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Images documentaires

Les débuts et l'esprit de la revue Images documentaires, retracés par la directrice de la rédaction, Catherine Blangonnet-Auer. Depuis trente ans, la revue explore et questionne le monde du cinéma documentaire pour le plus grand profit des bibliothécaires et des passionnés du genre.
Images documentaires
Numéro 94/95 paru en mars 2019



Comment est née Images documentaires ?
Dans un premier temps, la revue s'est appelée Images en bibliothèques car elle a été créée en 1989, en même temps que l'association, par la Direction du Livre et de la Lecture au ministère de la Culture. À l'époque, les bibliothèques qui diffusaient le Catalogue national de la DLL avaient assez peu de documentation sur les films documentaires. L'idée était d'accompagner ces films, soit par des analyses, soit par des articles de fond. En 1993, pour qu'elle prenne de l'ampleur et soit diffusée plus largement, nous avons décidé de changer le format et le titre de la revue et pendant quelques années le ministère l’a co-éditée avec l'association Images en Bibliothèques. Nous avions consacré ce premier numéro à Chris Marker, qui est resté notre auteur de référence. Par la suite, en 1997, le directeur du Livre a considéré que ce n'était pas du ressort de sa direction d'éditer une revue de cinéma. J’ai finalement créé une association afin de poursuivre cette publication d’une manière indépendante. En 2012, pour les 20 ans, notre graphiste Jérôme Oudin-Liberman a renouvelé la maquette, avec le titre IDoc, même si je garde le titre Images documentaires. Au début, la revue était trimestrielle, actuellement nous publions deux numéros doubles par an.
 
Pourquoi avoir persisté dans l'édition d'une revue papier ?
Persisté, c'est tout à fait le mot. Le Centre National du Livre m'a demandé à plusieurs reprises pourquoi je ne publiais pas la revue en ligne. En fait, je tiens beaucoup à l'édition papier parce que les revues se retrouvent dans les bibliothèques. Elles sont souvent reliées et deviennent alors de vrais instruments de travail. Je ne pense pas qu'en ligne elles auraient cette visibilité, même si de plus en plus d'articles sont publiés sur le site que nous avons créé en 2008 et sont partagés avec d'autres plateformes. Mais j’espère que nous continuerons à avoir les moyens d’éditer sur papier. À un moment, on pensait aller vers le tout numérique, mais récemment il y a eu une bascule et un retour à des outils qu'on peut feuilleter et emporter chez soi. France Culture, par exemple, a créé une revue papier et la revue de cinéma en ligne Débordements vient de publier un premier numéro papier. Mais bien sûr, tous les numéros épuisés sont en pdf sur notre site.

Comment est élaboré le contenu des numéros ?
Nous avons un comité de rédaction qui a évolué au cours du temps. Certains collaborateurs sont présents depuis l'origine et de nouveaux rédacteurs nous ont rejoints. Quand on fait un numéro spécial sur un cinéaste, je sollicite des auteurs extérieurs, réalisateurs, producteurs ou critiques. Pour les 20 ans, j'ai demandé à tous les collaborateurs de la revue d'écrire un texte, presque tous ont dit oui. J'aime bien aussi faire travailler de jeunes universitaires, c'est important de leur donner une chance de publier.
 
Comment choisissez-vous les thèmes que vous abordez ?
Nous avons consacré des numéros entiers à des auteurs que nous souhaitons accompagner ou faire découvrir plus largement. Sinon, le choix des thèmes donne lieu à d’intenses discussions au sein du comité de rédaction. Ils émergent le plus souvent de l’actualité de la production. C’est un film remarquable qui nous mobilise, un film qui nous paraît vraiment important, qui renouvelle l’approche d’un sujet et nous donne envie de revenir sur des films plus anciens, de constituer autour de lui un corpus « de référence ». Pour le numéro Exils, par exemple, c'est le film de Gianfranco Rosi, Fuocoammare, qui a été le point de départ de la réflexion ; pour le numéro sur Alain Cavalier, c’est à l’occasion de la sortie des Portraits XL que nous avons eu envie de revenir sur les anciens Portraits. Pour Traces de guerre, ce sont les deux films de Laurent Bécue-Renard, De guerre lasses et Of Men and War ; sur le thème du voyage, c'est Route One USA de Robert Kramer, et, par chance, le film venait d’être restauré.
Le défi pour la revue, c'est d’écrire sur des films que personne ne peut voir, surtout les films découverts en festivals, dont on sait qu’ils n’auront pas forcément de distributeurs, ni d’éditeurs vidéo. Nous comptons sur la diffusion non commerciale, les achats de la Bpi pour les Yeux doc, d’Images de la culture ou de l’Adav.
 
Depuis l'année dernière, vous proposez des rencontres et projections en partenariat avec la Bpi au Centre Pompidou, est-ce un prolongement naturel ?
Quand je dirigeais le service audiovisuel, qui ne s'appelait pas encore service Cinéma, à la Bpi, j'ai aimé faire de la programmation, notamment dans le cadre du Mois du film documentaire. Cette manifestation avait été lancée en l’an 2000 par la Direction du Livre et de la Lecture, comme un nouveau maillon d’une sorte de territoire documentaire entre l'association Images en bibliothèques, la revue et le Catalogue national : un ensemble d’actions et de formations à l’usage des bibliothèques publiques et de leurs partenaires. Quand j'avais déposé les statuts de l'association pour éditer la revue, j'avais bien spécifié que c'était pour l'édition, mais aussi la programmation et des actions de promotion du cinéma documentaire. Lorsque la Bpi m'a proposé ces séances mensuelles, j'ai accepté avec enthousiasme. L'idée, c'est de travailler autour du dernier numéro paru. J'essaie de montrer ces films dont on parle.
 
Qu'avez-vous envie de transmettre par le biais de cette revue ?
Nous voulons vraiment servir les auteurs, faire connaître les films, les promouvoir. Comme beaucoup de bibliothèques sont abonnées, l'idée est d'attirer l’attention des bibliothécaires sur les films qui viennent d'être édités ou qui vont l'être, pour qu'ils enrichissent leurs fonds avec des documentaires d'auteur et qu’ils les programment.
 
Quels mots-clés associeriez-vous à la revue ?
« Persévérance » peut-être, parce qu'il en faut pour éditer une revue de cinéma dans des conditions financières assez acrobatiques. « Amour du cinéma documentaire », parce que c'est ce qui nous réunit. « Curiosité « et « enthousiasme », parce que nous ne nous lassons jamais et que chaque année nous découvrons des films qui renouvellent les formes et le genre.
 
Quels retours avez-vous sur la revue ?
Beaucoup de jeunes réalisateurs nous ont dit avoir découvert le documentaire dans leur bibliothèque, à travers la revue et à travers le fonds de films. Mais ce qui me touche le plus, c'est l'engagement toujours intact des bibliothécaires de l’image, qui continuent à faire vivre les films à travers des programmations régulières, et à travers le Mois du doc. Je crois que nous partageons vraiment quelque chose de fort, de passionné.
 



 
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