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Horaires d'ouverture des bibliothèques en débat

En écho à la journée nationale du 21 septembre de rencontre autour de Françoise Nyssen et d'Erik Orsenna,  retrouvez les échanges qui ont eu lieu en juin 2017 entre les membres du Conseil de coopération de la Bpi autour de la question des horaires d'ouverure des bibliothèques.

Horaires d’ouverture : bilan 2016 et présentation de l’enquête, par Anne Morel

Anne Morel est chargée des bibliothèques innovantes au bureau des bibliothèques au service du livre. Une étude a été réalisée sur la réception de la demande d’extension des horaires d’ouverture. Le questionnaire a été relayé par les DRAC et parfois les SRL. La quantité de réponses est de ce fait variable selon les régions. Cependant il semble souhaitable de réitérer ce travail, qui livre un instantané, dans un an.
Les éléments présentés sont détaillés dans le pdf téléchargeable dans la colonne de droite de la page.
 
Suite au rapport de Sylvie Robert de 2015, la DGD a été modifiée de manière à pouvoir accompagner les efforts à accomplir, notamment en termes en personnel, pour ouvrir davantage les bibliothèques. Ce levier financier est devenu effectif en juin 2016. Il s’agit d’un outil souple pouvant s’adapter à la diversité des projets. 20 projets ont été accompagnés pour l’instant (de la Ville de Paris à une commune de 3000 habitants) ce qui a représenté 700 K€. Davantage de projets sont attendus en 2017.

L’enquête montre que la question des horaires d’ouverture préoccupe les bibliothécaires mais que le dispositif est encore mal connu et que le contexte n’était pas forcément le plus favorable.
Pour les bibliothèques qui se sont inscrites dans le mouvement, les éléments décisifs sont :
- Une volonté des élus (35,9%)
- La création d’un nouvel équipement (29%)
- Un changement de direction de la bibliothèque (21,9%)
- La possibilité de bénéficier d’un accompagnement financier de l’État (15,3%)
- Une mise en réseau, supposant une réflexion globale sur les horaires d’ouverture (13,7%).
Dans ce contexte, le dispositif de l’Etat est bienvenu mais non déterminant.
 
Différents types d’extension/modification des horaires :
80% la pause méridienne
60% période estivale ou vacances scolaires
40% le soir après 19h
40% le samedi
30%  le dimanche
 
→ Faire de la question des horaires d’ouverture une composante à part entière du projet de l’établissement ou du PCSES (importance de la conduite de projet, de l’intégration de ce sujet dans les projets d’établissement)
→ Poursuivre l'accompagnement financier et méthodologique de l’Etat :
  • Peut emporter la prise de décision
  • Montre l’engagement de l’Etat
 
Christine Carrier souligne que l’enquête indique une faible volonté des élus sur la question des horaires d’ouverture. Or ce sont les élus qu’Erik Orsenna ira voir. Quelle sera sa feuille de route ?
Thierry Claerr précise que le comité de pilotage de la mission d’Erik Orsenna sera présidé par la Ministre et constitué de S. Robert, la FNCC, l’ABF, l’ADBDP et l’ADBGV.
Pendant un an, Erik Orsenna ira en région, pour un « tour de France » : il travaillera avec les 13 DRAC (à voir encore pour les départements d’outre-mer), qui devront organiser les discussions. Il sera éventuellement organisé des « Assises régionales de la lecture » de manière à aboutir à des assises nationales. Erik Orsenna pourra signer des conventions avec les collectivités qui s’engageront.
Le dispositif financier dure jusqu’à 5 ans (alors que CTL : 2x3 ans.
Un IGAC accompagnera Erik Orsenna dans ses déplacements mais on ne sait pas encore de qui il s’agit.
 
Christine Carrier demande ensuite si le SLL a une visibilité sur ce qui a été négocié avec les salariés sur les ouvertures du dimanche (rémunération ? volontariat ?) et s’il est possible de mettre de la documentation à disposition. Thierry Claerr confirme qu’il est important d’avoir cette documentation, qui intéresse fortement les collectivités et notamment les DGS et les élus. Au Havre, par exemple, chaque année, les agents « passent dans l’isoloir » pour dire combien de dimanches ils souhaitent travailler. A ce jour, les informations sont disponibles surtout pour les grands réseaux.
Les ouvertures du samedi/dimanche sont souvent résolues par le recrutement de moniteurs étudiants, de vacataires et en constituant des équipes mixtes.
Les éléments qui semblent décisifs pour avancer sont :
  • le projet scientifique et culturel de l'établissement
  • le diagnostic temporel (pour qui on ouvre et pourquoi ?)

Il vaut mieux ne pas se contenter des enquêtes de public – qui s’autocensure parfois, en n’ose pas trop demander. Cf. enquête de la MEL (Métropole européenne lilloise) : « rythme ta bibliothèque ». Ce diagnostic peut être financé par la DGD.
Toutes les décisions doivent se prendre en concertation.
A noter que les élus veulent également éviter que les acquis des agents des bibliothèques soient revendiqués par d’autres services (ex : les musées, mais aussi la police municipale, les piscines…) et cherchent des textes sur lesquels s’appuyer.
 
Il est important de souligner que pour certaines petites communes, le dispositif a permis d’aider à la professionnalisation, par le recrutement d’un agent titulaire.
Le service du livre travaille à un vade-mecum sur la question des négociations autour des aménagements/extensions des horaires d’ouverture. Il faudra au préalable réunir les collectivités pour en discuter (les discussions ont plutôt eu lieu en bilatéral pour l’instant, le SLL amenant les éléments des autres collectivités).
 
Claire Gaudois confirme que cette réforme de la DGD peut avoir un effet d’aubaine pour des recrutements des salariés. Les bibliothèques utilisent ce biais puisqu’elles n’en ont pas d’autres. Elle ajoute que le faible taux de réponse au questionnaire du SLL peut s’expliquer par le fait que les bibliothécaires ont d’autres préoccupations : les baisses de budget, les non-remplacements…. Et les horaires d’ouverture ne sont qu’un des biais du développement des bibliothèques.
 
Delphine Quéreux Sbaï rapporte que l’intérêt du maire n’est pas toujours partagé par son administration.
 
Mélanie Archambaud demande quels sont les soutiens à la Nuit de la lecture. Thierry Claerr précise que les modalités seront les mêmes qu’en 2016. L’opération est pilotée par Laurence Cassegrain au service du livre et de la lecture. L’appel à projets se tiendra à l’automne. Il rappelle également qu’il y a un lien entre la question des horaires d’ouverture et la nuit de la lecture et que cette opération est importante en ce sens aussi. Mélanie Archambaud se pose la question de la date et de l’alignement d’une manifestation similaire à Bordeaux avec l’évènement national. Le calendrier est également décalé à Lille et dans certaines autres villes.
L’ADBGV précise que l’association a validé la période de janvier pour cette manifestation et que Lille va garder sa « nuit de la bibliothèque » en octobre et envisage néanmoins une « nuit de la lecture » en janvier.


Les horaires d’ouverture à la Ville de Paris, par Emmanuel Aziza

Emmanuel Aziza, chef du bureau des bibliothèques et de la lecture de la ville de Paris, estime que la question des horaires est un aiguillon pour la modernisation des établissements.
 
Les bibliothèques de la ville de Paris s’accordent pour plus de la moitié d’entre elles sur des horaires types (voir support de présentation des horaires type en document associé dans la colonne à droite de cet article) qui permet d’avoir 35h d’ouverture /40h si le dimanche est travaillé.
Il serait cohérent de les généraliser totalement au sein du réseau et cela se fait lentement. Les directeurs mettent souvent cette question des horaires au sein de leur projet, et emportent l’adhésion de leurs équipes pour se rapprocher de ces horaires types et ce d’autant plus facilement que cette question s’inscrit dans les objectifs de la démarche « QualiParis », qui permet également aux bibliothèques de se comparer les unes aux autres.
Des enquêtes de public dans le cadre de QualiParis permettent d’esquisser une autre amplitude : 
  • il est important de proposer au minimum l’ouverture à 13h, sachant que 12h serait mieux dans l’idéal (notamment pour les franciliens qui travaillent à Paris)
  • la fermeture à 19h est prématurée par rapport aux rythmes parisiens…mais cela représente une problématique importante pour les agents en raison des temps de transport – presque une opposition entre le public d’un côté et les agents de l’autre, qui habitent en majorité hors de Paris, souvent en grande couronne, du fait des coûts de logement… Et même la fermeture à 19h n’est pas partout acquise (notamment le mercredi, où l’on trouve encore des fermetures à 18h).
  • L’ouverture du dimanche est importante et très appréciée par tous les publics (familles, seniors, étudiants, actifs en free-lance) 
Le dimanche : les agents reçoivent 100 euros net, récupèrent un jour, travaillent 1 dimanche sur 5 et les ouvertures se font avec le renfort d’étudiants en respectant la parité entre titulaires et vacataires. 5 ouvertures du dimanche ont été mises en place avec des équipes nouvelles : M. Yourcenar (2008), M. Duras, F. Truffaut, F. Sagan (2015), La canopée (2016)
 
7 nouvelles ouvertures le dimanche dans des bibliothèques existantes étaient prévues dans la mandature mais il n’y en aura que 4. Cependant l’aide de la DGD a joué un rôle important dans la volonté d’ouvrir le dimanche pour des bibliothèques préexistantes (Ex : H. Berr –12ème arr.).
2016 : Canopée (aide au taux de 80%)
2017 : Canopée + H.Berr (taux de 72%)
2018 : Canopée + H. Berr continueront d’être aidées + E. Rostand (17ème).
2019 : Robert Sabatier (18ème arr.) après rénovation
2020 : Jean-Pierre Melville (13ème arr.) après rénovation
Le calcul du taux prend en compte des dépenses supplémentaires (personnel, vacataires, dépenses de ménage, etc.).

Des discussions sont en cours pour une « équipe volante » (comme il en existe à Toulouse, à Bordeaux et la formule est envisagée à Marseille…), qui interviendrait pour le dimanche et, en semaine, pour les remplacements liés aux arrêts de maladie. 8 agents vont être recrutés dans un premier temps, 20 sont prévus au total dans cette équipe.
 
Anna Marcuzzi demande comment est prise en compte cette volonté d’ouvrir davantage lorsque les effectifs sont en diminution. Elle précise qu’à Strasbourg, il lui a été donné un objectif clair de -10% pendant la durée du mandat.
Emmanuel Aziza signale qu’il y a cette double injonction d’ouvrir plus, tout en optimisant les moyens. Il rappelle que la fermeture de petites bibliothèques a permis jusqu’ici de réinjecter les équipes dans de nouveaux établissements ; il signale aussi que la réaffectation d’agents venant d’autres services permet parfois de compenser les pertes subies. Delphine Quéreux-Sbaï précise qu’à Reims la diminution de la masse salariale est un engagement de mandat au départ et que la bibliothèque s’est beaucoup investie.
A Limoges (voir support de présentation ci-dessous) la réflexion s’est construite à partir de l’idée que pour ouvrir plus il fallait ouvrir "à moins", c'est à dire avec moins de personnel. Un réaménagement des espaces d’accueil a permis d’atteindre cet objectif sans heurt et a permis d’apaiser les moments de trop forte tension d’accueil du public. La DGD peut tout à fait financer des aménagements dans ce cas.


 
Beaucoup de membres du conseil souhaitent s’exprimer sur la question. Christine Carrier suggère qu’il sera peut être nécessaire d’inscrire le sujet à la prochaine réunion du conseil de coopération.
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