0   Commentaires

Après l'ombre

Sortie en salles le mercredi 28 mars 2018
Le metteur en scène de théâtre Didier Ruiz prépare son prochain spectacle. Il travaille avec d’anciens détenus ayant effectué de très longues peines et une compagne de prisonnier .La troupe est en résidence pour une dizaine de jours. Les représentations commenceront dès la fin de la résidence.
Didier Ruiz et un ancien détenu
Après l'ombre ©Iskra


L’ Avis de la bibliothécaire

Des  ex -« longues peines », quatre hommes et une femme de prisonnier, confient leurs expériences, leurs souffrances. Sur la scène, elles prendront forme de récits, portés par ceux-là même qui les ont vécus.

Le metteur en scène et la réalisatrice

Didier Ruiz s’est lancé dans la mise en scène dès 1999. Il base son travail de metteur en scène sur l’écoute : tout a commencé, avec des hommes et des femmes de plus de 70 ans qui sont ainsi venus sur scène raconter leur histoire.
Stéphane Mercurio  est la réalisatrice de deux autres documentaires sur la détention : en 2008, À côté est consacré aux familles de prisonniers. En 2011, À l’ombre de la République, suit l’action des contrôleurs des lieux de privation des libertés dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques.
Cette fois-ci, l’approche du vécu carcéral passe par la représentation. C’est donc autour du travail de Didier Ruiz que se construit le film.

Une longue peine, qu’est-ce que c’est?

L’expression s’emploie pour les détentions de dix ans et plus. On ne saura pratiquement rien des crimes commis et le sujet n’est pas là. Chacun d’entre eux viendra s’assoir au côté de Didier Ruiz et se remémorer des moments marqués dans leur chair. Didier Ruiz écoute, pose parfois des questions, prend des notes. La caméra s'approche des visages,  d’abord de celui qui parle, puis elle va s’arrêter un moment sur l’intensité de l’écoute du metteur en scène. Il engrange la matière que les ex-détenus veulent bien lui donner, leurs moments de douleur, d’humiliations. « Punir, à des degrés différents, c’est faire souffrir ». Les récits sont terribles mais sans apitoiement : l’approche vers la folie à cause de l’isolement, les tentatives de suicide, l’émotion de la vision, par une fenêtre, du soleil que l’on n’a pas vu depuis cinq ans…

Apprivoiser

Le plus difficile, probablement, a dû être d’établir la confiance. On le perçoit le film terminé en comprenant combien ces hommes, et cette femme, sont blessés, durablement.
Après les avoir comme « apprivoisés », Didier Ruiz va les accompagner, leur apprendre à porter la parole devant un public, extraordinaire exercice pour eux qui pensent que personne n’a envie de les écouter ; apprendre à respirer, choisir le ton, apprendre à se déplacer sur la scène, tout cela en dix jours. Comment donner représentation de choses inconcevables pour nous ? Le plateau est nu, Didier Ruiz ne laisse que les mots et les corps, dans la lumière de la scène.

Filmer le travail de construction

Stéphane Mercurio aurait pu choisir de filmer une représentation, elles ont eu lieu pourtant tout au long de 2017. Mais elle a préféré suivre l’élaboration du spectacle et les répétitions. Cela permet de saisir l’évolution de chacun des ex-détenus. Il est émouvant de les voir peu à peu s’ouvrir aux autres et à la confiance.
Mais le film pose aussi des questions : peut-il y avoir un « après » justement après tant d’années en prison ? Et il nous interroge sur la longue peine : est-ce que c’est nécessaire ?

 

Rappel

Après l’ombre, de Stéphane Mercurio, production Iskra, 2017, 1 h 33 min

Distribué par Docks 66


 
Captcha: