quartier de Santiago, Aguero traite du  temps qui passe, de la mémoire et touche ainsi à l’universel.
 
Dans un registre tout différent, Noël et sa mère saisit le spectateur par le côté joyeusement exhibitionniste du duo mère/fils  que constitue Noël Herpe (historien du cinéma, écrivain) et sa mère. « Un double portrait sur le double  divan installé devant la caméra de Arthur Dreyfus ». Ils se disent tout.
 
Comme si, comme ça de la réalisatrice Marie-Claude Treilhou nous invite à une rencontrel avec le poète et philosophe Michel Deguy. Le monologue, filmé face caméra, se déroule autour de deux œuvres de l’écrivain : « Ecologiques » et « La Vie subite ». «Il ne s’agit pas d’un entretien, témoigne Marie-Claude Treilhou, ni d’une conversation. Il est seul, vraiment très seul face à l’intensité de nos regards et de nos attentes. Nous étions tous figés, fascinés devant l’oracle. ». Une belle heure à l’écoute de l’élégante scansion du poète accompagnée de sa gestuelle très cinématographique.
 
Bab Sebta (La Porte de Ceuta) est un court métrage de Randa Maroufi. Le territoire de Ceuta, enclave espagnole située au Maroc, est le lieu d’une  contrebande intense. Pour détourner l’interdiction de filmer dans cet endroit singulier, la réalisatrice tourne dans un studio  une reconstitution théâtralisée accompagnée en off de réels témoignages de contrebandiers, douaniers et policiers. Avec Bab Sebta, Randa Maroufi poursuit d’une belle manière sa navigation entre documentaire et fiction, entre histoire vraie et procédé fictionnel. « Je me permets de faire des allers retours entre le documentaire et la fiction, monter et mentir, construire du faux à travers du réel ou se rapprocher de « la réalité » à travers du faux »  précisait-elle dans un entretien de 2015*.
 
Les derniers mots reviennent à Jean-Pierre Rehm pour tracer le portrait du FID 2019, jeune trentenaire : « Le FID est une fête de l’aujourd’hui, sans nostalgie, ni regard surplombant sur l’époque. Nous ne cherchons pas à « créer » des échos entre les films, à réaliser une homogénéisation forcée […] Nous n’avons pas de thème à disposition et nous n’en souhaitons pas : Il y a le monde, et ça suffit. » *

 

 
Randa Maroufi ; réelle fiction et faux raccord, entretien Christophe Le Gac – plateforme dust-distiller.com
* Jean-Pierre Rehm : filmer quelqu’un penser, cela fait toujours événement  - entretien mené par Marianne de Douhet – AOC media- Analyse Opinion Critique
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