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A Malmö, "Garaget" bibliothèque et lieu citoyen

Garaget est une bibliothèque de quartier du réseau des bibliothèques de Malmö, implantée  dans un quartier multiculturel, conçue avec les habitants, et qui a 3 principales fonctions: être ensemble, être créatif, découvrir....

Une bibliothèque qui a pour principale richesse, non pas ses collections, mais ses usagers


Occupant tout le fond de la bâtisse, on découvre un plateau nu, dont on comprend qu'il a une fonction centrale dans la vie de l'équipement. Une estrade permet d'y tenir des conférences ou de petites représentations, l'espace étant aéré et modulable. (un petit espace de stockage pour des chaises est dissimulé par un paraventImaginez un entrepôt, ancienne usine ou lieu de stockage. Des plafonds très hauts, aucune cloison en dehors de petites salles vitrées sur 2 niveaux occupant un côté de la bâtisse. Les murs sont peints en blanc, le tout donne une impression brute, soulignant l'ancienne fonction industrielle du lieu.
L'entrée de la bibliothèque
Vue extérieure de la bibliothèque de Garaget
 Des espaces intérieurs bien aérés
 
A l'accueil, le café de la bibliothèque

 Premier étonnement : l'endroit est particulièrement
 accueillant et chaleureux. Dès l'entrée, on découvre
 
le café, institution des bibliothèques scandinaves.
 Ici, pas de comptoir vitré, de personnel dédié, mais
 une cafetière à portée des visiteurs,
 une corbeille de fruits
 et des gâteaux faits maison.

 
L'espace intérieur principal


Second constat : on aperçoit bien des livres ici et là et quelques magazines, mais à peine plus qu'on n'en trouve parfois dans les cafés, dispersés sur des étagères bassesou de petits présentoirs.
 

En regardant de plus près, on s'aperçoit d'ailleurs que les livres sont dépourvus de cote. Ici et là, des plantes vertes ... Plus surprenante encore, l'absence de mobilier spécialisé : tables, chaises, fauteuils, tapis orientaux, tout semble avoir été récupéré ou chiné dans une brocante, renforçant encore le sentiment que l'on se trouve dans un espace difficile à qualifier, mais plus proche d'un lieu communautaire que d'une institution publique, un espace en tout cas où les règles et codes habituels de la bibliothèque ne sont pas de mise. (711V+707V+709H
Canapé et fauteuils confortables, comme à la maison
Tablette le long de la fenêtre et tabourets hauts, fauteuils...
Mobilier comme chez soi et à l'étage les bureaux


Continuons la visite : derrière le café, un "coin créatif", bordée d'armoires vitrées pleines de matériels et d'outils empruntables.
A gauche, un espace jeunesse chaleureux, doté d'une belle cabane, proposant jouets et déguisements.
 
L'atelier, pour faire et créer
 
Des jeux à emprunter
L'espace Jeunesse


A droite, 3 petites pièces destinées à la lecture silencieuse, au travail sur ordinateur et aux réunions de groupes, réservables et utilisables en autonomie.
Une salle de réunion ou de travail en grand groupe
une salle multimédia avec 6 ordinateurs
Une salle de travail en petit groupe




 
Occupant tout le fond de la bâtisse, on découvre un plateau nu, dont on comprend qu'il a une fonction centrale dans la vie de l'équipement.
Une estrade permet d'y tenir des conférences ou de petites représentations, l'espace étant aéré et modulable.
un petit espace de stockage pour des chaises est dissimulé par un paravent.


Enfin, dans un coin discret, un petit espace de prière et de méditation.
Vue du petit espace de prière
 

Le projet

Pour comprendre le projet, il faut écouter entre les mots d'Anders Johansson, dont le propos frappe par sa modestie. Il raconte brièvement la genèse du projet : une fois choisie l'implantation de cette nouvelle bibliothèque en 2006 (une zone frontière à quelques encablures d'un quartier défavorisé et multiculturel), dès l'origine du projet, les habitants ont été associés à la réflexion sur l'aménagement intérieur et les activités, avec l'idée de sortir du schéma de la bibliothèque traditionnelle et de favoriser la mixité culturelle et sociale. C'est en 2008 que Garaget ouvre ses portes. Pour Anders Hohansson, elle continue à remplir les trois principales fonctions identifiées alors, qui ont déterminé l'aménagement de l'espace : être ensemble (le café), être créatif (les ateliers), découvrir (les collections, les cours et les animations). Présentée ainsi, elle apparaît comme une nouvelle concrétisation du concept de troisième lieu. Ce qui frappe cependant, c'est une façon délibérément non conformiste  d'aborder chaque activité.


La vie de la bibliothèque


Ainsi en est-il du café (bio, il va de soi), cette institution centrale des bibliothèques nordiques : ici les bibliothécaires font des pancakes et des gâteaux à la cannelle, et les usagers aussi ont la possibilité de cuisiner ; ici, on peut faire réchauffer sa nourriture ; ici, on offre un fruit à chaque enfant pour le goûter. 

Ainsi en est-il des collections : des documents peu nombreux (3800), dispersés sur des étagères basses propices au furetage donnant plus l'image d'une bibliothèque familiale que d'une institution de lecture publique ; pas d'encyclopédisme (certains secteurs documentaires sont délibérément absents), mais un choix de documents principalement établi en fonction des demandes des usagers : il ne s'agit pas de donner à comprendre le monde mais d'avoir les livres que les gens veulent. Ainsi, tous les documents présents à l'ouverture ont été choisis par les habitants. Aujourd'hui, les bibliothécaires procèdent par petites enquêtes auprès des usagers et répondent positivement à 90% aux suggestions, soit en achetant les titres soit en les faisant venir du reste du réseau. Enfin, les documents sont gardés 2 ans maximum (sauf les titres particulièrement utilisés), puis donnés aux habitants. D'où, bien entendu, un taux de rotation particulièrement élevé : la moitié de la collection est empruntée à un instant T.

Ainsi en est-il enfin des animations et activités : la très grande majorité des animations est proposée par les habitants et gérée par eux en autonomie. Le cadre fixé par la bibliothèque est peu contraignant : pas d'alcool et de tabac, gratuité, ouverture à tous sans exclusion, contenu démocratique (ce qui n'exclut pas d'aborder des sujets politiques ou religieux). Le projet d'animation est validé en amont par l'équipe qui remet les clés à l'organisateur après avoir fait le tour des lieux et fourni informations pratiques et consignes de sécurité. Les problèmes dit Anders sont rarissimes : la confiance paie. L'ensemble du mobilier étant sur roulettes, la salle peut être rapidement adaptée à l'accueil d'un public plus ou moins nombreux (qui peut aller de 5 à 300 personnes). Les personnes organisatrices peuvent venir à la bibliothèque préparer leurs animations et demander conseil aux bibliothécaires. Quant aux activités, cafés linguistiques (en suédois pour les étrangers mais aussi arabe et anglais), aide aux devoirs, ateliers de bricolage, elles sont là encore pour une grande part prises en charge par les usagers.

Et le public ?


En 3 ans, raconte Anders, il a doublé. Plus impressionnant encore, 54 nationalités sont représentées. On vient travailler sur ordinateur, apprendre le suédois, se restaurer et choisir quelques documents, assister aux animations qui ont lieu presque sans discontinuer, 6 jours sur 7. Mais la vraie fierté de Garaget, c'est l'implication des habitants. La bibliothèque donne beaucoup de son temps pour susciter cette dynamique mais reçoit beaucoup en échange. Au point de commencer à être dépassée par l'ampleur des sollicitations et d'envisager de travailler sur certains plans de façon un peu plus "classique". 

La bibliothèque fait d'ailleurs partager son expérience de la participation citoyenne en proposant à tous les professionnels intéressés au sein du "dialogue lab" qui propose ressources et conseils. 
Une bibliothèque qui remet les clés de ses espaces aux habitants ; une bibliothèque qui achète avant tout ce qu'on lui demande et où les livres sont de passage ; une bibliothèque qui a pour principale richesse, non pas ses collections, mais ses usagers : tout cela donne matière à penser aux bibliothécaires français que nous sommes, tout en gardant à l'esprit qu'aucun modèle n'est transposable à l'identique. Mais peut-être est-ce justement cela dont nous aurions besoin aujourd'hui - disposer, comme dans les pays nordiques, de bibliothèques expérimentales qui permettraient d'éprouver grandeur nature des modèles différents ?



Pour en savoir plus:
http://modelprogrammer.slks.dk/cases/cases-til-inspiration/garaget-i-malmoe/
 
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